La politique de harcèlement des points de deal à Lille fonctionne-t-elle ?

TRAFIC DE STUPS Les autorités se montrent satisfaites de la lutte contre les trafics de stupéfiants à Lille et dans le Nord. Il subsiste néanmoins quelques points noirs et certaines questions sans réponse

Mikaël Libert
La perquisition a permis de saisir plus de 100.000 euros et 15 kg de résine de cannabis
La perquisition a permis de saisir plus de 100.000 euros et 15 kg de résine de cannabis — Police Nationale
  • Les autorités se félicitent de l’efficacité des mesures mises en œuvre pour lutter contre les trafics de stupéfiants à Lille. Contrôles, interpellations, saisies de produits sont en augmentation selon la préfecture.
  • Reste que certains modes de trafics et certaines substances demeurent plus difficiles à éradiquer.

La « plaque tournante » lilloise va-t-elle s’arrêter de tourner ? En marge de la visite du ministre de l’Intérieur à Lille, lundi, la préfecture et la police ont insisté pour faire le point sur la politique de lutte contre les trafics de stupéfiants dans le Nord et dans la métropole. Si les chiffres évoqués prouvent l’efficacité des mesures mises en place pour certains points, d’autres demeurent plus flous.

En mars 2021, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, avait fait du faubourg de Béthune, à Lille, un « quartier témoin » dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, empêchant ainsi la mairie d’y installer une salle de consommation à moindre risque. Pour faire mentir les propos de Martine Aubry, qui voyait en cette démarche un coup politique « pour courir après l’extrême droite », les autorités ont donc mis le paquet. Dans la ligne de mire des forces de l’ordre : les points de deal, dont le nombre était estimé à 240 l’année dernière dans le Nord. Toujours à l’échelle du département, le patron de la police lilloise, Thierry Courtecuisse, liste 576 trafics démantelés, plus d’une tonne de marchandise saisie, plus de 7.000 amendes délictuelles dressées et une chute de 30 % du nombre de points de deal.

Une politique de « déstabilisation et de harcèlement »

Pour le fameux faubourg de Béthune, la préfecture dénombre 1.000 opérations de contrôles, 130 gardes à vue dont 41 ont eu des suites judiciaires. Sauf que ces chiffres ne concernent pas uniquement le trafic de stupéfiants, mais aussi les délits routiers, les rodéos urbains. Bref, un large éventail de faits. Dans un autre quartier sensible, celui de la rue Flora-Tristan, à Lille sud, le directeur de cabinet du préfet parle de 300 interpellations et de 41 personnes écrouées en 2021 sans toutefois préciser la proportion d’affaires liées aux stupéfiants.

Alors oui, il faut reconnaître que la politique de « déstabilisation et de harcèlement » des points de deal porte ses fruits. Pour autant, cela pose d’autres questions. A commencer par le « déplacement des points de deal » suite aux opérations répétées de la police comme le reconnaît lui-même Richard Smith, le directeur de cabinet du préfet. Un problème sur lequel il promet d’être « vigilant ».

Nombreux contrôles pour le protoxyde d’azote

Les policiers doivent aussi composer avec la redoutable faculté d’adaptation des délinquants, ces derniers développant d’autres biais pour poursuivre leur business. On parle notamment ici de la livraison à domicile. « C’est ce que l’on appelle les opérations ''uber'' », explique le directeur départemental de la sécurité publique. S’il avance que ses services ont réalisé de « belles opérations », il n’en livre pas la teneur et reconnaît aussi que ce nouveau mode de trafic « complique » le travail de la police.

Si l’on s’écarte un peu des drogues conventionnelles, comme le cannabis, les données deviennent rares, voire inexistantes. Sur le GHB, le commissaire Benoît Aloé, chef de la sûreté urbaine, dénombre « quelques dépôts de plainte » ayant donné lieu à des investigations sans qu’il n’ait jamais pu être prouvé l’administration de cette substance. A 20 Minutes, le parquet de Lille avait confirmé qu’aucun dossier de la sorte n’était sur le bureau de la procureure. Enfin, si l’interdiction de vente aux mineurs de protoxyde d’azote a bien fait l’objet de « beaucoup de contrôles » par la brigade administrative, il s’agissait essentiellement de « rappeler la législation ».