SOS Attentats : Françoise Rudetzki, infatigable porte-parole des victimes du terrorisme, est décédée

PORTE-VOIX Elle avait notamment obtenu en 1986 la création du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme, financé par un petit prélèvement sur chaque contrat d’assurance de biens

20 Minutes avec AFP
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Francoise Rudetzki, à Paris le 18 février 2011.
Francoise Rudetzki, à Paris le 18 février 2011. — AFP

Elle aura mis sa vie au service des victimes du terrorisme. Françoise Rudetzki, elle-même grièvement blessée lors d’un attentat en 1983, est décédée dans la nuit de mardi à mercredi à Paris, à 73 ans, a-t-on appris mercredi auprès de sa famille.

« Jusqu’au bout, elle aura milité pour la reconnaissance et la prise en charge des victimes d’attentats », a déclaré sa fille Deborah Rudetzki. Emmanuel Macron a salué la « vie de douleurs, de combats et de victoires » d'« une figure tutélaire pour toutes les victimes d’attentats », qui puisait « sa sensibilité de son histoire personnelle ».



Juriste, Françoise Rudetzki avait créé SOS Attentats, première association de défense des victimes d’actes de terrorisme, en décembre 1985, date marquant le début d’une vague d’attentats meurtriers liés au conflit du Proche-Orient.

Dès 1986, elle avait obtenu la création du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme, financé par un petit prélèvement sur chaque contrat d’assurance de biens, une garantie étendue en 1990 à l’ensemble des victimes d’infractions pénales. Elle était restée membre du conseil d’administration de cet organisme jusqu’à son décès.

Un mémorial pour toutes les victimes du terrorisme

Autres avancées, elle avait fait reconnaître aux victimes du terrorisme le statut de victimes civiles de guerre et la possibilité pour les associations de se porter partie civile lors des procès. Françoise Rudetzki avait également œuvré pour qu’un mémorial soit érigé pour toutes les victimes du terrorisme. Ce monument, une femme anonyme décapitée, sera inauguré par Jacques Chirac aux Invalides, à Paris, en 1998. Et en 2018, elle avait défendu la création d’un Centre national de ressources et de résilience (CN2R), destiné à améliorer la prise en charge des victimes d’évènements traumatiques. Enfin, elle était aussi membre de la mission de préfiguration du musée-mémorial du terrorisme qui doit voir le jour en 2027.

Née à Neuilly-sur-Seine en 1948, de parents rescapés de la Seconde Guerre mondiale, Françoise Rudetzki avait été victime le 23 décembre 1983 d’un attentat à la bombe au restaurant le Grand Véfour à Paris, où elle fêtait ses dix ans de mariage avec son mari. L’explosion avait projeté une porte métallique qui avait écrasé ses jambes.

Sa Triple peine

Opérée à des dizaines de reprises pour soigner ses blessures, elle avait contracté le VIH et le virus de l’hépatite C lors d’une transfusion. Elle avait raconté cette épreuve dans une biographie parue en 2004, Triple peine, allusion à l’attentat, à sa contamination, longtemps tue, et à la disparition d’une partie de sa famille dans la Shoah, drame remonté à la surface pendant son hospitalisation.

Par la suite, les chroniqueurs judiciaires auront souvent croisé cette femme élégante aux boucles brunes aux audiences du palais de justice de Paris, où elle se déplaçait à l’aide de béquilles, puis en chaise roulante électrique. « Nous mesurons la perte que cela va représenter pour les victimes », a d’ailleurs souligné Frédéric Bibal, avocat de plusieurs victimes des attentats du 13 novembre 2015, en annonçant son décès au procès de ces attaques. Ses obsèques auront lieu dans la plus stricte intimité familiale.