Sécurité routière : Les Français sont-ils prêts à lâcher leur téléphone au volant ?

VOTRE VIE VOTRE AVIS Selon le 18e baromètre d’Axa Prévention, 80 % des automobilistes utilisent leur téléphone au volant. Un chiffre record qui n’est pas sans conséquence sur la sécurité routière

Anna Geslin
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Téléphone au volant: Un risque d'accident multiplié par 4 — 20 Minutes
  • Messages, appels, itinéraires routiers… Les Français sont de plus en plus accros à leur smartphone. Selon le baromètre Axa Prévention des comportements sur la route publié mardi 5 avril, 80 % des automobilistes utilisent leur téléphone au volant.
  • Or, utiliser son téléphone au volant n’est pas sans conséquence : amende, retrait de points sur le permis de conduire, accident de la route…
  • Certains automobilistes, qui ont répondu à notre appel à témoignages sur l’usage du téléphone au volant, nous confient avoir déjà pris de gros risques.

Tous des chauffards ? Le 5 avril, Axa Prévention dévoilait son 18e baromètre du comportement des Français sur la route, et certains chiffres ne sont pas très optimistes… En plus de la hausse des excès de vitesse en ville, les automobilistes sont 80 % à utiliser leur téléphone en conduisant. Un record, et une augmentation de 11 points par rapport à l’an dernier (69 %). Les usages sont multiples : 52 % passent des appels, 45 % utilisent leur GPS, 34 % lisent ou écrivent des SMS, 24 % regardent leurs notifications, 15 % consultent leurs e-mails, 8 % publient des stories sur les réseaux sociaux et 6 % participent à des réunions de travail… Au regard de ces chiffres, nous avons demandé à nos lecteurs s'ils envisageaient, pour leur sécurité et celle des autres, de lâcher leur téléphone au volant​. Spoiler alert : la route est encore longue pour certains automobilistes.

« Je l’utilise absolument tout le temps, sans nécessité particulière… C’est comme une drogue », nous confie Antoine, accro à son smartphone. Nicolas, lui, rejette la faute sur les limitations de vitesse : « J’ai fini par prendre l’habitude d’utiliser mon téléphone pour meubler la faible vitesse sur les routes. J’ai déjà eu un retrait de points, mais je continue quand même à téléphoner, car plus on baisse la vitesse, plus la route est longue, et plus il faut s’occuper au volant. » Thomas avoue aussi utiliser son smartphone pour « tuer le temps » : « J’utilise mon téléphone au volant pour naviguer sur les réseaux, passer mes appels pro et perso, consulter mes mails, mes rendez-vous. Pour moi, la voiture est une perte de temps, car nous sommes bloqués (…). Je suis conscient que ce n’est pas intelligent de ma part, mais je continue, car je n’ai jamais eu d’amende, ni causé d’accident. »

D’autres n’ont pas eu cette chance-là. C’est le cas de Karl, verbalisé plusieurs fois et ayant même causé un accident léger alors qu’il se filmait au volant en train de chanter sur le réseau social Snapchat. « Lorsque je conduis, je consulte Internet pour lire un article à propos d’un sujet entendu à la radio, pour consulter mes mails et y répondre ou pour converser par messages. Parfois, il m’arrive même de regarder une vidéo, mais distraitement évidemment. Je sais que ce n’est pas prudent, mais j’ai l’esprit qui est constamment en demande de sollicitations, c’est plus fort que moi. » Les amendes et accidents n’auront donc pas eu d’effets sur le comportement du conducteur. « Je pense que je suis trop optimiste, je me dis toujours que tout va bien se passer et puis, je n’ai pas peur des sanctions », explique-t-il.

Quand la raison l’emporte

D’autres automobilistes se sont déjà aventurés à utiliser leur smartphone au volant, mais ont très vite arrêté. C’est le cas d’Emmanuelle qui, dès qu’elle a eu son permis de conduire, a « essayé comme tout le monde de taper un SMS ». Mais au bout de trois mots, « j’étais déjà arrivée sur le côté gauche de la route… Heureusement, personne en face ». Depuis, la conductrice préfère répondre à un appel quand elle est arrivée [à son lieu de destination], quand elle trouve une place pour se garer. Ou, elle demande directement à ses filles de prendre l’appel quand elles l’accompagnent en voiture.

Gérard aussi admet avoir lu quelques fois ses SMS en conduisant, il y a très longtemps. Il a même été verbalisé pour ça, il y a plus de quinze ans. Aujourd’hui, sa voiture est équipée d’un système qui lui annonce ses SMS sur l’écran GPS, et lui permet de répondre oralement. Egalement motard, il n’utilise jamais son smartphone en roulant, bien que son casque le lui permette.

Prudence est mère de sûreté

« Le téléphone au volant ? Beaucoup trop dangereux. J’ai un kit main libre. Cela peut attendre, et si c’est une urgence, je me stationne. » A l’instar de Karine, une partie des automobilistes se disent prudents au volant et s’offusquent contre celles et ceux qui osent braver la loi. « La sévérité au regard de ses utilisateurs du téléphone portable au volant devrait être accentuée et réprimée sans ménagement », affirme Gilles. Un avis partagé par Roland, qui déplore « la foultitude d’écrans dans les autos actuelles, qui détournent forcément l’attention pour les réglages ».

Rémi non plus ne comprend pas cette manie de faire « tout et n’importe quoi au volant ». « Si 100 % des conducteurs se limitaient à leur conduite, il y aurait tellement moins d’accidents… » Car, oui, l’usage du téléphone au volant, formellement interdit, multiplie par trois le risque d’accident. Plus grave encore, la lecture d’un message oblige le conducteur à détourner les yeux de la route pendant cinq secondes en moyenne, multipliant ainsi par 23 le risque d’accident.