Grenoble : Le conseil municipal adopte le port du burkini dans les piscines municipales

LAICITE Réunis lundi en conseil municipal, les élus grenoblois ont voté d'une courte voix en faveur du nouveau règlement des piscines autorisant le port du burkini

Caroline Girardon
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Les activistes de l'association Alliance Citoyenne se sont félicités de l'autorisation du port du burkini dans les piscines de Grenoble.
Les activistes de l'association Alliance Citoyenne se sont félicités de l'autorisation du port du burkini dans les piscines de Grenoble. — Jeff Pachoud / AFP
  • Lundi soir, le conseil municipal de Grenoble a adopté un nouveau règlement des piscines publiques qui permettra aux femmes de venir se baigner en burkini.
  • Mais les débats ont été tendus, la mesure divisant profondément les élus, y compris au sein de la majorité.
  • Au final, 29 conseillers ont voté en sa faveur, 27 l’ont rejeté et deux se sont abstenus.

A la mairie de Grenoble,

« Vous faites honte aux musulmans, vous faites honte à Grenoble et à notre histoire ». Les protestations d’Emilie Chalas, élue LREM, n’auront pas fait vaciller Eric Piolle, le maire écologiste de la ville. Lundi soir, les conseillers municipaux de Grenoble ont validé la révision du règlement des piscines publiques qui permettra désormais aux femmes de pouvoir venir se baigner en  burkini mais aussi seins nus ou avec un tee-shirt les protégeant du soleil.

A l’annonce des résultats, les activistes de l’association Alliance Citoyenne exultent. « On a gagné », répètent-ils à l’envie, réunis dans une salle pleine à craquer, située à quelques minutes de la mairie, tandis que les élus socialistes et de droite quittent le conseil municipal en signe de désaccord.

Au terme d’un débat de près de quatre heures, durant lequel les échanges ont été tendus, la délibération a été adoptée d’une courte tête. Vingt-neuf voix en sa faveur, vingt-sept contre et deux abstentions. C’est dire si la proposition a profondément divisé, y compris dans les rangs de la majorité.

« Le burkini n’est pas un maillot de bain comme les autres »

« Nous ne sommes ni frondeurs ni dissidents. Nous ne sommes ni islamophobes ni laïcards mais le burkini, qui n’est pas un signe religieux, reste le résultat d’une injonction patriarcale », souligne l’écologiste Amel Zenati. L’élue ne s’en cache pas, elle reste inquiète d’une telle décision. « Si le burkini symbolise soi-disant la pudeur, y aura-t-il une échelle de la pudeur établie en fonction de la surface de peau recouverte ? Qu’en sera-t-il des femmes qui ne porteront pas le burkini, seront-elles jugées comme impudiques et non respectables ? », s’interroge-t-elle.

« Ce vêtement n’est pas un maillot de bain comme les autres. Prétendre le contraire est d’une grande malhonnêteté intellectuelle », assène la socialiste Cécile Cenatiempo, évoquant « un retour en arrière ». Et d’ajouter : « Certaines femmes se battent au quotidien pour justement ne pas porter le voile, pour pouvoir faire du sport, aller à l’école, se déplacer seule ».

L’exemple de Rennes

« Ce qu’il se passe à Rennes depuis quatre ans [où la même mesure a été adoptée] montre qu’il n’y a jamais eu de troubles à l’ordre public », tranche Eric Piolle pour lequel il s’agit avant tout d’une « question de liberté » et « d’égalité d’accès au service public ». Pas de quoi calmer les opposants très remontés.

« L’accès aux piscines municipales a toujours été autorisé aux femmes, c’est le voile qui les en a écartés », tacle Nathalie Béranger (LR). « Les femmes, notamment les jeunes n’ont pas de problème à se baigner en maillot de bain », abonde énergiquement El Hasni Ben Redjeb accusant le maire de favoriser « une revendication dogmatique ». « Le voile a été imposé par une idéologie qui consiste dire que les femmes sont des objets de tentation et donc qu’il faut couvrir leur corps », rappelle-t-il, insistant sur le fait que la « population de confession musulmane n’a pas demandé de porter le burkini dans les piscines ».

La Région supprime ses subventions

« L’autorisation du port du burkini n’est ni un progrès social, ni un instrument d’égalité et d’émancipation, mais un instrument de contrôle du corps des femmes », déplore une nouvelle fois Amel Zenati, suivie par douze autres « dissidents » de la majorité municipale. Quant à Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, il a mis sa menace à exécution. L’élu a aussitôt annoncé qu’il retirait ses subventions à la ville de Grenoble, à savoir 1,5 million d'euros selon la municipalité.

Le préfet de l’Isère avait, de son côté, indiqué qu’il saisirait le tribunal administratif si la délibération devait être adoptée. Ce qui devrait être une question d’heures à présent…