Pourquoi la ville de Strasbourg construit des petites maisons pour les chats errants ?

CHAT ALORS ! Afin d’améliorer les conditions de vie des chats errants et de réduire les désagréments, notamment sanitaires dans plusieurs quartiers, la ville de Strasbourg lance le dispositif « chats libres »

Gilles Varela
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Le Chatipi, abri pour chats errants mis en place par la ville de Strasbourg le 27 avril 2022.
Le Chatipi, abri pour chats errants mis en place par la ville de Strasbourg le 27 avril 2022. — G. Varela / 20 Minutes

« S’il y a des chats errants, c’est de notre faute, assure Marie-Françoise Hamard, conseillère municipale déléguée aux animaux en ville à Strasbourg. On les abandonne, et on ne les stérilise pas. Du coup, ils se reproduisent très rapidement et ça crée des colonies qui s’étendent de façon exponentielle. Il y en a absolument partout, dans les jardins familiaux, les cimetières, les friches, les jardins de l’hôpital, etc. »

Après la problématique des rats, des pigeons, la ville de Strasbourg s’attaque à présent à une autre catégorie d’animaux qui finalement posent « quelques » problèmes de cohabitation avec les habitants. « Sachant qu’un couple de chat a environ 12 chatons dans l’année, on arrive vite à plus de 20.000 chats en quatre ans », détaille Marie-Françoise Hamard… A Strasbourg, s’il est impossible de les compter « il y en a des milliers, rien que dans l’espace public ». Et selon la conseillère municipale, il y aurait près de 12 millions de chats errants en France.

Un chat errant attrapé par l'association Catmondou. Strasbourg le 27 avril 2022.
Un chat errant attrapé par l'association Catmondou. Strasbourg le 27 avril 2022. - Catmondoux

Cohabitation, danger pour l’écosystème et souffrance animale

« Survivre dans la rue, en passant au travers de toutes les embûches, les intempéries, les tentatives d’empoisonnement, les maladies, les accidents, la faim… Une vie de misère, ce sont des animaux en souffrance. » Une présence source cependant de problèmes sanitaires. Les chats errants attirent aussi les rongeurs, qui viennent se nourrir dans des gamelles laissées par des « nourrisseurs » de chats bénévoles.

Autre constat selon Marie-Françoise Hamard, les chats représenteraient aussi un danger pour la biodiversité. « Ce sont de grands prédateurs d’oiseaux, ils attrapent beaucoup de faune sauvage comme des lézards, les papillons, les petits rongeurs et nuisent énormément à l’équilibre de la biodiversité. » En France, 60 millions d’oiseaux « disparaissent chaque année tués par les chats », déplore l’élue.

Une problématique qui n’aurait jamais été vraiment prise en compteselon la ville de Strasbourg. « Qu’est-ce qu’on peut faire pour arrêter ce cycle de souffrance ? », s’interroge la conseillère. Les municipalités sont autorisées par le Code rural de 1997 à capturer les chats, les stériliser et les identifier avant de les relâcher directement sur le site où ils ont été attrapés. Un règlement incomplet qui conduirait finalement « à de la souffrance animale », estime Marie-Françoise Hamard car le chat est laissé le jour même de la stérilisation, « dans la nature, dans le froid, la pluie et sans suivi… A Strasbourg, on ne veut pas de ça. »

Aussi, après avoir été amené chez le vétérinaire pour être stérilisé, des associations partenaires comme Cat’MonDoux récupèrent le chat et « le garde à l’abri, au chaud, bien nourri en observation pendant les quelques jours nécessaires à leur convalescence. Ça change tout pour le chat », assure l’élue. « Une stérilisation et une identification qui coûte cher aux associations, souligne cependant Corinne Weissenburger, la présidente de Cat' MonDoux. Entre 150 et 170 euros par chat en moyenne. » Une présidente qui se réjouit cependant de ce partenariat avec la ville qui prendra en charge ces frais de stérilisation et d’identification pendant la campagne Chats libres qui vient de s’ouvrir. L’association qui compte 120 bénévoles sur Strasbourg et vit de dons « a pris en charge l’année dernière 300 chats en famille d’accueil et stérilisé et relâché 150 chats » détaille Corinne Weissenburger. Et « pour les chats qui sont épris de liberté, ils seront relâchés sur le site où ils ont été capturés, devant l’abri que la ville vient de concevoir, le Chatipi », se félicite la conseillère municipale Marie-Françoise Hamard. Ces abris de suivi et de nourrissage des chats errants sont la grande nouveauté. Ils vont être installés dans divers endroits de la ville.

Le Chatipi, abri pour chats errants mis en place par la ville de Strasbourg le 27 avril 2022.
Le Chatipi, abri pour chats errants mis en place par la ville de Strasbourg le 27 avril 2022. - G. Varela / 20 Minutes

Le prototype a été confectionné dans les ateliers municipaux de la ville et vient d’ailleurs d’être installé près de jardins familiaux de La Robertsau. D’autres, au nombre de 24, sont en construction pour commencer et sont réalisés par une association qui emploie des personnes en réinsertion ou en difficulté. Le programme « Chats libres », dont le coût n’a pas encore été évalué, va se déployer progressivement sur les différents sites de la ville où les colonies de chats, une dizaine sont déjà répertoriées, ont pris leurs quartiers.