Bouches-du-Rhône : Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les gitans « avaient hâte de revenir » pour le pèlerinage

TRADITIONS Après deux années blanches pour cause de Covid-19, le traditionnel pèlerinage des gitans a fait son grand retour aux Saintes-Maries-de-la-Mer, rassemblant 20.000 personnes

Mathilde Ceilles
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Des gitans font la fête en marge du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer
Des gitans font la fête en marge du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer — Mathide Ceilles / 20 Minutes
  • Rendez-vous incontournable de la communauté gitane, le pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer avait été annulé deux années de suite en raison de l’épidémie de Covid-19.
  • Pour cette édition, près de 20.000 personnes ont fait le déplacement de toute la France.
  • Un moment de fête et de partage pour les gitans… et les commerçants qui jouent là une partie de leur chiffre d’affaires.

De notre envoyée spéciale aux Saintes-Maries-de-la-Mer

« Oh ! Comment ça va ? » « Hé ! Mon ami ! » Devant la caravane de Payou Baptiste, porte-parole de la communauté gitane à Alès, c’est un défilé de bises, d’accolades et de grands sourires, devant la paella en train de cuire. Voilà trois ans que les gitans avaient été privés de leur traditionnel pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer, en raison de l’épidémie de coronavirus.

Alors, à quelques heures de la procession dans le village avec Sainte Sara, temps fort de cet événement central dans la vie des gitans, Payou ne cache pas sa joie. « Après deux ans de punition, on revit, lance-t-il. Pendant le Covid, on voyait la famille ou on les appelait. Mais on ne voyait pas les amis. Les gens viennent de partout : de Bordeaux, de Lille. C’est tellement un plaisir de se revoir. Le partage pour nous est hyper important. Il y a un proverbe gitan qui dit que tout ce qui n’est pas partagé ou donné est perdu. Ça a été très difficile d’accepter que le pèlerinage soit annulé. C’est aux Saintes-Maries qu’on se retrouve, là où on fait les baptêmes, les demandes en mariages. Ça fait plaisir de se retrouver ! »

« Ça a été dur de ne pas être ensemble »

« Je me languissais énormément, confie Paulette. J’attendais avec impatience le pèlerinage. Ça m’a manqué terriblement. Voyez-vous, j’ai 56 ans, et je suis venue depuis toujours. Mon père est toujours venu et mon grand-père aussi. » « Ça fait du bien de se retrouver entre nous et pouvoir profiter, abonde Priscillia. Ça a été dur de ne pas être ensemble pendant deux années. »

« Nous, on habite Saint-Jean-de-Luz et on vient au pèlerinage chaque année, explique Amédé. C’est les traditions, et on ne veut pas que ça se perde. » « On veut transmettre cela à nos petites », abonde à ses côtés Barbara.

« Il y a même Nikos maintenant »

Un enthousiasme partagé aussi par les commerçants des Saintes-Maries-de-la-Mer. « Pour nous, aujourd’hui, c’est une grosse journée, explique Stéphane, glacier dans le village depuis 31 ans. Avec l’annulation du pèlerinage, l’année dernière et en 2020, on a eu une perte de chiffre d’affaires de l’ordre de 20 à 25 %. » « On est vraiment content, parce qu’il y a des acheteurs, s’enthousiasme Véronique, qui tient une boutique tout près de l’église. Les gitans aiment acheter pour les enfants, et les gâter. »

« Les Saintes sans le pèlerinage des gitans, c’est pas les Saintes, affirme sa fille Sophie. Et puis ça fait venir la télévision, et ça fait une bonne publicité pour le village. Il y a même Nikos maintenant ! » De passage aux Saintes-Maries, un appareil photo à la main, l’animateur de The Voice enchaîne à quelques mètres de là les selfies.



« C’est la fête »

« Ça fait du bien de retrouver du monde dans le village, se réjouit Mélane. C’est un moment important ici, et puis c’est joyeux. Il y a les guitares, les dames qui dansent. C’est la fête ! » Dans les rues, une foule compacte en effet se presse. Des femmes habillées de robes colorées enchaînent les pas de danse au son des guitares et des hommes qui chantent et tapent des mains, quand d’autres se pressent pour acheter un cierge.

« Je pensais quand même qu’il y aurait plus de monde », souffle une restauratrice, déçue. « Comme il n’y a pas eu de pèlerinage pendant deux années, on s’attendait à une affluence massive, confie la cheffe d’escadron Nassima Djebli qui commande la compagnie de gendarmerie d’Arles. On s’attendait à 40.000 personnes, et on a mobilisé 116 gendarmes. Au final, on estime qu’il y a 20.000 personnes, pour une affluence moyenne qui oscille entre 10.000 à 40.000 personnes. »