Guerre en Ukraine : Travail, école… Comment à Nice on gère le flux de réfugiés composé majoritairement de femmes et d’enfants

ACCUEIL Dans les Alpes-Maritimes, où les femmes et les enfants ukrainiens représentent 80% des personnes accueillies depuis le début de la guerre. Des caractéristiques qu’il a fallu prendre en compte pour organiser cette protection temporaire accordée par la France

Fabien Binacchi
— 
Lors d'une arrivée de 150 Ukrainiens, rapatriés par le département des Alpes-Maritimes, mi-mars, à l'aéroport de Nice (Illustration)
Lors d'une arrivée de 150 Ukrainiens, rapatriés par le département des Alpes-Maritimes, mi-mars, à l'aéroport de Nice (Illustration) — Syspeo / Sipa
  • Selon les derniers chiffres du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), ce jeudi, plus de 5,4 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays, dont seulement 10 % d’hommes, ceux âgés de 18 à 60 ans, étant susceptibles d’être mobilisés.
  • Dans les Alpes-Maritimes, qui est l’un des départements qui accueillent le plus de réfugiés ukrainiens selon la préfecture, les femmes représenteraient 50 % des personnes accueillies et les mineurs, 30 %.
  • Pour le secrétaire général du Secours populaire du département, « c’est un public particulièrement vulnérable ».

« Il faut remonter à la guerre du Kosovo, à la fin des années 1990, pour retrouver des flux de réfugiés aussi importants », glisse Jean Stellittano. Le secrétaire général du Secours populaire des Alpes-Maritimes en est témoin : depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, « entre 10 et 12 familles » viennent frapper rien qu’à la porte de cette seule association « tous les jours ». Le département est effectivement un de ceux qui, en France, accueillent le plus d’Ukrainiens depuis le 24 février, selon la préfecture. Au 4 mai, elle avait déjà délivré 5.662 autorisations provisoires de séjour. A une majorité écrasante de femmes et d’enfants, contrairement à de précédentes vagues de réfugiés.

Selon l’estimation des services de l’Etat, elles représenteraient 50 % des personnes accueillies dans les Alpes-Maritimes. Les mineurs seraient 30 %. Et les hommes 20 % donc. Des caractéristiques démographiques qu’il a fallu prendre en compte pour organiser cette protection temporaire accordée par la France.

Des femmes seules avec enfants « vulnérables »

Selon le dernier comptage, ce jeudi, du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), plus de 5,4 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays, dont seulement 10 % d’hommes, ceux âgés de 18 à 60 ans, susceptibles d’être mobilisés, n’ayant pas le droit de partir. « La part de femmes seules et d’enfants accueillis est beaucoup plus importante que sur d’autres vagues de réfugiés, confirme Jean Stellittano. Et c’est un public particulièrement vulnérable ». Le risque ? Que la vague de solidarité qui a suivi le déclenchement de la guerre emporte aussi avec elle certaines mauvaises intentions.

« Une attention particulière a été portée par l’administration sur les hébergements citoyens qui ont été proposés, avance encore le responsable du Secours populaire. Sur les volontariats d’hommes seuls notamment. Pour le moment, il n’y aurait rien à signaler de ce point de vue là. Je sais que certaines familles ont changé de logement en cours de route, mais pas pour de graves problèmes. »

Sorties organisées, rencontres… L’important est surtout de sociabiliser rapidement ces personnes, « même si elles souhaitent pour la plupart retourner en Ukraine le plus tôt possible ». Pour qu’elles ne soient pas isolées, ajoute-t-il.

Les écoles mises à contribution pour les enfants

L’académie de Nice est celle qui prend en charge, en France, le plus grand nombre d’enfants ukrainiens. Fin avril, ils étaient plus de 1.200 dans les établissements, notamment élémentaires, des Alpes-Maritimes et du Var, précise le rectorat. « Sur les niveaux collège et lycée, beaucoup préfèrent suivre des cours à distance », précise une porte-parole. Une prise en charge, dans tous les cas, inédite qui a entraîné la création de nouvelles classes UPE2A. Dans ces Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants, les enseignants constatent « des niveaux élevés pour les maths notamment » et « une faculté à s’adapter rapidement », indique-t-on encore du côté du rectorat.

Chez les adultes, la volonté d’apprendre le français est aussi prégnante. « On donne beaucoup de cours, les gens sont très en demande », confirme Christine Jomat, du Secours catholique à Cannes. A Nice aussi, la mairie a mis en place des classes spéciales. Depuis le 21 mars, elles sont fréquentées par 200 réfugiés, dont une majorité écrasante de femmes, en moyenne chaque jour, selon la municipalité.

Le travail « autorisé » pour des adultes « en demande »

Le ministère du Travail le précise sur son site Internet : la protection temporaire que la France accorde aux personnes déplacées d’Ukraine « les autorise notamment à exercer une activité professionnelle ». « La différence est là avec des migrants d’autres pays. Si vous embauchez un sans-papiers, vous pouvez être poursuivi », rappelle un autre membre d’association. « La demande des réfugiés de l’Ukraine de travailler est importante, mais elle est aussi liée à l’apprentissage du français », poursuit Christine Jomat à Cannes, où les profils sont souvent redirigés vers les métiers de l’hôtellerie notamment.

Le 7 avril, la ville de Nice organisait « une journée pour faciliter l’emploi des réfugiés dans les secteurs qui peinent à recruter ». Dont celui, encore, du tourisme. Ce rendez-vous a mobilisé 600 personnes et engendré plus de 200 offres de jobs.​