Hausse des prix : « Le crève-cœur » d’une maire de fermer la piscine à cause du coût de l’électricité

INTERVIEW La maire de Cabriès, petite commune entre Aix-en-Provence et Marseille, a décidé de ne pas ouvrir la piscine cet été en raison de la flambée des prix de l’électricité. Amapola Ventron explique pourquoi elle a fait ce choix

Propos recueillis par Mathilde Ceilles
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Illustration d'une piscine municipale
Illustration d'une piscine municipale — Paul Marriott/Shutterstock/SIPA
  • A Cabriès, dans les Bouches-du-Rhône, la piscine municipale n’ouvrira pas cet été. La maire de la commune, Amapola Ventron, craint ne pas pouvoir faire face à la hausse du prix de l’électricité en cours.
  • Une décision qui permet à l’élue de préserver le bio dans les cantines ou les classes découvertes. Elle refuse par ailleurs d’augmenter les impôts, et demande l’aide de l’Etat.

Les conséquences de la crise énergétique sont bel et bien concrètes. A Cabriès, petite commune située entre Marseille et Aix-en-Provence, la piscine municipale qui ouvre chaque été restera cette saison bien vide. Et pour cause : en raison de la flambée des prix de l’énergie, la mairie a décidé de ne pas ouvrir son bassin municipal. La maire de Cabriès Amapola Ventron revient pour 20 Minutes sur cette décision.

Pourquoi avoir décidé de ne pas ouvrir la piscine plein air de votre commune ?

J’ai pris cette décision il y a trois ou quatre semaines. La raison, elle est mathématique et très factuelle. J’avais prévu une hausse du prix de l’électricité dans mon budget, mais pas aussi spectaculaire. Par exemple, la facture pour un bâtiment qui comprend entre autres des gymnases s’élevait à 13.000 euros en janvier 2021. Là, elle m’est arrivée à 41.000 euros ! Alors là, moi, j’ai un gros souci. La hausse de mes factures oscille entre 256 et 300 % ! En 2021, la piscine a coûté 100.000 euros. Je ne sais pas combien cela aurait été si je n’avais pas décidé de cette fermeture exceptionnelle. La partie électricité représente 1/3 de cette dépense, avec les pompes et la lumière dans les vestiaires. Il faut donc ajouter 300 % à cette dépense, car le problème, c’est que c’est une piscine municipale, et non métropolitaine. Et moi, je dois choisir entre l’alimentation bio des enfants à la cantine, qui a considérablement augmenté, les dix classes découvertes que je finance et qui me semblent nécessaires après deux ans de Covid, et la piscine.

Est-ce à dire qu’une piscine est une dépense secondaire ?

Bien sûr que non. En tant que maman, je peux vous dire que prendre cette décision a été un crève-cœur. Après, si on avait été dans le centre de la France, j’aurais peut-être pris une autre décision. Mais on est dans le pays d’Aix où il y a beaucoup de piscines, que ce soit à Bouc-Bel-Air ou à Luynes. On est quand même très bien loti. Et on n’est pas si loin non plus de la mer. Nous ne sommes pas dans un territoire isolé.

Le gouvernement a promis de limiter la hausse des prix pour les particuliers, mais pas pour les collectivités territoriales. La solution est-elle là selon vous ?

Effectivement, nous n’avons pas de bouclier énergétique et je pense que cette mesure nous permettrait d’avoir de la visibilité et de prévoir. C’est ça le problème aujourd’hui. Le problème surtout, c’est qu’on est dans l’incertitude. Est-ce que ça va continuer d’augmenter ? Je ne sais pas, mais je suis pas en droit d’augmenter les impôts. Cela viendrait sacrifier le pouvoir d’achat des habitants de Cabriès.