Bretagne : Enfin ! Le phare maudit de Tévennec sera rénové et sauvé d’une mort assurée

PATRIMOINE Parfois décrite comme « une anomalie », cette maison feu située au large du Finistère a rendu fou plusieurs gardiens avant d'être automatisée

Camille Allain
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Au large de la pointe du Raz, le phare de Tévennec a été abandonné pendant plus de cent ans. Très dégradé, il sera finalement rénové aux frais de l'Etat.
Au large de la pointe du Raz, le phare de Tévennec a été abandonné pendant plus de cent ans. Très dégradé, il sera finalement rénové aux frais de l'Etat. — Loïc Venance / AFP
  • Abandonné depuis son automatisation en 1910, le phare de Tévennec souffrait du poids des tempêtes et des années.
  • La mobilisation d'un homme qui y a passé deux mois a fini par payer. L'Etat va engager des travaux de rénovation du bâtiment.
  • Décrite comme «une anomalie», cette maison-feu a longtemps été réputée maudite, notamment en raison d'étranges bruits entendus par ses gardiens.

C’est un bout de caillou planté à quelques kilomètres au large de la pointe sud du Finistère. Abandonné pendant plus de cent ans, le phare de Tévennec avait retrouvé un peu de vie quand un passionné avait décidé d’y passer deux mois. C’était en 2016 et l’état des bâtiments s’avérait déjà préoccupant selon les témoignages de Marc Pointud.

Depuis, le président de la Société nationale pour le patrimoine des phares et balises n’a cessé de se battre pour obtenir des financements et remettre en ordre cette « maison feu » souvent considérée comme une anomalie. Alors que ses illustres voisins de la Vieille ou de l’île de Sein culminent à plusieurs dizaines de mètres de haut, Tévennec n’est qu’une modeste maison, régulièrement balayée par les vents et les vagues. Un lieu que certains ont décrit comme maudit et qui a rendu fou plus d’un gardien. A l’abandon depuis son automatisation en 1910, le bâtiment va enfin faire l’objet de travaux de rénovation et le sauver d’une mort assurée.

« Le phare suinte, il est en train de décrépir »

L’an dernier, l’artiste électro Molecule avait passé cinq jours à l’intérieur de ce bâtiment mythique et mystique pour en sortir un album conceptuel. Voici la description qu’il en faisait : « Les boiseries, les murs, les peintures et surtout la toiture… Tout est très dégradé. Le phare suinte, il est en train de décrépir », expliquait Romain Delahaye. L’artiste avait dormi dans une tente à l’étage, au milieu de milliers de cloportes et d’un plafond percé de mille trous.

Qu’il se rassure, le problème devrait bientôt être résolu. La Direction interrégionale de la mer nord Atlantique Manche ouest (Dirm Namo) vient d’annoncer que son projet de réhabilitation avait été retenu par le ministère de la Mer. Les travaux « qui s’étaleront sur plusieurs années » seront financés par le Fonds d’intervention maritime (FIM) pour un montant encore indéterminé.

Le passionné Marc Pointud avait passé deux mois sur le phare réputé maudit de Tévennec, en Bretagne.
Le passionné Marc Pointud avait passé deux mois sur le phare réputé maudit de Tévennec, en Bretagne. - Loïc Venance / AFP

L’État prendra ainsi à sa charge « la sécurisation des accès comme les échelles et garde-corps, la réfection de la toiture, des planchers et menuiseries extérieures, le ravalement ou encore la modernisation du feu », précise la Dirm Namo. On ignore quand démarreront les travaux mais « ce ne sera sans doute pas cette année », selon l’administration. Jusqu’ici, seule la coupole avait fait l’objet d’une réfection en 2018.

Une grotte qui résonne rendait fou les gardiens

Construit en 1875, le phare de Tévennec était classé en 4e catégorie et ne nécessitait donc aucune relève, obligeant ses gardiens à y vivre en permanence. Bon nombre d’entre eux sont devenus fous, effrayés par les étranges sifflements et hurlements des lieux.

« Des plongeurs ont découvert qu’il y avait une grotte sous-marine sous les rochers qui fait que la houle résonne et siffle. Ceux qui ont construit le phare en 1875 entendaient kers cuit, qui veut dire va-t-en breton », nous expliquait Marc Pointud. Les années ont passé, les croyances se sont évaporées mais la maison feu est toujours debout. Et elle compte bien le rester.