#LabelloChallenge sur Tiktok : Attention à « l’affolement » autour du risque de suicide

FAKE OFF Sur les réseaux sociaux, de nombreux posts s’inquiètent de ce challenge. S’il faut rester vigilant, Samuel Comblez, de l’association e-Enfance, pointe le « sens critique assez développé » des adolescents

Emilie Jehanno
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Illustration d'un baume à lèvres.
Illustration d'un baume à lèvres. — Pixabay
  • Le LabelloChallenge, qui peut pousser au suicide, a fait partie des sujets les plus viraux sur TikTok dernièrement.
  • Ce challenge en rappelle un autre, le ChapStick Challenge qui avait aussi alarmé il y a un an.
  • Samuel Comblez, directeur des opérations de l'association e-Enfance, pointe la « maturité des adolescents, qui sont bien au fait du caractère dangereux, parfois un peu absurde de ces défis » et qui ont « un sens critique assez développé ».

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes s’alarment au sujet du LabelloChallenge ou JeuxduLabello. Sur TikTok, où le sujet est particulièrement viral, de nombreuses publications mettent en garde les enfants ou adolescents sur ce challenge et les implorent de ne pas y prendre part. Il en existerait plusieurs variantes, relayées aussi dans les médias. La première consisterait à ce qu’une personne se blesse volontairement, puis recouvre la plaie de baume.

Mais deux autres versions inquiètent les parents : soit un bout de baume doit être coupé pour chaque mauvais moment passé, soit il s'agit d'en appliquer tous les jours. A la fin du tube, dans les deux cas, la personne devrait alors se suicider. « Soyez très vigilant, alerte une internaute dans un post viral sur Facebook, si votre enfant vous demande un Labello. »

FAKE OFF

En mars 2021 déjà, des articles en anglais ou en français alertaient sur un challenge « inquiétant ». Cette fois était évoqué le ChapstickChallenge, Chapstick étant une marque de baume à lèvres très connue aux Etats-Unis. Les mêmes défis étaient évoqués aboutissant au risque de suicide, sans que la marque Labello ne soit mentionnée à l’époque. De même, de nombreux posts sur les réseaux sociaux voulaient mettre en garde les adolescents sur ce challenge.

D’où provient ce défi ? Sur YouTube, on peut encore trouver trace d’un challenge plutôt inoffensif au départ : dans des vidéos remontant jusqu’en 2017, des personnes s’appliquent du baume à lèvres, une autre les embrasse et doit en deviner le goût (chocolat, orange, fraise etc.).

« Une hypersensibilité de la part des adultes »

C’est sur TikTok que le challenge s’est transformé de façon plus morbide, avec de premières occurrences liées au suicide au printemps 2021 à travers le Chapstick Challenge, puis le Labello Challenge en avril, cette année. Pour Samuel Comblez, directeur des opérations de e-Enfance, une association de protection de l’enfance sur Internet, il faut rester prudent sur le phénomène. Il nous indique avoir reçu deux appels concernant le LabelloChallenge (et aucun sur le ChapstickChallenge depuis un an).

La semaine dernière, un CPE souhaitait se renseigner après avoir entendu des élèves en parler, mais ne manifestant pas de volonté d’agir. Une directrice d’école primaire a également contacté l’association, qui intervient en milieu scolaire et est agréée par le ministère de l’Education nationale, pour évoquer le cas d’une petite fille qui disait aller mal et avait envie de le faire. En 2019, après une période d’observation, l’association analysait le Momo Challenge, un autre défi viral, comme « une légende urbaine ».

« Ce qu’on note, par contre, c’est une hypersensibilité de la part des parents, des adultes, qui voient dans certains défis un risque majeur pour les ados », souligne-t-il, et qui estiment qu’ils seraient nombreux à le réaliser. Il y voit un reflet de leur méconnaissance du quotidien dans la sphère numérique. « Dès qu’un challenge ressort, il y a un peu d’affolement », dit-il. Il pointe au contraire la « maturité des adolescents, qui sont bien au fait du caractère dangereux, parfois un peu légers ou absurdes de ces défis » et qui ont « un sens critique assez développé ».

Etre sensible « aux plus fragiles »

Mais Samuel Comblez tient à tempérer ses propos, il ne s’agit pas non plus d’ignorer complètement la situation. Il plaide la prévention : « Il faut être sensible aux plus fragiles, ceux-là ont besoin d’accompagnement. L’idée, c’est de pouvoir verbaliser son mal-être auprès d’une oreille attentive. La parole a un effet thérapeutique. » Sur Twitter, le ministère de l’Intérieur appelle à être attentif et redonne le numéro national de prévention du suicide (3114).

« Ce n’est pas le challenge qui crée le mal-être, ajoute le directeur des opérations de e-Enfance, le challenge est là pour révéler un mal-être qui n’arrive pas à se dire. » Des jeunes pourraient vouloir s’exprimer, l’utiliser comme un moyen de transmission. « Quand on dit : j’ai envie de mourir, et je vais le mettre en scène, cela apporte une communauté de secours, ce jeune a voulu attirer l’attention pour se faire aider », estime-t-il.