Affaire Delphine Jubillar : Qu’a donné la confrontation entre le mari de Delphine et son ex-codétenu à qui il aurait avoué ?

JUSTICE La confrontation entre Cédric Jubillar et son ex-codétenu, qui indique que plaquiste serait passé aux aveux en détention, n’a pas fait avancer le dossier selon les avocats du mari de l’infirmière, disparue en décembre 2020 à Cagnac-les-Mines

Béatrice Colin
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Mes Alary, Franck et Martin, les avocats de Cédric Jubillar, le 12 mai, lors de la confrontation de leur client avec son ex-codétenu.
Mes Alary, Franck et Martin, les avocats de Cédric Jubillar, le 12 mai, lors de la confrontation de leur client avec son ex-codétenu. — B. Colin / 20 Minutes
  • Cédric Jubillar est en détention depuis juin dernier pour le meurtre de sa femme, Delphine, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.
  • Ce jeudi il a été confronté à son ancien codétenu, « Marco », à qui il aurait confié avoir tué sa femme et enterré son corps près d’une ferme brûlée à Cagnac-les-Mines, près du domicile conjugal.
  • A l’issue de plus de quatres heures de confrontation, les avocats du principal suspect expliquent que les deux hommes sont restés chacun sur leurs positions.

Pas de révélations. C’est en tout cas le résumé que font les avocats de Cédric Jubillar à l’issue de la confrontation de leur client avec un ex-codétenu, « Marco ». A l’automne dernier, ce dernier avait indiqué aux gendarmes que le plaquiste, soupçonné du meurtre de sa femme et en détention provisoire depuis juin 2021, lui avait livré des aveux, indiquant qu’il avait enterré le corps de Delphine près d’une ferme qui avait brûlé, non loin du domicile conjugal. Des confidences qu’ils auraient échangées à travers les fenêtres de la maison d’arrêt de Seysses.

Et aussi incroyable que cela paraisse, étant tous deux à l’isolement, ce jeudi, c’est la première fois que les deux hommes se rencontraient de visu, dans le bureau des juges d’instruction. « Les versions de l'un et de l'autre ont été confrontées, les juges d’instruction ont essayé de déterminer lequel des deux disait la vérité et finalement il n’en est pas sorti grand-chose. Chacun est resté sur ses positions, on n’a pas appris quoi que ce soit », a indiqué à la sortie des quatre heures de confrontation, Jean-Baptiste Alary, l’un des trois avocats du mari de la jeune infirmière, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.

Renouvellement du mandat de dépôt

Lorsque les gendarmes avaient pris connaissance des assertions de « Marco » sur ce que lui aurait confié Cédric Jubillar, plusieurs investigations, notamment des fouilles importantes autour de la ferme brûlée. « Au final, tout ce qu’a raconté cet homme a été vérifié, notamment l’emplacement du corps, l’utilisation d’une voiture ou d’un couteau. Au final tout est faux, il n’y a aucune confidence qui corresponde à une réalité. Cédric Jubillar a toujours dit qu’il était harcelé en permanence, et, de guerre lasse, il a dit "c’est moi", des choses qu’il avait déjà déclarées et qui ont été vérifiées par des centaines de gendarmes. Pour le reste, ce sont des inventions d’un homme qui, manifestement, a négocié autre chose, je crois sa remise en liberté. L’accusation n’a rien dans ce dossier, maintenant cela suffit, il faudrait que la justice arrête ce massacre et que la présomption soit affirmée », a réagi Me Alexandre Martin qui a décrit l’ancien détenu au lourd passe judiciaire comme « un taulard ».

Un homme à qui Cédric Jubillar faisait toutefois assez confiance pour lui confier un courrier destiné à sa nouvelle compagne, Séverine. Sorti de détention peu de temps après avoir fait ces révélations aux gendarmes, « Marco » a même rencontré la nouvelle femme du plaquiste tarnais à Cagnac-les-Mines à plusieurs reprises. Il pensait que cette dernière savait où se trouvait le corps de Delphine. Mais à l’issue de la garde à vue de Séverine, en décembre dernier pour « complicité de recel de cadavre », rien n’a été retenu à son encontre.

Aucun des avocats du principal suspect ne s’attendait à voir surgir de nouvelles informations lors de cette confrontation. « Cédric Jubillar n’a jamais indiqué avoir vrillé, toute cette scène racontée par le codétenu n’existe pas. Et finalement, ça donne un peu le sentiment que l’on fonctionne sous le système de preuves de l’Ancien Régime, à l’époque où quatre ouï-dire valaient une preuve, on en est un peu toujours là. On a un peu tendance à considérer que si le détenu dit des choses, ça doit être vrai, même si, au final, c’est faux et ça ne correspond à aucune réalité », a poursuivi la troisième avocate de Cédric Jubillar, Emmanuelle Franck.

Le trio de défenseurs se fixe désormais un objectif dans cette affaire, celui d’arriver à faire libérer leur client lorsque celui-là passera au cours de prochains jours devant le juge des libertés et de la détention dans le cadre du renouvellement de son mandat de dépôt.