Santé mentale : Comment soigner son éco-anxiété ?

MA TÊTE ET MOI 45 % des jeunes disent souffrir d’éco-anxiété, une détresse mentale liée au réchauffement climatique. Heureusement, des solutions pour y faire face existent

Lise Abou Mansour
— 
Santé mentale : Quelques conseils pour soigner son éco-anxiété — 20 Minutes
  • « Ma tête et moi », le programme hebdomadaire de 20 Minutes consacré à la santé mentale des jeunes, revient pour une saison 2 sur Snapchat.
  • Le but de ce rendez-vous : lever le tabou sur différentes pathologies psy grâce aux témoignages de jeunes concernés et tenter de trouver des solutions pour aller mieux.
  • Dans ce troisième épisode, on a rencontré Pierre Chevelle. Créateur du Podcast Soif de Sens. Il a souffert d’éco-anxiété et d’éco-dépression pendant près d’un an et donne ses conseils pour aller mieux.

Si l’humanité vivait comme les Français, elle aurait épuisé, dès ce 5 mai, les ressources que la planète peut renouveler en un an. Après avoir lu cette information, une partie de la population va passer à autre chose. Mais pour les éco-anxieux, elle va virer à l’obsession. Pierre Chevelle en a fait partie. Après avoir lu Manuel de transition de Rob Hopkins, il prend conscience de la possibilité d’un effondrement de notre monde. Très vite, il sombre dans un mal-être profond.

L’éco-anxiété n’est pas une maladie mais « un état psychologique de détresse mentale et émotionnelle face aux menaces du changement climatique et aux problèmes environnementaux globaux » selon le psychologue et psychothérapeute Pierre-Eric Sutter. Ce trouble peut être plus ou moins fort et son intensité se mesurer grâce à une échelle créée par Hélène Jalin. Cinq classes d’éco-anxiété existent et seule la dernière relève de la pathologie. « Je fais remplir ce questionnaire à mes patients et quand ils sont dans la classe 5, je les renvoie vers un médecin ou un psychiatre », explique la psychothérapeute Charline Schmerber. Pour Pierre-Eric Sutter, si le mal-être dure plus de trois à six mois, il faut consulter car il peut se transformer en trouble anxieux généralisé ou en dépression réactionnelle. Pour éviter cela, on a demandé à des spécialistes et à des personnes qui en ont souffert comment soigner son éco-anxiété. Et les solutions existent !

En parler avec les autres

« Le risque de l’éco-anxiété, c’est l’isolement », explique d’emblée Pierre-Eric Sutter. Alors, la première chose à faire, c’est d’en parler. « J’ai l’impression d’avoir fait un coming-out auprès de mes proches en leur disant que je traversais une grosse crise d’éco-anxiété », confie Pierre Chevelle. Mais pour cela, faut-il encore avoir des proches réceptifs et conscients des enjeux climatiques. Le jeune homme le reconnaît, il a eu cette chance. En abordant le sujet avec sa famille, il a pu déconstruire ses angoisses. Sa sœur, par exemple, lui a proposé qu’ils vivent tous ensemble à la campagne si jamais un effondrement se produisait. Progressivement, le jeune homme se rassure.

Mais cette prise de parole ne doit pas se transformer en obligation de sensibilisation. « Mes patients se sentent coupables s’ils n’arrivent pas à sensibiliser leur entourage. Mais ils ne sont pas responsables de cette sensibilisation », analyse Charline Schmerber. Le dialogue ne doit pas non plus virer en exercice de culpabilisation. Envoyer un article à un ami qui voyage pour lui montrer que c’est mal de prendre l’avion, par exemple, n’est pas le meilleur moyen d’arriver à le sensibiliser, selon la psychothérapeute. Pour elle, donner envie aux autres de les embarquer est plus judicieux. « Si un jour il y a un effondrement, c’est plus important de maintenir les liens plutôt que d’essayer de convaincre des gens qui savent déjà que le monde ne va pas bien. »

Passer à l’action collective

Ce monde qui ne va pas bien effraie les éco-anxieux et les paralyse. Et cela s’explique. « Le stress est une mécanique qui permet de faire face à des dangers ou des enjeux perçus comme tels », précise Pierre-Eric Sutter. « Si on traverse la route et qu’un bus manque de nous écraser, le stress nous fait faire un pas de côté car l’organisme perçoit le danger et réagit immédiatement. Mais face aux enjeux climatiques, il n’y a pas de réaction immédiate possible. » Cette peur qui immobilise doit donc être transformée en peur qui mobilise. Le moyen : donner du sens à son engagement en passant à l’action.

« Il faut distinguer ce sur quoi tu peux agir et ce sur quoi tu ne peux pas agir », explique Pierre Chevelle. Militer dans une association pour la défense de l’environnement, se présenter aux élections municipales, devenir végétarien ou réorienter ses études sont autant d’actions bénéfiques. Mais il faut les choisir en fonction de notre personnalité et de nos envies. « Ce qui va avoir du sens pour vous va être différent de ce qui va avoir du sens pour moi », explique la psychothérapeute. En participant à des actions de désobéissance civile, Camille Chaudron a eu la sensation de « regagner en force de vie ».

Y aller progressivement

L’éco-anxiété est une détresse prospective. Les personnes qui en souffrent ont les yeux braqués sur le futur et ressentent un grand sentiment d’urgence. Pour les aider, Charline Schmerber les fait travailler sur le présent. « Je dis à mes patients que, paradoxalement, ils vont devoir prendre le temps. On ne prend pas de bonnes décisions dans l’urgence. »

C’est le conseil qu’a suivi Camille Chaudron. La jeune femme a d’abord quitté son emploi de cadre dans l’agroalimentaire pour donner des conférences et des conseils en transition écologique à des entreprises. Ce n’est que dans un second temps, après avoir travaillé dans des fermes pendant ses vacances, qu’elle décide de déménager à la campagne. « Je me suis rendue compte que je n’étais pas assez connectée au vivant. »

Se reconnecter à la nature

« ll faut reconsidérer complètement ses choix de vie quand on a des valeurs écologiques », confirme Pierre-Eric Sutter. Depuis deux mois, Camille travaille dans une ferme située en Mayenne. Elle y vit en collectivité et fait de la permaculture. « Le cadre est collectif parce que les enjeux sont collectifs. » « C’est prouvé scientifiquement que la sylvothérapie a un impact sur la santé », affirme le psychologue. Randonner, se promener en forêt, jardiner permet de se sentir mieux et de sortir d’une logique d’exploitation de la nature.

« Je ne pense pas que l’éco-anxiété soit quelque chose à éradiquer », nuance Charline Schmerber. « J’apprends à mes patients à apprivoiser leur éco-anxiété et à vivre avec un niveau tolérable qui est moteur pour l’action. » Quand le dernier rapport du GIEC est tombé, Camille s’est de nouveau sentie déprimée. « Il m’arrive de repasser des soirées où je suis en angoisse totale. » Mais elle a désormais la conviction de faire davantage partie de la solution que du problème.

Pierre-Eric Sutter, avec d’autres praticiens et chercheurs en psychologie, a lancé une vaste étude afin de mesurer l’éco-anxiété des Françaises et Français. Si vous voulez y participer, c’est par ici.