Notre-Dame de Paris : « On est un peu comme des médecins de l'Histoire », témoigne une restauratrice niçoise

HISTOIRE Margot Morisse et son atelier Morisse-Morini ont été sélectionnés pour restaurer « tous les objets, sculptures sur les autels et les plaques ainsi que les fonts baptismaux » des treize chapelles de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Elise Martin
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Margot Morisse, de l'atelier niçois Morisse-Morini, participera à la restauration du chantier Notre-Dame de Paris
Margot Morisse, de l'atelier niçois Morisse-Morini, participera à la restauration du chantier Notre-Dame de Paris — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Pour au moins trois mois, l’atelier niçois Morisse-Morini restaurera les objets des chapelles de Notre-Dame de Paris, qui a brûlé il y a trois ans.
  • C’est une reconnaissance pour cet atelier qui s’est démarqué face à des « gros noms » du milieu.
  • L’atelier niçois a pour habitude de travailler sur des chantiers prestigieux comme le château de Chambord.

Après l’incendie dévastateur, le temps de la reconstruction. Et pouvoir y participer a été une « incroyable nouvelle » pour Margot Morisse, de l’atelier niçois Morisse-Morini, sélectionné pour participer à la restauration de Notre-Dame de Paris. Son équipe a remporté l’appel d’offres face à « des gros noms dans le domaine » et devra, à partir de juillet ou d’août et pendant trois mois, s’occuper de « tous les objets en pierre, en marbre, les sculptures sur les autels et les plaques » des treize chapelles de la cathédrale.

La restauratrice conservatrice explique qu’elle sera également en charge « des fonts baptismaux » et est très enthousiaste car elle aime « travailler le bronze ». Dans ce domaine, il faut d’ailleurs « se spécialiser » pour « se faire un nom », surtout « quand il s’agit des monuments historiques », dit-elle.

« Je suis tombée dedans quand j’étais petite »

Et spécialiste, elle l’est. « Je suis tombée dedans quand j’étais petite », raconte Margot Morisse. « J’avais 14 ans, j’ai regardé un documentaire sur la restauration et j’ai tout de suite su que je voulais en faire mon métier, se souvient l'Azuréenne, en activité depuis trente ans. Pour mes études, j’avais le choix entre Paris et Rome. Je suis partie en Italie. Et c’était fou comme expérience. Qu’on lève la tête, qu’on marche, ou même qu’on creuse un trou dans son jardin, tout est Histoire. On s’est ensuite installé à Nice en 1997. »

Le domaine de prédilection de l’atelier, ce sont les « métaux, la céramique, la pierre » et « la peinture murale ». « On a été sur un chantier dans le Var où on a réussi à enlever dix couches de peinture et à trouver la peinture d’origine. C’était magique ! »

« On est un peu comme des médecins »

La Niçoise aime se dire qu’après son passage, « les gens pourront à nouveau admirer des éléments importants du patrimoine ». Elle développe : « On est un peu comme des médecins de l'Histoire, on fait tout notre possible pour que les œuvres perdurent dans le temps. On a comme un pouvoir. Mais il arrive que ça ne fonctionne pas, même si on ne veut pas penser que c’est impossible. » Pour que la magie opère le plus possible, elle utilise « une palette d’instruments qui va des ustensiles d’un chirurgien-dentiste aux outils d’un maçon mais en miniature ». Et même parfois un laser.

Un savoir-faire et une passion qui ont fait de l’atelier un incontournable pour certains chantiers « très prestigieux ». « Ça fait 20 ans que l’on travaille avec le château de Chambord. Nous avons aussi fait la cour de Versailles, l’Opéra de Toulon ou encore l’église Saint-Michel à Menton », raconte-t-elle. Mon moment préféré du métier, c’est quand on trouve une signature cachée. Toujours au plus près du patrimoine, des siècles, des millénaires et des ères passées. « L’émotion est toujours intense qu’on manipule des haches de la préhistoire ou des pierres de la Renaissance. On traverse l’Histoire et on fait en sorte que ces objets aussi. »

Avant de partir pour Paris, l’atelier recevra des objets de collection à restaurer, dont d’incroyables théières dont la valeur atteint 20.000 euros chacune.