Très critiqué, le parc éolien de Saint-Brieuc accumule les difficultés

ENERGIE Une enquête a été ouverte pour homicide involontaire après la mort par noyade d’une promeneuse sur un chantier de construction du parc éolien offshore le 2 mai

Camille Allain
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Le 7 mai 2021, des pêcheurs avaient manifesté leur colère en s'invitant autour du chantier de construction du parc éolien de Saint-Brieuc.
Le 7 mai 2021, des pêcheurs avaient manifesté leur colère en s'invitant autour du chantier de construction du parc éolien de Saint-Brieuc. — Mathieu Pattier / SIPA
  • A Saint-Brieuc, la construction d’un parc éolien offshore de 62 mâts divise l’opinion et s’attire de nombreuses critiques émanant notamment des pêcheurs.
  • Le lundi 2 mai, une femme est morte noyée sur le chantier installé sur une plage d’Erquy, déclenchant l’ouverture d’une enquête pour homicide involontaire.
  • Dès le début du chantier, le choix de la société Ailes Marines, filière d’Iberdrola, a provoqué la colère des opposants qui dénoncent un favoritisme.

Lundi 2 mai, une femme âgée de 70 ans est morte noyée à Erquy (Côtes-d’Armor) après avoir chuté dans un canal creusé dans le cadre du chantier du futur parc éolien de Saint-Brieuc. La victime marchait visiblement sur le bord de la plage et avait de l’eau à mi-mollets quand elle est subitement tombée dans une fosse de plus de quatre mètres de profondeur, creusée pour relier le parc à la terre. L’intervention de témoins n’a pas permis de la sauver. Après cette noyade, le procureur de la République a rapidement fait savoir que des investigations seraient menées pour vérifier si la sécurité du chantier et sa signalisation étaient suffisantes sur la plage du Caroual. Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte par le parquet de Saint-Brieuc.

La fosse dans laquelle est tombée la promeneuse a été réalisée dans le cadre des travaux d’atterrage du projet de raccordement du parc éolien en mer. Deux canaux contigus ont été creusés sur une largeur de 60 mètres et une longueur de 250 mètres. Si l’un des canaux a été partiellement comblé, l’autre devait l’être « après l’intervention des plongeurs pour ancrer les câbles en les lestant », précisait le procureur Nicolas Heitz.

S’il est beaucoup trop tôt pour connaître les responsabilités de chacun, ce drame vient s’ajouter au passif déjà lourd du chantier éolien, par ailleurs vivement critiqué.

Une pollution accidentelle qui fâche

Dans une région plusieurs fois touchée par les marées noires, les pollutions marines ravivent des souvenirs douloureux. En juin 2021, une nappe d’huile de 16 km de long sur 3 km de large s’est répan

La plage du Caroual, à Erquy, a été le théâtre d'un drame le 2 mai 2022 quand une femme est morte noyée dans le chantier du parc éolien de Saint-Brieuc.
La plage du Caroual, à Erquy, a été le théâtre d'un drame le 2 mai 2022 quand une femme est morte noyée dans le chantier du parc éolien de Saint-Brieuc. - Mathieu Pattier / SIPA

due en mer au large de Saint-Brieuc. Le responsable ? Un « problème technique » survenu à bord du navire Aeolus qui réalisait des travaux de forage sur zone. Appartenant à la société néerlandaise Van Oord, le navire avait déclaré aux autorités « une fuite d’huile de 100 litres » assez rapidement maîtrisée. Iberdrola, la société espagnole chargée de la construction, avait été convoquée par la ministre de la Transition énergétique. « Nous veillons à ce qu’Iberdrola prenne toutes les mesures pour nettoyer la pollution et assurer la poursuite du chantier dans des conditions irréprochables », avait taclé Barbara Pompili.

Des soupçons de favoritisme ?

A l’automne, quelques mois après la solution, le comité des pêches des Côtes-d’Armor a saisi le Parquet national financier (PNF) pour « recel de favoritisme » dans l’attribution en 2012 du marché public du parc à Ailes Marines. Vent debout contre le projet l’arrivée des 62 éoliennes, les pêcheurs contestent le choix de la société Ailes Marines, filiale d’Iberdrola, établi par le gouvernement français. Leurs avocats s’appuient pour cela sur le choix qui avait été fait par la Commission de régulation de l’énergie d’attribuer le projet à la société concurrente Eolien Maritime France.

Le gouvernement avait pourtant opté pour le concurrent espagnol en s’appuyant sur des critères qui lui étaient plus favorables. Problème ? Ces critères n’étaient pas inclus dans le cahier des charges, plaident les avocats. Saisi, le Conseil d’État avait relevé des irrégularités. L’instruction est toujours en cours.

Des recours qui se multiplient

Très remontés contre le projet qui verra 62 éoliennes de 205 mètres de haut s’élever au large de Saint-Brieuc, les pêcheurs de coquilles Saint-Jacques avaient contesté le programme de surveillance du chantier, notamment en ce qui concerne l’impact sur l’eau et la biodiversité. Le Conseil d’État a rejeté il y a deux semaines leur pourvoi en cassation. L’ONG Sea Sheperd a également saisi la justice française « pour contester les dérogations de destruction d’espèces protégées accordées à Ailes Marines ».

D’une capacité de 496 Mégawatts avec 62 éoliennes de plus de 200 mètres de haut et 30 à 42 mètres sous l’eau, le parc est censé produire 1.820 Gigawatts par an, l’équivalent, selon son promoteur, de la consommation électrique annuelle de 835.000 habitants. Sa mise en service est annoncée pour la fin d’année 2023.