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DISCRIMINATIONSL’université Lyon 3 est-elle « le terrain de jeu de l’extrême droite » ?

L’université Lyon 3 est-elle actuellement « le terrain de jeu de l’extrême droite » ?

DISCRIMINATIONSAprès plusieurs signalements ces dernières semaines, le syndicat étudiant Unef organise ce jeudi (12 heures) un rassemblement devant l’université Jean Moulin, pour « lutter contre l’extrême droite et ses idées racistes, sexistes et islamophobes »
La Manufacture des Tabacs, située dans le 8e arrondissement de Lyon, a la réputation d'être ancrée à droite.
La Manufacture des Tabacs, située dans le 8e arrondissement de Lyon, a la réputation d'être ancrée à droite. - Jérémy Laugier/20 Minutes / 20 Minutes
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Un rassemblement pour « lutter contre l’extrême droite et ses idées racistes, sexistes et islamophobes » va avoir lieu ce jeudi (12 heures) devant l’université Lyon 3, à l’initiative de l’Unef Lyon.
  • En avril, plusieurs faits de racisme et de harcèlement ont choqué les étudiants de ce campus réputé de droite, à commencer par des croix gammées taguées dans des toilettes.
  • Dans ce contexte tendu, le Président de l’université Lyon 3 Eric Carpano s’est engagé, mardi devant une promotion de la fac d’histoire, à « signaler au procureur de la République » les faits et discours racistes, antisémites, négationnistes et sexistes.

«Je refuse que, dans le contexte politique national que chacun connaît, notre université puisse devenir l’instrument politique d’éléments extrémistes ou animés par la haine de l’autre et en raison d’une religion, le racisme, l’antisémitisme, ou les relents négationnistes. Notre université, qui porte le nom de Jean Moulin, mettra tout en œuvre pour les combattre. » Les étudiants de la Manufacture des Tabacs ont reçu le 14 avril ce mail de la part d’Eric Carpano, président de l’université Lyon 3. Sa réputation de campus de droite ne date pas d’hier, surtout en raison des cours donnés dans les années 2000 par Bruno Gollnisch, alors figure majeure du Front National.

La manifestation initiée par l'Unef Lyon aura lieu ce jeudi (12 heures) devant l'université Jean Moulin.
La manifestation initiée par l'Unef Lyon aura lieu ce jeudi (12 heures) devant l'université Jean Moulin. - Jérémy Laugier/20 Minutes

Face à de nombreux signalements d’actes d’extrême droite depuis un mois dans son établissement, Eric Carpano s’est engagé à « signaler au procureur de la République » les faits et discours de racisme, d’antisémitisme, de négationnisme et de sexisme « qui ne sont pas des opinions mais des délits ». Il a confirmé mardi sa détermination, devant les étudiants en 2e année de licence d’histoire, à poursuivre les étudiants incriminés. Selon Mathilde Amar Amghari (19 ans), membre de cette promotion, les faits ont commencé dès la rentrée de septembre : « Certains transféraient sur un chat Discord de notre promotion des photomontages pornographiques de femmes voilées et de multiples commentaires racistes. Une vidéo d’un rassemblement nazi a aussi été envoyée en plein cours via AirDrop ».

« De nombreux étudiants se sentaient abandonnés »

La jeune femme est formelle : « Dès qu’il est question d’islam, de colonisation ou d’homosexualité durant un cours, les blagues de mauvais goût fusent ». Un épisode va particulièrement « choquer » cette promotion le 4 avril, lorsqu’un étudiant met une écharpe autour de son visage dans l’amphithéâtre pour se moquer d’une femme voilée assise près de lui. « C’était l’humiliation de trop » pour Mathilde Amar Amghari, qui dénonce aussitôt « ce comportement affreux » auprès du professeur et pointe alors ouvertement la Cocarde Lyon.

Cette association étudiante d’extrême droite, qui a fait son apparition sur les campus lyonnais en 2020, a systématiquement été citée par la vingtaine d’interlocuteurs que nous avons interrogés sur ce sujet. Cinq ans après la dissolution du Groupe union défense (GUD), très implanté dans le paysage universitaire dans les années 2010, la Cocarde étudiante cristallise cette poussée d’extrême droite constatée à Lyon 3. Secrétaire générale de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) à Lyon, Manon Moret résume la situation.

