Logement : Des cases de trois mètres carrés à destination des étudiants dans le 17e arrondissement ? Prudence

FAKE OFF Créé par l’école 42, le projet de dortoir collectif semble bien loin de l’image lugubre que l’émission de « Touche pas à mon poste » a voulu lui donner

Lina Fourneau
— 
Le rue du Docteur-Paul-Brousse, dans le 17e arrondissement de Paris.
Le rue du Docteur-Paul-Brousse, dans le 17e arrondissement de Paris. — Google street view
  • Sur le plateau de Touche pas à mon poste, le lundi 9 mai, un reportage a dénoncé l’installation de « de cases à dormir » à destination des étudiants en plein cœur du 17e arrondissement de Paris.
  • Ce projet, dont la construction n’est pas terminée, est mené par l’École 42.
  • Mais les images utilisées par TPMP sont bien loin des attentes de la direction, qui veut mettre à disposition des « logements temporaires et accessibles » à ses étudiants en situation de précarité.

« Une honte, on dirait un chenil », « Inhumain », « Il n’y a même pas de lumière du jour ». Sur le plateau de Touche pas à mon poste (TPMP), lundi 9 mai, les chroniqueurs de Cyril Hanouna étaient presque unanimes après la diffusion d’un reportage sur « des cellules ou des cases à dormir » à destination des étudiants. « Vous êtes choquée, Kelly ? », lance l’animateur à une de ses chroniqueuses. Affirmant son indignation, cette dernière a toutes les raisons d’afficher sa colère.

Dans le reportage traité en seulement trente secondes, les images montrent un sinistre immeuble laissant peu de lumière et peu de place aux étudiants qui seront empilés et uniquement séparés par des rideaux. A première vue, il est donc facile d’être interloqué, voire consterné, par les images qui viennent d’être diffusées. Mais la réalité en est quand même bien loin. Alors que se passe-t-il vraiment rue du Docteur-Paul-Brousse, la fameuse artère du 17e arrondissement citée dans le reportage ?

FAKE OFF

Si peu de détails sont donnés par l’équipe de « Touche pas à mon poste », le reportage fait mention d’un immeuble cubique, « dont certains déplorent l’aspect extérieur ». En quelques clics, sur Google Street Views, il est facile de retrouver l’immeuble en question. Situé au numéro 8, les captures de mai 2021 font apparaître plusieurs affichages qui mentionnent « la construction d’un bâtiment de dortoir pour les étudiants de l’École 42 ».

Le projet s’appelle « Noc42 », sigle de Not only a campus (Pas seulement un campus). Son but est bien de créer « 1.000 lits » à destination des étudiants pour permettre « des logements temporaires et abordables » à ses étudiants, explique le site de l’école des développeurs créée par Xavier Niel. Le mantra de 42 ? « Gratuit, c’est encore trop cher. »

De mauvaises images

Si le reportage de TPMP estime un prix de « 250 euros par mois », dans les couloirs de l’École 42, on souffle que ces tarifs n’ont pas encore été réellement fixés. Pour cause, la construction de l’immeuble n’est pas encore terminée, explique-t-on en interne. La livraison de Noc42 devait avoir lieu au début de l’année 2022, mais a pris du retard.

Difficile de savoir donc d’où viennent les images diffusées par « Touche pas à mon poste ». Quelques jours plus tôt, le 6 mai plus exactement, les photographies avaient néanmoins été relayées par le compte Twitter @geometre18, un internaute qui a pour habitude de dénoncer « le saccage à Paris ». Toutefois, ces images utilisées par la chaîne et sur les réseaux sociaux n’ont pas été prises à l’intérieur de ce nouveau dortoir, car il est toujours en cours de construction et donc inaccessible au public. Au contraire, les images de synthèse présentées par les architectes ne reflètent pas l’aspect lugubre du reportage et montrent plutôt un espace lumineux, avec des espaces délimités. D’ailleurs, l’école assure que ces lits-cabines offriront « confort et intimité ».

« Réinventer le dortoir »

En réalité, dans les couloirs de l’École 42, la précarité étudiante inquiète. « 70 % des étudiants peuvent être autonomes financièrement en moyenne neuf mois après leur admission. Mais pendant ce délai, la solution, c’est de réinventer le dortoir », explique l’établissement. L’école insiste donc sur l’aspect « temporaire » de ce nouveau logement, qui a pour objectif de répondre à la crise du logement étudiant qui frappe actuellement à Paris.

« Nous avons des étudiants issus de milieux défavorisés qui souhaitent participer à des formations tels que La Piscine [une épreuve de sélection d’un mois pour les futurs étudiants], mais qui ne peuvent pas à cause du logement », pointe du doigt Sophie Viger, la directrice générale de l’École 42. Véritable frein pour l’accès aux études, la direction de 42 souhaitait donc offrir une solution aux étudiants les plus précaires.

En moyenne, 726 euros par mois

Selon un dernier baromètre publié par Century 21, publié en juillet, le prix moyen d’un logement dans le 17e arrondissement où se situe l’École 42 est de 726 euros en moyenne pour un logement entre 9 et 20 mètres carrés. C’est beaucoup trop pour l’établissement qui voit également un côté pratique à offrir une proximité entre l’école et le logement de l’étudiant.

Quant au regard de la maire de Paris, questionnée par les chroniqueurs, le projet faisait partie en 2016 des lauréats de « Réinventer Paris », concours d’architecture international organisé et choisi par la Ville. « Félicitations à NOC42, un projet ouvert sur le quartier », saluait alors Anne Hidalgo sur Twitter. Si le projet est soutenu par la mairie de Paris, il reste entièrement financé par l’École 42.