Aide alimentaire : Les associations craignent une hausse du nombre de bénéficiaires… et une baisse des dons

SOLIDARITE Les associations fournissant de l’aide alimentaire aux plus démunis s’inquiètent pour les prochains mois

Delphine Bancaud
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Un local des Restos du c?ur à Asnières.
Un local des Restos du c?ur à Asnières. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • La problématique du pouvoir d’achat qui préoccupe actuellement les Français touche encore plus fortement les plus précaires.
  • Les associations d’aide aux plus démunis anticipent une hausse du nombre de leurs bénéficiaires dans les prochains mois.
  • Mais parallèlement, une partie des Français comptent moins donner aux associations cette année, ce qui risque de compliquer la donne.

Augmentation des prix de l’énergie, loyers élevés, tickets de caisse en hausse… Tels sont les fléaux subis par les Français à l’heure actuelle. Et c’est loin d’être fini : selon une estimation provisoire de l’Insee, l’inflation devrait dépasser les 5 % en mai et atteindre 5,4 % en juin. Elle est tirée en particulier par les prix alimentaires, attendus en hausse de 6,3 % en juin, et toujours par les prix de l’énergie (+ 26 % en juin).

Une situation qui résulte en partie de la guerre en Ukraine. Et qui frappe de plein fouet les plus précaires sachant qu’actuellement, 7 à 8 millions de personnes sont déjà en situation d’insécurité alimentaire en France. Les associations de lutte contre la pauvreté savent qu’elles vont devoir aider davantage de monde dans les mois qui viennent. Et pour le Secours populaire, c’est déjà une réalité. « Depuis mi-mars, nous sommes davantage sollicités. Certaines personnes, auparavant sur le fil du rasoir (les travailleurs précaires ou à temps partiel, les familles monoparentales), n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Elles doivent arbitrer entre payer le loyer ou faire le plein de la voiture », constate Houria Tareb, secrétaire nationale de l’association.

« Nous constatons une aggravation des situations de pauvreté »

De son côté, Patrice Douret, président des Restos du cœur, ne dispose pas encore de projection chiffrée sur le nombre de personnes susceptibles de venir grossir le rang des bénéficiaires dans les prochains mois. « Mais on s’attend à ce qu’elles soient plus nombreuses. Car le reste à vivre est de plus en plus faible pour de nombreux travailleurs pauvres notamment. Et depuis la guerre en Ukraine, nous constatons une aggravation des situations de pauvreté, notamment chez les jeunes, qui représentent 50 % de nos bénéficiaires ».

Cette augmentation prévisible du nombre de bénéficiaires inquiète d’autant plus les associations qu’elles ne savent pas si leurs différentes sources de financement seront suffisantes. « Je redoute un effet ciseau, c’est-à-dire une augmentation de nos charges accompagnée d’une diminution de nos ressources », explique Patrice Douret. D’autant que la générosité des Français envers les associations est à géométrie variable, selon le contexte économique et fiscal. Or, d’après une étude Ipsos publiée jeudi dernier pour la Fondation Apprentis d’Auteuil*, les dons versés l’an dernier aux associations caritatives ou d’intérêt général ont diminué de 30 % par rapport à 2020.

Certains dons en nature à la baisse

Par ailleurs, si la part des Français déclarant avoir fait au moins un don au cours de l’année est quasiment stable (48 % en 2021, après 49 % en 2020), le montant moyen par donateur, lui, s’inscrit nettement à la baisse (- 31 %). La tendance pourrait d’ailleurs se prolonger en 2022 : un quart des Français comptent moins donner, voire ne plus donner cette année. « Ce qu’ils justifient avant tout par la baisse du pouvoir d’achat (57 %) et la peur face à l’inflation (36 %) », explique l’étude.

Et les associations sont en proie à d’autres difficultés financières, souligne Patrice Douret : « La hausse des matières premières et des produits alimentaires nous touche aussi. Nos coûts d’achats ont augmenté de 10 % ces dernières semaines », constate-t-il. Les dons en nature, qui représentent une part importante de leurs stocks de produits à distribuer, ont aussi baissé. « Ceux des producteurs laitiers ont été divisés par cinq en un an », observe ainsi le président des Restos du cœur. « Les dons de nourriture invendue, proche de la date limite de consommation, sont plus limités ces derniers temps. Car la moyenne et la grande distribution les écoule davantage auprès des clients qui rencontrent des problèmes de pouvoir d’achat », constate Houria Tareb.

Des évènements pour diversifier les revenus

Les prochains mois seront donc décisifs, les dons ayant le plus souvent lieu lors du dernier trimestre de l’année. « Le plafond du dispositif Coluche – qui permet une déduction fiscale de 75 % à l’impôt du don – a été porté à 1.000 euros (contre 552 euros) en raison de la crise sanitaire. Cette mesure a été prolongée jusqu’au 31 décembre 2023. Il faut qu’elle soit pérennisée », estime Patrice Douret. Les associations multiplient aussi les initiatives pour inciter les Français à la générosité. Jusqu’au 22 mai, la Croix-Rouge Française organise ses journées nationales pour collecter les dons. Même dynamisme du côté du Secours populaire : « Nous multiplions les actions : ventes de muguet, braderies, collectes alimentaires dans les supermarchés, spectacles… », décrit de son côté Houria Tareb. Les Restos du cœur vont organiser un festival le 25 juin, avec comme point d’orgue un bal des restos, qui sera animé par des DJ renommés dans 18 villes de France. La place sera à 12,50 euros. Beaucoup d’associations envisagent aussi de booster leurs opérations de street marketing pour capter des donateurs plus jeunes.

Elles attendent aussi beaucoup du nouveau gouvernement. La prolongation du bouclier tarifaire sur les prix de l’énergie (électricité et gaz) a été décidée jusqu’à fin 2022, mais sera-t-elle prolongée ? Une nouvelle indemnité inflation​ sera-t-elle versée aux plus modestes ? Emmanuel Macron a également promis qu’un chèque alimentaire pour aider les plus modestes à se fournir en produits alimentaires locaux serait mis en place cet été.

* Enquête Ifop pour la Fondation Apprentis d’Auteuil, menée du 24 mars au 4 avril auprès d’un échantillon de 1.000 personnes, représentatif de la population nationale de plus de 18 ans, et de 500 personnes issues d’un foyer percevant plus de 120.000 euros net par an.