Toulouse : Trois mouchoirs et un ADN pour résoudre un meurtre commis par les nazis

COLD CASE En une décennie, des passionnés ont identifié quatre résistants fusillés près de Toulouse par les Allemands en juin 1944. Il reste un cinquième inconnu sur lequel mettre un nom et une histoire. Et il n’est probablement pas du coin

Hélène Ménal
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En septembre 1944, lors de l'exhumation des fusillés du bois de la Reulle, dont un reste inconnu à ce jour.
En septembre 1944, lors de l'exhumation des fusillés du bois de la Reulle, dont un reste inconnu à ce jour. — Archives privées
  • Le 27 juin 1944, 15 résistants extraits de la prison Saint-Michel de Toulouse ont été fusillés dans le petit bois de la Reulle. Dix ont été identifiés dans les mois suivants.
  • Une association de passionnés a repris l’enquête en 2000. Elle est parvenue à mettre un nom sur quatre fusillés.
  • Il en reste un cinquième qui résiste aux recherches, probablement pas originaire de la région.
  • Alors, s’il y a dans votre histoire familiale, un aïeul héroïque, qui a combattu dans l’ombre du côté de Toulouse et n’a plus jamais donné de nouvelles, l’histoire de l’inconnu aux trois mouchoirs et au pyjama rayé va peut-être réveiller un écho.

Un ADN, trois mouchoirs avec des initiales, des vêtements, dont un pyjama et des bas de laine. Voilà les indices, pas si maigres, qui pourraient permettre d’identifier, 78 ans après, celui qui pour l’heure reste le cinquième et « dernier inconnu du bois de la Reulle ». C’est là, dans une petite clairière de la commune de Castelmaurou, au nord-ouest de la Ville rose, que le 27 juin 1944, la sinistre division SS Das Reich a emmené des résistants incarcérés à la prison Saint-Michel de Toulouse et les a fusillés sans autre forme de procès. Quinze hommes sont morts et ont été enterrés sur place, un seizième a pris la poudre d’escampette à travers bois.

Il a fallu attendre trois mois et le départ des Allemands pour mettre à jour le charnier. Dix des fusillés, originaires du coin, ont été identifiés en septembre 1944 et rendus à leurs familles. Mais pour les autres, il a fallu attendre l’orée des années 2000 et l’entrée en piste d’un groupe de passionnés, plutôt tenaces. Les membres de l’association des fusillés du bois de la Reulle ont réuni des milliers de documents, de témoignages et réussi l’exploit en 2011 de faire exhumer les fusillés sur décision judiciaire pour recueillir leur ADN. Il a « matché » quatre fois entre 2012 et 2017, couronnant la quête de succès. Un Belge, un Francilien, un Ardenais puis un Corse reposent désormais chez eux, dans une sépulture à leur nom. « On suppose que le cinquième n’était pas non plus originaire de la région », souligne Jean-Daniel Gaudais, l’un des quatre inlassables « chercheurs » de l’équipe, bien décidés à résoudre ce dernier mystère.

Un Méditerranéen

Alors, que sait-on de cet inconnu, qui pourrait éveiller les souvenirs d’une famille, dans l’Hexagone ou au-delà ? « On sait qu’il était résistant, qu’il a été arrêté début 1944 et emprisonné à Saint-Michel et qu’il n’est jamais réapparu », résume le policier à la retraite. Puis il y a les fameux mouchoirs. Deux portent la lettre M, le troisième est siglé L. S’agit-il des initiales du fusillé, de celles d’une fiancée, ou d’un autre inconnu ? « Il y a plusieurs théories dans le groupe », reconnaît Jean-Daniel Gaudais. Même multiplication de pistes pour le fameux pyjama à rayures bleues, passé sous des vêtements civils. « Il peut s’agir d’un prisonnier qui sortait de l’hôpital », suggère l’enquêteur dont les recherches dans les archives médicales n’ont rien donné. « A moins qu’il n’ait été arrêté au saut du lit ».

Après un passage dans un cimetière toulousain, les cinq inconnus sont inhumés dans le cimetière de Castelmaurou.
Après un passage dans un cimetière toulousain, les cinq inconnus sont inhumés dans le cimetière de Castelmaurou. - H. Menal - 20 Minutes

Enfin, il y a la piste solide de l’ADN. Grâce aux progrès en la matière, le laboratoire d’anthropologie de l’université de Strasbourg, qui suit le dossier des fusillés depuis 2011, est désormais en mesure de dire que le mystérieux fusillé avait des origines méditerranéennes, peut-être d'Italie du nord. « Il est peut-être aussi descendant d’Espagnol ou de Portugais », dit Jean-Daniel Gaudais, qui n’a de cesse de contacter des associations culturelles pour tirer le fil de la pelote.

Découragement et fausses pistes

Comme elle le fait à chaque fois, l’association vient d’aider une famille, justement d’origine italienne – et dont le nom commence par M – à rédiger une requête auprès du parquet de Toulouse à des fins de comparaison ADN. Pour René Durand, le président de l’association, et les chercheurs, ce n’est pas la théorie la plus prometteuse. « Mais on ne sait jamais ».

La vraie piste, chaude bouillante, les enquêteurs ont bien cru la tenir l’an dernier. Une dame de Moissac (Tarn-et-Garonne) les a contactés. Son père avait été emprisonné à Saint-Michel, aux bonnes dates. Qui plus est, le maire de la commune, un certain Louis Moles – LM – faisait porter l’époque du linge à ses concitoyens détenus. « La comparaison s’est malheureusement avérée négative, déplore Jean-Daniel Gaudais. Au moins, la famille sait. Mais sur le coup, ça nous a vraiment abattus, comme anesthésiés ». Sur le coup seulement. Car tant qu’il restera sur le monument de la petite clairière et sur le caveau du cimetière de Castelmaurou une ligne sans nom, un numéro sans visage, ils relanceront inlassablement leur appel.