Lyon : Des scientifiques se penchent sur les chants d’oiseaux pour développer la nature en ville

BIODIVERSITE Marylise Cottet, chercheuse au CNRS à Lyon, et Matthieu Lanthelme, étudiant en sciences de la biodiversité, lancent une enquête publique pour étudier la perception sonore de la nature chez les citadins

Jennifer Lesieur
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Les chants d'oiseaux représentent le paysage sonore naturel le plus courant, si ce n'est le seul, en ville.
Les chants d'oiseaux représentent le paysage sonore naturel le plus courant, si ce n'est le seul, en ville. — PIXABAY
  • Entre sciences de l'environnement et sciences sociales, des chercheurs du CNRS mènent une enquête sur la perception des paysages sonores en milieu urbain.
  • Les particuliers sont invités à répondre à un questionnaire sonore, en ligne, en lien avec le son naturel le plus courant en ville : les chants d'oiseaux.
  • Les résultats serviront, entre autres, à développer des projets pour enrichir la biodiversité en ville et encourager la protection de l'environnement.

Pour beaucoup de citadins, les confinements ont révélé un manque. Celui de la nature, ou du moins, d’un petit espace vert. Les heureux propriétaires de balcons ont pu y faire pousser des géraniums ; les autres ont dû se contenter d’ouvrir leur fenêtre pour écouter les oiseaux. Et si, finalement, ces derniers avaient eu le contact le plus fort avec la nature : celui d’un paysage sonore ?

Un champ d’études jamais abordé

Marylise Cottet, chercheuse au CNRS, a fait de ce postulat poétique un très sérieux thème de recherche : le projet Percept'BIRD. Géographe sociale, elle travaille au laboratoire Environnement-Ville-Société, rattaché à l’ENS de Lyon. « Je m’intéresse aux relations entre les sociétés et les écosystèmes, à travers les pratiques, les perceptions et les représentations », explique-t-elle. Depuis quelques années, elle s’intéresse à la place de la nature en ville. « On se rend compte de plus en plus qu’elle est fondamentale » remarque-t-elle. « Pour les services qu’elle nous rend, déjà : en rafraîchissant la ville, en l’oxygénant, en l’embellissant… »

Jusqu’ici, la nature en ville n’avait été étudiée que sur le plan visuel. Or, elle se traduit aussi par des sons. « Les paysages sonores contribuent aussi beaucoup à notre cadre de vie ! » rappelle Marylise Cottet, qui, dans son travail, met en rapport « ce qu’on perçoit, ce qu’on ressent, avec le fonctionnement des écosystèmes. Et on peut le faire via les sons, puisque les structures du paysage, la manière dont le paysage est agencé, a un impact sur la biodiversité qu’on y trouve, dont les oiseaux. »

Un questionnaire à réaliser casque aux oreilles

Pour appuyer cette recherche qui réunit sciences naturelles et sociales, Marylise Cottet a besoin de témoignages de citadins. Pour la seconder dans cette étude, Mathieu Lanthelme, étudiant en sciences de la biodiversité, a élaboré un questionnaire sonore en ligne. Chacun peut y répondre, en quelques minutes, avec un casque de préférence. « L’enquête s’adresse à tout le monde, que l’on vive en ville ou à la campagne », assure Mathieu Lanthelme. « L’idée est d’interroger notre relation à la nature sous l’angle du sonore, ici des chants oiseaux. Et de voir, ensuite, en quoi notre perception sonore peut nous mobiliser en faveur de politiques d’aménagement, et de protection de l’environnement. »

« C’est ce jeu qui m’intéresse : comment on arrive à la fois à améliorer les écosystèmes et la qualité de vie des urbains », ajoute Marylise Cottet. « Si on décide d’installer en ville un terrain avec une pelouse, ce n’est pas idéal, mais si on complexifie le paysage avec des haies, des arbres, des strates végétales, on va créer un environnement plus intéressant pour la biodiversité, et des paysages sonores plus complexes. »

Les résultats de ces études enrichiront les recherches des scientifiques, mais aussi les plans d’urbanisme du Grand Lyon. Un projet parallèle est en effet en cours pour créer une sorte de charte des bonnes pratiques, pour améliorer la biodiversité dans les espaces verts, privés comme publics. Et d’en savourer les bienfaits de chez soi, avec ou sans balcon.