1er-Mai : Face à l’éventualité d’un nouveau report de l’âge légal à la retraite, les manifestants rêvent d’un système « plus juste »

REPORTAGE Dans le cortège parisien, la seule évocation d’un report de l’âge légal à la retraite suscitait critiques et vive opposition

Hélène Sergent
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À Paris, le projet de réforme des retraites envisagé par Emmanuel Macron préoccupe particulièrement les manifestants qui se sont déplacés ce 1er mai 2022.
À Paris, le projet de réforme des retraites envisagé par Emmanuel Macron préoccupe particulièrement les manifestants qui se sont déplacés ce 1er mai 2022. — Lewis Joly/AP/SIPA
  • Une semaine après le second tour de la présidentielle, de nombreux syndicats et associations ont appelé les Français à se mobiliser ce dimanche pour la traditionnelle Journée internationale du travail.
  • La future réforme des retraites, en tête des priorités sociales affichées par Emmanuel Macron, préoccupe particulièrement les manifestants qui se sont déplacés ce dimanche.
  • Ils étaient 21.000 à défiler dans les rues de Paris selon le cabinet indépendant Occurrence.

La promesse s’étale sur les pancartes et orne les blousons. « Avec l’Union populaire, la retraite c’est 60 ans ! », arborent fièrement les militants et sympathisants Insoumis venus nombreux ce dimanche pour manifester à l’occasion de la journée internationale du travail. Rassemblée sous un soleil radieux place de la République à Paris, une foule largement acquise à Jean-Luc Mélenchon a écouté attentivement celui qui s’imagine déjà Premier ministre d’Emmanuel Macron.

« Voilà qu’à présent il s’agit de ramener l’âge de la retraite à 65 ans ! (…) Ne l’oubliez jamais, rien ne vous a été accordé, tout a toujours été arraché ​​​ ! », a lancé le chef de file des Insoumis, la voix couverte par les huées provoquées dès l’évocation du projet de réforme du Président fraîchement réélu. À moins de deux mois des élections législatives, la simple éventualité d’un report de l’âge légal faisait l’objet, ce 1er-Mai, d’une réelle crispation au sein du cortège.

Pénibilité et enjeux écologiques

À 28 ans seulement, Camille se dit « carrément préoccupée » par le sujet : « Quand on voit nos parents qui se retrouvent au chômage à moins de 60 ans, forcément on se demande quel sens ça a de vouloir toujours reporter cet âge de départ à la retraite ». Ancienne chargée de production dans le milieu culturel, la jeune femme est désormais en formation pour devenir libraire. Favorable à la proposition de Jean-Luc Mélenchon qui souhaitait fixer le seuil légal à 60 ans, la jeune femme poursuit : « Pour un cadre, forcément c’est envisageable de partir plus tard. Mais moi, si je deviens libraire, je sais pas si je serai toujours en capacité de soulever des cartons remplis de livres jusqu’à 65 ans ».

Pour Aurélie, 44 ans, et Vincent, 43 ans, la pénibilité de certains emplois doit absolument être mieux prise en compte par les pouvoirs publics en cas de réforme. « J’ai des collègues, des femmes qui vivent seules, qui sont obligées de continuer de travailler pour pouvoir vivre correctement. Mais être professeure à cet âge-là, ça devient vraiment difficile », explique Aurélie qui enseigne l’histoire-géographie dans un établissement en banlieue parisienne. Son conjoint, lui, plaide pour une remise en question globale de la notion de travail dans notre société : « On ne peut pas réformer le régime des retraites de façon efficace si on n’interroge pas notre système productiviste actuel. Il faut prendre en compte les enjeux futurs, écologiques notamment, qui nécessiteront peut-être de travailler moins ou autrement » .

Pancarte à la main, Lucien, 31 ans, est sympathisant écologiste. Partisan d’une « convergence des luttes sociales et écologiques », il juge le projet d’Emmanuel Macron « absolument fou ». « Fixer le départ à 62 ans, comme c’est le cas aujourd’hui, ça me semble le maximum déjà. D’autant que le Conseil d’orientation des retraites (COR) a fait savoir que sans réforme, le régime devrait être équilibré d’ici une trentaine d’années », souligne le jeune homme. Dans son dernier rapport toutefois, l’instance préconisait un départ à la retraite à 64 ans dès 2030 pour équilibrer structurellement le système « chaque année jusqu’à 2070 ».

Gommer les disparités

Au-delà de cet âge légal, plusieurs manifestantes exigeaient un système de retraites « plus juste », notamment à l’égard des femmes. En effet, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), les Françaises percevaient en moyenne en 2018 un montant de retraite inférieur de 28 % à celui des hommes. Drapeau des insoumis à la main, Nadia, 65 ans, rêve d’une réforme capable de gommer ces disparités. « Les femmes sont moins bien payées que les hommes en moyenne tout au long de leur vie, sont plus touchées par les emplois précaires et les interruptions de carrière. Même s’il y a des compensations, il faudrait mieux prendre en compte ces inégalités », estime-t-elle.

Pour financer un système de retraite « plus juste », Françoise, 57 ans, défend la création d’un impôt supplémentaire pour les plus aisés : « Je ne vois pas l’intérêt de rallonger la durée du travail si c’est de toute façon pour licencier des séniors à 58 ans et devoir ensuite trouver des richesses pour financer des prestations sociales ». Soucieux et concernés, ces manifestants et manifestantes auront-ils la possibilité de soumettre au gouvernement leurs revendications ? Lors de la campagne, début avril, Emmanuel Macron avait considéré que le référendum était un instrument qui pouvait être « utilisé », y compris pour une réforme des retraites. Avant d’ajouter qu’il souhaitait «  privilégier d’abord une large concertation politique et avec les partenaires sociaux sur ce sujet ». Les débats pourraient démarrer dès cet été.