Avant Grenoble, Rennes autorise déjà le burkini dans ses piscines

TENUE DE BAIN Alors que le conseil municipal de Grenoble doit se prononcer ce lundi après-midi sur un nouveau règlement des piscines, la ville de Rennes autorise déjà le port du burkini

Jérôme Gicquel
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Une femme porte un burkini (à gauche) dans une piscine (illustration).
Une femme porte un burkini (à gauche) dans une piscine (illustration). — CEM OZDEL/A.A./SIPA
  • A Rennes, le port du burkini est déjà autorisé dans les piscines municipales de la ville.
  • Dans la capitale bretonne, la tenue vestimentaire des usagers n’est conditionnée qu’au respect des règles d’hygiène et de sécurité.
  • Quatre ans après l’adoption du nouveau règlement intérieur, très peu de femmes se baignent en burkini dans les piscines rennaises.

Les débats s’annoncent tendus ce lundi après-midi au conseil municipal de Grenoble où un nouveau règlement des piscines sera soumis au vote des élus. Le texte vise à lever les interdits en vigueur depuis une dizaine d’années dans les piscines de la ville. S’il est adopté, il permettra aux femmes de pouvoir se baigner seins nus ou en burkini. Mais la polémique fait rage sur ce dernier point, divisant même la majorité écologiste. A droite, on tire également à boulets rouges sur Eric Piolle. Pour Jean-Pierre Barbier, président LR du département de l’Isère, le burkini est un « signe vestimentaire d’oppression et d’infériorité des femmes ». « Il vise, purement et simplement, à imposer les standards islamistes au cœur des lieux de baignade et de loisirs publics », dénonce-t-il dans une tribune publiée la semaine dernière et signée par quarante-deux conseilleurs départementaux.

Même la préfecture de l’Isère se mêle à cette affaire. Si la délibération est adoptée au conseil municipal, elle saisira ainsi le tribunal administratif de la ville. Avant Grenoble, la question du burkini avait déjà agité un peu les débats à Rennes où le port du maillot de bain intégral pour les femmes est autorisé. Ou plutôt n'a jamais été interdit même si un nouveau règlement des piscines adopté en juin 2018 est venue clarifier la chose. Quatre ans après, le sujet continue-t-il de diviser dans la capitale bretonne ? Beaucoup de femmes se baignent-elles en burkini ? 20 Minutes fait le point.

Depuis quand le burkini est-il autorisé dans les piscines rennaises ?

Il n'a en fait jamais été interdit. En juin 2018, une clarification avait toutefois été apportée avec l’adoption lors du conseil municipal d’un nouveau règlement intérieur pour les quatre piscines municipales. La ville avait alors décidé de ne plus imposer le slip de bain dans les bassins et d’autoriser le short pour les hommes. Mais aussi les combinaisons intégrales ou le burkini.

A la différence du maire de Grenoble qui défend une « question d’égalité d’accès au service public », la ville de Rennes avait simplement évoqué des raisons d’hygiène et de sécurité. « Les tenues de bain doivent être conformes aux exigences de sécurité et d’hygiène, indique ainsi le règlement intérieur. Afin de préserver la qualité de l’eau de baignade, elles doivent impérativement être dans un tissu conçu spécifiquement pour cet usage et ne doivent pas avoir été portées avant l’accès à la piscine ». Le burkini répondant à ces impératifs, il est de fait accepté dans les piscines rennaises.

Quant à la question de la laïcité, la maire de Rennes souligne qu’on ne peut pas l’invoquer « quand on parle du règlement intérieur des piscines pour une raison de droit ». « Car la loi de 1905 n’introduit pas la police du vêtement, ajoute Nathalie Appéré, interrogée ce lundi sur le sujet. L’État est laïc mais le citoyen ne l’est pas. Il n’y a pas d’injonction à la laïcité ».

Cette décision avait-elle fait polémique ?

Elle avait provoqué quelques vagues mais pas non plus une tempête. En 2017, un élu du Rassemblement national s’était déjà emparé du sujet, demandant « l’interdiction du port de tenue à caractère religieux ostentatoire » dans les piscines. Le burkini était alors toléré par la ville, le seul critère étant l’hygiène et la sécurité. « La longueur ou la couvrance du maillot n’entre pas en ligne de compte », indiquait-elle. Au moment de l’adoption du nouveau règlement en juin 2018, la question du burkini n’était pas revenue sur la table.

C’est un article de Ouest-France qui avait relancé la polémique avec le témoignage de nageurs qui s’étaient étonnés de voir une femme nager en burkini à la piscine des Gayeulles. L’opposition avait alors crié au scandale, qualifiant le burkini d’étendard « d’un islam extrémiste incompatible avec les valeurs de la République ». Après un conseil municipal houleux en octobre, la polémique s’était progressivement éteinte.

Où en est-on aujourd’hui ?

La situation est aujourd’hui apaisée dans les piscines rennaises où le port du burkini ne fait plus polémique. Il faut dire que très peu de femmes le portent. Sur les 900.000 nageurs qui fréquentent annuellement les bassins rennais, ces dernières peuvent en effet se compter sur les doigts d’une main.

Contactée en 2018 par 20 Minutes, l’une d’entre elles avait d’ailleurs accepté de témoigner. Défendant son droit « de ne pas montrer son corps », elle avait alors indiqué n’avoir « jamais eu une remarque », seulement « quelques regards insistants ». « Mais je ne fais rien de mal, avait-elle ajouté. C’est mon choix, comme d’autres font le choix d’être topless. Chacun est libre ».