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CONSOL’huile d’olive profite-t-elle de la crise de l’huile de tournesol ?

Guerre en Ukraine : L’huile d’olive profite-t-elle de la crise de l’huile de tournesol ?

CONSOL’huile de tournesol est la plus vendue en France, devant l’huile d’olive. Dans certains rayons de supermarchés, la première fait défaut depuis le début de la guerre en Ukraine
Dans les rayons des supermarchés, on trouve surtout de l'huile d'olive en provenance d'Espagne, d'Italie et de Tunisie
Dans les rayons des supermarchés, on trouve surtout de l'huile d'olive en provenance d'Espagne, d'Italie et de Tunisie - THOMAS COEX / AFP / AFP
Caroline Delabroy

Caroline Delabroy

L'essentiel

  • Ce n’est pas la pénurie, mais face à la flambée du prix des matières premières et la guerre en Ukraine, premier exportateur d’huile de tournesol, des achats de précaution vident parfois les rayons de supermarché.
  • Yves Guillaumin, directeur de France Olive, décrypte pour 20 Minutes le marché de l’huile d’olive, et le positionnement de l’huile de fabrication française.
  • Où l’on comprend que la filière locale ne tirera pas forcément profit de la crise touchant le tournesol.

«Pour l’huile de tournesol, nos stocks vont jusqu’à juin. » Au micro de BFMTV, début avril, Michel-Edouard Leclerc s’est voulu rassurant. Sauf que les prix des matières premières s’envolent, dans un contexte où l’Ukraine, envahie par la Russie, est le premier exportateur mondial d’huile de tournesol. Résultat, les rayons des supermarchés sont en tension. Là où ils achètent d’habitude un litre d’huile de tournesol, des consommateurs remplissent leur caddie avec trois litres. A côté, les bouteilles d’huile d’olive continuent de remplir les rayons. Une bonne nouvelle pour les producteurs de Provence, région où l’on compte plus de 3,2 millions d’oliviers, soit les deux tiers du verger oléicole français ?

« S’il y a moins d’huile de tournesol, les clients vont chercher un autre produit, mais est-ce que ce sera de l’huile d’olive, du beurre, je ne saurais vous dire, mais si impact il y a, il sera pour nous à la marge », affirme Yves Guillaumin, directeur de France Olive, association qui regroupe les professionnels de la filière. De fait, l’huile d’olive présente en grande surface est d’abord de l’huile d’olive d’importation, au prix moyen de 7 euros. L’Espagne fournit le plus gros des volumes, suivie de l’Italie et la Tunisie.

Un marché de proximité

Sur les 120.000 tonnes d’huile d’olive consommées en France, 115.000 viennent de l’étranger, et 9.500 sont produites ici, selon les chiffres de France Olive. « Vous n’allez pas faire de friture avec de l’huile d’olive française à 25 euros le litre », poursuit Yves Guillaumin. La production provençale est à 80 % vendue dans les boutiques des moulins, les épiceries fines et en circuit court. « Nous sommes sur un marché de niche avec une forte valeur ajoutée, poursuit-il. C’est une production sous le signe de la qualité avec sept AOP. Nous avons fait le choix de rester sur nos variétés historiques et d’avoir un verger traditionnel. »

« Les volumes de production ne permettent pas de répondre à la demande », analyse de son côté Bénédicte Martin, élue en charge de l’agriculture, de la viticulture, de la ruralité et du terroir à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Jeudi, elle remettait à Marseille les prix du 20e concours des huiles d’olive de la région. Et évoquait « un point d’équilibre de production qui soit plus proche des 7.000 tonnes que des 5.000 tonnes afin de répondre à un marché de proximité réel et dynamique. »

Pas d’effet vase communicant

« Il se plante chaque année des oliveraies », relève Yves Guillaumin, précisant qu’il faut une dizaine d’années avant qu’un arbre commence à produire. Là où l’abricotier ou la vigne montrent des signes de faiblesse, l’agriculture se diversifie. « Avec l’amandier, l’olive rentre bien dans ce schéma », continue-t-il. La filière travaille est avant tout sur sa professionnalisation et à remettre en production de petits vergers abandonnés. Sans parler de la lutte contre la bactérie Xylella fastidiosa.

Pas question donc de rivaliser avec les vergers de haute densité que l’on trouve au plus au sud du bassin méditerranéen, où les conditions climatiques sont aussi plus avantageuses. Et encore moins avec l’huile de tournesol, la plus consommée en France. Pas d’effet de vase communicant donc. « Et pour ce qui est de l’huile d’olive d’importation, les volumes qui sont dans les cuves ne vont pas augmenter de toute façon, conclut Yves Guillaumin. La seule chose peut-être, il peut y avoir un impact sur le prix. »

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