« De nombreux étudiants nous ont contactés car ils se sentaient abandonnés face à la montée de ces actes d’intimidation et de harcèlements racistes et sexistes. L’administration de Lyon 3 a longtemps insisté sur l’importance de la liberté d’expression, et non sur le fait que nous sommes face à des militants aux idées nauséabondes, ayant pu agir en toute impunité. » »

Croix gammées et messages haineux retrouvés dans des toilettes de la fac

Si bien que le syndicat étudiant lyonnais, qui organise ce jeudi (12 heures) un rassemblement devant la Manufacture des Tabacs (Lyon 8e) pour « lutter contre l’extrême droite et ses idées racistes, sexistes et islamophobes dans nos universités », conclut ainsi son communiqué : « L’université doit urgemment prendre ses responsabilités et ne plus laisser l’extrême droite faire de Lyon 3 son terrain de jeu ».

Entre 2.000 et 3.000 personnes se sont réunies à Lyon samedi pour manifester contre l'extrême droite.
Entre 2.000 et 3.000 personnes se sont réunies à Lyon samedi pour manifester contre l'extrême droite. - Unef Lyon

Etudiant de 24 ans, Elies partage cette crainte : « On sent bien que l’extrême droite tend à se décomplexer à Lyon 3 dans le contexte actuel d'élection présidentielle. La Cocarde a même récemment sabordé une manifestation étudiante contre le racisme pour la transformer en manif contre le racisme « anti-Blancs » ». Au-delà de la promotion de 2e année de droit, la plupart des étudiants de l’université Jean Moulin ont vu ce mois-ci des tags de croix gammées et de messages haineux dans des toilettes de l’établissement, avant qu’ils ne soient nettoyés au bout d’une semaine.

« On se demande jusqu’où ça peut aller »

« C’est ahurissant et tellement honteux de tomber sur de tels messages, soupire Maéva (20 ans), étudiante en licence LLCER. On connaît tous la réputation de droite de Lyon 3, mais on avait l’impression que ça avait évolué dans le bon sens. Ces tags renforcent un sentiment d’insécurité, et plus encore pour les personnes discriminées. »

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« Franchement, quand on voit les démonstrations de force d’une association comme la Cocarde et ses tentatives d’intimidation, on se demande jusqu’où ça peut aller », confie une étudiante en histoire, qui préfère rester anonyme.

La Cocarde pointe « une police de la pensée » et « des méthodes bolcheviques »

Dans un communiqué publié samedi sur les réseaux sociaux, la Cocarde Lyon, qui a appelé à voter Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, se défend face à toutes « ces tensions ». S’estimant « victimes d’exactions de la part de l’extrême gauche », ses membres dénoncent « des calomnies », « le wokisme », « une police de la pensée » et même « des méthodes bolcheviques ». L’association vient d’écrire un autre communiqué pour justifier son occupation d’un amphithéâtre de la Manufacture des Tabacs, mercredi à 18 heures. Elle demande au président de l’université de « rompre avec la culture de la chasse aux sorcières mise en avant par l’Unef ».

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Finalement, l’université Lyon 3 est-elle un exemple si particulier en France ? « Non, ce qui se passe là-bas n’est pas un cas isolé, indique Imane Ouelhadj, présidente de l’Unef. Les tags et harcèlements sont de plus en plus récurrents dans tout le pays, même dans des facultés réputées de gauche. On s’inquiète pour la sécurité des étudiants quand on constate l’émergence de ces associations voulant comme elles disent "purifier les temples de l’islamo-gauchisme". » Déjà au cœur de l’actualité depuis mardi en raison de l’annulation du bal de droit, à cause d’étudiants blacklistés, l’université Lyon 3 vit un printemps de polémiques. Elle vient de réagir publiquement, ce jeudi après-midi, en assurant que « tous les faits précis signalés ont été transmis au procureur de la République » et que « les instances disciplinaires en ont été saisies ».

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