Entre la Patrouille de France et les habitants de Salon-de-Provence, une relation amour-haine

VROOOOM-VRAOUM Les habitants de Salon-de-Provence, ville où réside et s'entraîne tous les jours ou presque la Patrouille de France, l'aiment presque autant qu'ils la détestent pour ses nuisances sonores à l'heure de la sainte sieste

Alexandre Vella
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La Patrouille de France s'entraîne tous les jours de la semaine d'octobre à mai dans le ciel de Salon-de-Provence
La Patrouille de France s'entraîne tous les jours de la semaine d'octobre à mai dans le ciel de Salon-de-Provence — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • La Patrouille de France, qui fête ses 70 ans l'an prochain, est basée et s’entraîne à Salon-de-Provence dans les Bouches-du-Rhône.
  • Ils s’entraînent entre 12h30 et 13h30, à l’heure du déjeuner et de la sieste, pratique assez répandue en Provence.
  • Si les Salonnais peuvent être heureux de voir leur ville identifiée à la Patrouille de France, ils souhaiteraient aussi pouvoir avoir du calme entre midi et deux.

« Tu viens d’où ? » , est-on invariablement questionné à l’occasion d’une nouvelle rencontre. À cela, je réponds « de Salon-de-Provence », paroles auxquelles mon interlocuteur oppose généralement un écarquillement des yeux (du genre “jamais entendu parler”), pour peu que l’échange se situe à plus de 100 km de Marseille.

« Mais si, tu sais, la ville de la Patrouille de France (PAF), Nostradamus, l'A7… tout ça quoi.

– Ah, mais oui, la Patrouille de France, bien sûr. Ça doit être trop cool de les voir tout le temps ? »

Comment dire. Pas vraiment. Ou plutôt pas tout le temps. En fait, c’est compliqué. S’il est fort plaisant d’assister à un spectacle aérien d’une haute précision avec des avions évoluant à basse altitude et traçant dans le ciel azur à l’aide de fumigènes aux couleurs du drapeau français des figures évocatrices, tel un cœur ou bien le symbole du Sidaction, on s’en lasse rapidement.

Entraînement tous les jours de la semaine

Les pilotes de la PAF s’entraînent tous les jours de la semaine d’octobre à mai, avant de commencer l’été leurs représentations aux quatre coins de la France, voire du monde, et de lever alors un peu le pied sur le ciel salonnais. Un spectacle quotidien qui fait le plaisir des touristes et de son office qui vend des goodies variés, porte-clefs, livres et autres stylos à son effigie. Moins celui des adeptes, nombreux en Provence, du pénéquet, cette courte sieste digestive du début d’après-midi.

Il faut dire que l’entraînement de ces pilotes d’élites de l’armée a lieu dans le ciel provençal pile à l’heure de celle-ci, entre 12h30 et 13h30. « C’est le créneau le moins dérangeant pour les autres activités de la base aérienne », indique-t-on du côté de la communication. Si l'armée alterne grosso modo, un jour sur deux entre l'espace aérien salonnais et un, un peu plus lointain, reste que les riverains de la base et des zones survolées voudraient bien déjeuner en paix.

Au-delà des Alpha jets de la PAF, la base aérienne de Salon-de-Provence accueille ponctuellement également quelques avions de chasse à qui il arrive de passer le mur du son. « Je me souviens avoir travaillé dans un atelier situé à proximité de la base, et d’avoir la cage thoracique qui vibre à leur passage alors que j’avais le casque anti-bruit », raconte Siméon, un jeune menuisier. « Et puis, comment dire, c’est pénible pour le pénéquet qui est quand même sacré en Provence », poursuit le jeune homme qui confesse avoir appelé durant le confinement quelques fois la base pour leur demander d’arrêter de voler à ces heures-là.

Bientôt soixante-dix ans de haute voltige

Dans le même ordre, moi qui ai passé mon collège à Joseph-d’Arbaud, établissement accolé à la base, j’ai le souvenir de cours brutalement interrompus par le bruit assourdissant des avions allant jusqu’à faire vibrer les fenêtres. Mais tout, loin de là, n’était pas négatif pour un collégien dans toute cette agitation aérienne propre à Salon. Les élèves pilotes de la base s’exercent à la voltige sur de petits appareils, qui, pas bien bruyants, et avec leurs loopings et leurs piqués, offrent de belles distractions depuis la fenêtre d’une salle de classe.

Aussi, l’activité de la base aérienne nourrit le tissu économique local, et certains, quoique agacés par la nuisance sonore, peuvent y trouver leur compte. « La Patrouille de France, à part faire du bruit, a l’avantage de nous prendre quelques fûts », commente Julien de la brasserie Sapristi dont l’atelier de confection et le bar attenant est installé à la sortie de la zone militaire. Un exemple qui conclut et illustre à bien des égards la relation amour-haine des habitants avec la Patrouille de France, qui fêtera l’an prochain ses 70 ans.