Toulouse : Quand elles ont leurs règles, les salariées de la société Louis peuvent prendre un jour de congé

BIEN AU TRAVAIL La société Louis, qui fabrique des meubles en périphérie de Toulouse, est l’une des premières entreprises de France à proposer le congé menstruel à ses salariées

Béatrice Colin
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Au sein de la sociéte Louis, un fabricant de meubles en bois dont la moitié des effectifs sont féminins, le congé menstruel a été mis en place le 8 mars dernier.
Au sein de la sociéte Louis, un fabricant de meubles en bois dont la moitié des effectifs sont féminins, le congé menstruel a été mis en place le 8 mars dernier. — B. Colin / 20 Minutes
  • Depuis le 8 mars, les salariées du fabricant de meubles « Louis », installé près de Toulouse, peuvent prendre une journée de congé rémunérée lorsqu’elles ont leurs règles.
  • Cette mesure a été prise à l’initiative des salariés, afin de favoriser le bien-être au travail, notamment des femmes qui travaillent à l’atelier.
  • Elle a été validée par tous les employés, dont la moitié sont des femmes, et entérinée par une charte dans cette entreprise attachée à l’égalité homme-femme.

Dans l’atelier du fabricant de meubles «Louis», à Labège, en périphérie de Toulouse, Jessica et Margot sont en train de mettre la main aux dernières finitions d’une grosse commande de bureaux qui partiront bientôt pour Paris. Au même titre que leurs collègues masculins, chaque jour, ces ébénistes poncent, égrènent, portent des plaques de bois de plusieurs kilos pour les transformer en meuble personnalisable.

Mais certains jours, elles ont plus de mal à suivre la cadence, à rester debout quand leurs règles s’invitent une fois par mois dans leur quotidien. Au point que Margot a dû déjà partir en milieu de matinée et poser une demi-journée, pliée par la douleur. Depuis le 8 mars dernier, son employeur lui offre la possibilité de prendre un congé menstruel, une fois par mois. Et c’est symboliquement à la date de la journée des droits des femmes que la jeune entreprise a décidé d’entériner cette mesure.

Qui est loin d’être une simple décision d’affichage pour la société très engagée dans l’égalité homme-femme, où l’on trouve déjà, par exemple, des serviettes hygiéniques en libre-service.

A l’initiative des salariés

Une initiative qui a d’abord été portée par deux salariés. « L’idée a été abordée lors d’une réunion. Lucie a évoqué la possibilité de mettre en place le congé menstruel, j’ai trouvé que c’était un sujet important et je l’ai soutenue car tous les mois, des collègues peuvent être amenées à poser un jour de leurs congés à cause de ça, et je ne trouvais pas ça juste », explique Manu, référent « harcèlement » de cette jeune pousse de 18 salariés, dont la moitié de femmes.

Après avoir recueilli diverses informations sur l’impact des menstruations pour les femmes et cette disposition en vigueur depuis des années, mais qui n’a aucun cadre légal en France, ils ont présenté la mesure à l’ensemble de leurs collègues. « Un moyen de lever le tabou des règles », pour Manu.

Mais aussi de mettre plus à l’aise les employées qui peuvent prendre cette journée au pied levé, sans avoir l’accord de leur manager. « Je me dis que j’ai la possibilité de poser cette journée si j’en ai besoin, c’est rassurant », explique Margot qui, jusqu’à présent, se mettait soit en arrêt de travail soit perdait une journée de congés payés. Pour l’instant, ni elle, ni ses collègues n’ont dû y avoir recours. « Savoir que l’on peut compter là-dessus, c’est cool, tout en restant honnête et en ne le prenant pas si on n’en a pas besoin. Il n’y a pas d’abus », enchaîne Jessica qui avoue avoir elle aussi appris des choses lors de la présentation du projet par ses collègues.

Bien-être et culture d’entreprise

« Ça a informé les gars aussi de la boîte qui ont pris cette mesure sereinement. Si cela fait tomber les tabous dans l’entreprise, c’est chouette, si cela peut aussi les briser dans la société c’est encore mieux », poursuit la jeune ébéniste de 29 ans. Et c’est bien ainsi que l’entend Thomas Devineaux, le directeur général de la société Louis qui a déjà reçu des demandes d’autres entreprises pour savoir comment il faisait. « On peut lutter contre le sexisme en mettant des actions en place. Le métier d’ébénistes est traditionnellement masculin, mais chez nous 45 % de notre équipe sont des femmes. Lorsque la réflexion a été posée en réunion, on a dit "saisissez-vous du sujet, il faut que ce soit participatif" », raconte celui qui a cofondé « Louis » aux côtés de Paul Gely et Baulieu de Reboul.

Et il n’a pas eu du mal à être convaincu. Il ne voit que des points positifs à cette initiative, au-delà de celle essentielle du bien-être au travail de ses salariées. Dans un document partagé et restreint, elles indiquent à peu près la période de leurs règles. « Pour nous, cela donne de la visibilité et évite les imprévus, nous pouvons anticiper les plannings de production, ça enlève de la charge mentale. Mais le fait le plus important, c’est que c’est un engagement de chacun et pour la culture de la boîte c’est super et ça fait bouger les lignes », assure le jeune entrepreneur.

L’ensemble des salariés ont d’ailleurs accepté de signer une charte en ce sens. Et chaque nouvel employé devra aussi s’y conformer, « sinon c’est qu’il ne partage pas nos valeurs ». Et si d’aventure quelqu’un venait à lui parler de discrimination envers les hommes, ce dernier n’hésite pas un instant à rétorquer : « ce n’est pas une maladie, mais une contrainte naturelle qui pèse sur les femmes durant trente-cinq ans, alors si on peut favoriser une plénitude des gens, on le fait. C’est quelque chose auquel on croit profondément », conclut Thomas Devineaux.