Grossophobie : Comment aider son enfant victime de harcèlement en milieu scolaire

DISCRIMINATION Alors que l’Organisation mondiale de la santé s’alarme d’une « épidémie » de surpoids en Europe, le harcèlement grossophobe en milieu scolaire semble lui aussi sur une pente ascendante

Marie De Fournas
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Selon une étude récente une petite fille sur trois de 11 ans a déjà fait ou pensé à faire un régime.
Selon une étude récente une petite fille sur trois de 11 ans a déjà fait ou pensé à faire un régime. — Canva
  • L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète d’une augmentation du nombre de personnes en surpoids en Europe tandis que, selon Santé publique France, les cas d'obésité et de surpoids ont fortement augmenté chez les plus jeunes depuis le début de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19.
  • Parallèlement, les associations avertissent sur la hausse de la grossophobie en milieu scolaire.
  • En tant que parents, il est possible de protéger son enfant de harcèlement grossophobe en identifiant ces discriminations et en sensibilisant les établissements. Il convient également d’adopter les bons réflexes avec son enfant en amont et durant cette période.

EDIT du 13 mai 2022 : Les journées européennes de l'obésité ont lieu ce samedi et ce dimanche. A cette occasion, 20 Minutes vous propose à la relecture ce papier sur la lutte contre la grossophobie en milieu scolaire, publié alors que selon Santé publique France, les cas d'obésité et de surpoids ont fortement augmenté chez les plus jeunes depuis le début de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19. A noter que deux Français sur trois considèrent l'obésité comme «un problème de volonté», révèle une enquête réalisée par la startup Fedmind, qui lutte contre la grossophobie en organisant des groupes de parole.

En Europe, près d’un quart des adultes sont désormais obèses, rapporte l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une progression jugée épidémique par l’organisation et qui « se répercute aussi sur les enfants », constate Eva, cofondatrice avec Daria Marx de l’association de lutte contre la grossophobie, Gras politique. « Plus il y a d’obésité chez les enfants et plus il y a aussi de harcèlement en milieu scolaire », constate-t-elle. Là encore, l’OMS a des chiffres : 63 % des enfants en surpoids risquent d’être victimes de harcèlement.

Un chiffre édifiant sachant que, selon une étude menée sous l'égide de Santé publique France, les cas d’obésité et de surpoids ont fortement augmenté chez les plus petits depuis le début de la crise sanitaire. Reste que si le harcèlement en milieu scolaire est un problème pris au sérieux par le gouvernement depuis plusieurs années, la grossophobie a en revanche encore du mal à être reconnue. « Cette discrimination n’est pas nommée en tant que tel dans la loi et ça se répercute à l’école où le sujet n’est pas inscrit au programme des cours d’éducation civique et moral », regrette Eva. En attendant que les choses bougent, les parents peuvent être acteurs et participer à la lutte contre la grossophobie en milieu scolaire.

Identifier des paroles et actes grossophobes

Avant même de pouvoir aider son enfant victime de harcèlement grossophobe à l’école, il faut d’abord être au clair sur le sujet et savoir de quoi l’on parle. Il y a évidemment les moqueries et les gestes des petits camarades, mais la grossophobie, c’est aussi des clichés ancrés dans la tête des enfants, comme dans celle des adultes. « Un jeune en surpoids ne doit pas être surresponsabilisé sur son poids, avertit Aline Thomas, fondatrice avec Lola Cès de La Grosse Asso. S’il est gros, ce n’est pas parce qu’il n’a pas de volonté et ce n’est pas forcément lié au fait qu’il mange trop. » Certains actes grossophobes sont aussi difficilement identifiables parce qu’ils sont insidieux. « Cela va être le personnel de cantine qui oriente les choix alimentaires d’un élève ou refuse de le resservir en raison de son poids », détaille Eva.

Les signes qu’un enfant est victime de harcèlement grossophobe

Si un parent averti et vigilant permet plus facilement à un enfant de s’exprimer, les jeunes victimes de harcèlement sont loin de toutes se confier à la maison sur les problèmes à l’école. Plusieurs signaux peuvent alerter. « L’enfant se replie sur lui-même ou s’impose des restrictions alimentaires », donne comme exemple Aline Thomas évoquant une enquête selon laquelle 37 % des filles de 11 ans déclarent faire ou avoir besoin de faire un régime.

« Cela peut aussi se voir sur des notes en baisse ou par le refus de se rendre à la piscine ou en cours de sport », ajoute Eva. Dans le premier cas, il faut se dénuder. Dans le second, les enfants en surpoids sont parfois rejetés, choisis en dernier, ou font face à des équipements inadaptés tels que des chasubles trop petites, pointe du doigt l’association Gras politique qui met à disposition des enseignants des moyens de mieux penser l’inclusion des élèves gros et grosses.

Les bons (et moins bons) réflexes

Si vous découvrez que votre enfant est victime de harcèlement grossophobe, il ne faut pas hésiter à en parler avec le corps enseignant si celui-ci est réceptif, « tout en faisant attention de ne pas en faire un règlement public au risque de l’enfant se sente encore plus stigmatiser », souligne Aline Thomas. Si ce n’est pas déjà le cas dans sa classe, proposez à la maîtresse ou au maître d’organiser un temps de sensibilisation sur le sujet, au même titre que cela existe pour le racisme ou l’homophobie. Il est tout à fait possible dans ce cas de faire appel à l’association Gras politique qui a l’habitude de pratiquer ce genre d’intervention en milieu scolaire.

Concernant votre enfant, « ne le mettez surtout pas au régime », insiste les fondatrices des deux associations. « Cela ne ferait qu’accentuer sa culpabilité s’il ne parvenait pas à perdre du poids et lui ferait croire que le problème vient de lui », explique Eva. « Les régimes fabriquent des gros et peuvent créer des troubles alimentaires chez les enfants », ajoute Aline Thomas, selon qui il est important dans ces moments douloureux de rappeler aux enfants « qu’ils sont aimés sans condition, quel que soit leur corps ».

Enfin, que votre enfant soit victime de grossophobie ou pas, il est possible de l’éduquer sur le sujet. Toujours selon l’OMS, 75 % des enfants de moins de 10 ans associent le fait d’être gros ou grosse à quelque chose de négatif. « C’est quelque chose que l’on retrouve dans les dessins animés. Les gros sont souvent à la traîne ou bête », rapporte Aline Thomas. Pour changer de regard sur les diverses morphologies, l’association Gras politique a mis au point une liste d’ouvrages qui représentent de manière positive des personnages gros. « C’est le manque ou les mauvaises représentations qui mènent au harcèlement », rappelle Eva.