Toulouse : « Se nourrir, c’est bien, mais partager un repas, c’est mieux », les Restos du cœur innovent

SOLIDARITE Sortir de la rue, même pour une heure. Désormais, à Toulouse, les bénéficiaires de la « soupe populaire » des Restos du cœur peuvent dîner à table et à l’abri, dans un restaurant seniors municipal

Marie-Dominique Lacour
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A Toulouse, sur un site expérimental, les repas chauds distribués le soir peuvent se prendre à tabole.
A Toulouse, sur un site expérimental, les repas chauds distribués le soir peuvent se prendre à tabole. — Alexandre GELEBART/20MINUTES
  • Depuis l’automne dernier, dans le quartier de Rangueil, la mairie de Toulouse a mis à la disposition des Restos du cœur la salle d’un club seniors pour que les bénéficiaires qui le souhaitent puissent dîner à l’intérieur.
  • L’initiative est une première pour les Restos du cœur dont les distributions de repas chauds se font toujours à l’extérieur.
  • L’expérimentation est concluante et se prolonge sans date de fin.

« On s’est connus ici », raconte Philippe, tout sourire. Attablé avec Maria, Didier, Marcel, Laure et Greg, le « groupe de potes » se retrouve chaque soir ou presque, pour « partager un repas, raconter des bêtises et refaire le monde ». Ici, c’est le club seniors de Jules-Julien, avenue de Rangueil. Depuis octobre 2021, la mairie met à disposition des Restos du cœur cette salle qui accueille ainsi sept soirs sur sept une soixantaine de convives : une première pour l’association qui distribue traditionnellement ses repas chauds du soir via des camions installés en pleine rue.

Les bénéficiaires peuvent ainsi dîner à l’abri de la pluie ou des regards, profiter d’une discussion et relâcher la pression. Ce sont surtout des hommes. « Français, étrangers, ils viennent de tous horizons. On a beaucoup de seniors, quelques familles mais aussi des jeunes précaires ​ », détaille Hervé Le Floch, responsable des activités de la Rue pour les Restos du cœur 31. Si la plupart optent pour la convivialité de la salle, environ un tiers préfère repartir ou manger sur place mais à l’extérieur. Pour ne pas les exclure, la distribution se fait toujours dehors.

Collé à la salle, le club de pétanque Léon Viala a vu arriver ces nouveaux voisins d’un œil méfiant. Dans les files d’attente des Restos, les tensions sont régulières et peuvent aller jusqu’aux bagarres ; la promiscuité peut être houleuse. « Au départ, il y avait de l’incompréhension, explique François Marin, président du club, et on a même eu une altercation suite à une voiture rayée. Mais maintenant ça se passe bien ! Il y a plutôt de la curiosité, de l’intérêt. On sait que le projet continuera et on n’a rien contre », affirme le bouliste. L’expérimentation de trois mois est prolongée sans date de fin.

Un autre lieu bientôt ?

Le dispositif est unique à Toulouse… et peut-être bien en France. Si à Paris il existait déjà certains « restos chauds » sur des sites disposant d’un local avec cuisine, « à ma connaissance, le fait d’utiliser une salle municipale tous les soirs n’avait jamais été fait », précise Hervé Le Floch.

Le système pourrait-il s’étendre ? La mairie possède une quinzaine de restaurants seniors et se montre favorable mais d’autres contraintes sont à prendre en compte. Pour cette initiative, les Restos ont déplacé la distribution du Grand-Rond à Rangueil ; changer un autre lieu de distribution pourrait pénaliser des bénéficiaires. Et ouvrir un nouveau site pose le problème du recrutement : malgré les 420 bénévoles qui se relaient dans la Ville rose, « les bras manquent encore, surtout le samedi », constate Hervé Le Floch.

En plus de fournir le dîner à 350 personnes chaque soir, d’organiser des distributions de colis alimentaires de jour, des maraudes solidaires ou encore des chantiers d’insertion, les Restos du 31 multiplient les projets innovants et engagés. Prochaine étape : aller vers les personnes mal-logées en leur apportant des services, notamment celles qui sont hébergées loin du centre-ville.