Sexualité : Instagram, pornographie, forums...Pour s'informer, les ados préfèrent Internet à l'école

EDUCATION Alors que les séances d'information obligatoires à l'école sont trop rares, les plus jeunes se tournent vers des sites pas toujours fiables sur la sexualité

20 Minutes avec Agences
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Les émojis ou comment parler sexualité en ligne (illustration).
Les émojis ou comment parler sexualité en ligne (illustration). — Capture d'écran Emojipedia

Se renseigner sur la contraception, le plaisir ou l’intimité : en l’absence souvent de sessions d’information suffisantes à l’école, pourtant prévues par la loi, les adolescents se tournent vers Internet et parfois la pornographie pour s’informer sur la sexualité

Depuis 2001, la loi prévoit qu' « une information et une éducation à la sexualité est dispensée dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles ». Pourtant, comme le souligne une enquête réalisée par le collectif féministe #NousToutes auprès de plus de 10.000 personnes, publiée en début d’année, cette obligation n’est « absolument pas appliquée ». Les répondants disent n’avoir bénéficié « en moyenne que de 13 % » du nombre de séances prévues, soit 2,7 au lieu de 21 sur l’ensemble de la scolarité.

« Les profs ne sont pas formés »

« Il n’y a pas de créneaux prévus » et « les profs ne sont pas formés », explique Diane Richard, membre du collectif, pour qui les cours sont « très orientés biologie » et peu sur les « relations affectives ». De fait, ces interventions reviennent souvent aux enseignants de SVT (Sciences de la vie et de la Terre), aux infirmières scolaires, aux intervenantes du Planning familial ou d’autres associations.

Mais l’équation est difficile. « On a de moins en moins de temps institutionnalisé », pour en parler en parallèle des programmes, déplore David Boudeau, président de l’APBG (Association des professeurs de biologie-géologie) et enseignant de SVT. Même son de cloche du côté des infirmières. « Déjà c’était insuffisant avant, mais avec la crise sanitaire, il y a toute une génération pour qui c’est un problème » car « ce qui a été déshabillé dans l’école, ça a été l’éducation à la santé », constate Saphia Guereschi, secrétaire générale du Snics-FSU, syndicat majoritaire des infirmières scolaires.

Or, pour elle, ces séances sont « primordiales ». « Il faut vraiment que les jeunes aient accès à une éducation à la santé simple et rassurante », considère-t-elle. « Parler de sa propre sexualité ou ses interrogations à ses parents, c’est très difficile ».

Faire le tri

 

Comment draguer ? Quels sont les signes du plaisir sexuel ? Des questions difficiles à verbaliser. Pour trouver des réponses, la plupart des adolescents explorent Internet sur leurs smartphones, constatent professionnels de santé et associations. Forums, sites spécialisés ou comptes Instagram comme « T’as joui » et « Je m’en bats le clito » : les ressources sont multiples, de qualité diverse.

Résultat, « les adolescents sont très informés mais pas toujours bien informés, il faut faire le tri », estime Sarah Durocher, co-présidente du Planning Familial qui intervient dans 3.000 établissements par an. « Ces espaces qu’on crée, où ils peuvent poser ce qu’ils ont eu comme informations, les remettre en question et les critiquer, c’est très important ».

Les hommes mis en avant

Garçons et filles se tournent aussi vers la pornographie, facile d’accès sur Internet, bien que le code pénal interdise d’exposer les mineurs à ce type d’images. Plusieurs sites ont récemment été sommés de se conformer à la loi. Et, la justice va examiner le 24 mai le blocage total de cinq d’entre eux, qui n’ont pas réagi à cette injonction.

Pour la psychologue clinicienne, Béatrice Copper-Royer, la pornographie renvoie aux adolescents une vision « très réductrice » de la sexualité, « basée sur la performance » et la soumission des femmes. « Les filles ont l’impression qu’elles doivent se plier à ces dogmes, elles sont souvent loin de leurs désirs, c’est préoccupant ». L’association féministe En Avant Toute(s) fait un constat similaire. « Comme il n’y a pas de repères, pas de modèles de sexualité saine, les jeunes ne savent pas ce qui est normal ou pas », décrit sa porte-parole Louise Delavier.