Guerre en Ukraine : Quel prix pour les tomates après la flambée du prix du gaz ?

AGRICULTURE En France, 80 % de la production de tomates est réalisée hors sol dans des serres chauffées au gaz. Un poste de dépense qui a explosé ces derniers mois, notamment en raison de l’invasion russe en Ukraine

Camille Allain
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Guerre en Ukraine: Face à l'explosion du prix du gaz, quel prix pour les tomates françaises ? — 20 Minutes
  • La flambée du prix du gaz a un impact colossal sur la production de tomates hors sol, qui poussent dans des serres chauffées.
  • La profession a vu les prix être multipliés par dix certains jours de mars, obligeant des producteurs à décaler la plantation.
  • En retardant la production, certains craignent un embouteillage cet été sur les étals des marchés et une chute des prix payés aux producteurs.

Un agréable 22 degrés, sans un brin de vent. Alors que la Bretagne a grelotté en début de semaine, avant de se faire doucher, la température de cette culture de tomates est tiède. Sous cette imposante serre implantée à Nouvoitou, à quelques kilomètres au sud-est de Rennes, certains fruits sont déjà bien rouges et commencent même à être récoltés. Une culture hors-sol et hors saison rendue possible par un procédé simple : le chauffage artificiel. Ce mercredi, les tuyaux sont pourtant froids. Le timide soleil qui frappe le toit de la serre suffit à réchauffer l’atmosphère intérieure. Christophe Rousse peut souffler. Aujourd’hui, il n’aura pas besoin de consommer du gaz pour garder ses serres à température.

Car depuis plusieurs mois, sa profession est frappée de plein fouet par la hausse continue du prix du gaz. La guerre en Ukraine a encore dégradé une situation déjà alarmante avant même l’invasion des troupes russes. « En temps normal, on paye entre 15 et 30 euros le mégawatt heure. Là, on est montés jusqu’à 220 euros certains jours en mars. Ce n’est pas tenable », témoigne l’agriculteur.

Président de Solarenn, Christophe Rousse fait partie des 30 maraîchers qui travaillent pour la coopérative basée à Saint-Armel, près de Rennes (Ille-et-Vilaine). Il se fait le porte-parole de toute la profession, étranglée par l’inflation.

« Certains producteurs ont décidé de ne planter que la moitié de leurs serres. D’autres ont carrément jeté leurs plants en voyant les prix qui montaient ».

Ceux qui avaient décidé de planter quand même ont drastiquement baissé le chauffage pour éviter le naufrage financier. « C’est comme si le carburant à la pompe était à 15 euros le litre », explique Bruno Vila, secrétaire général de Légumes de France et producteur près de Perpignan. Conséquence : l’habituelle tomate de printemps tant vantée en Bretagne a attrapé froid et pris du retard.

Christophe Rousse est producteur de tomates hors-sol à Nouvoitou, près de Rennes. Il est aussi le président de la coopérative Solarenn.
Christophe Rousse est producteur de tomates hors-sol à Nouvoitou, près de Rennes. Il est aussi le président de la coopérative Solarenn. - C. Allain / 20 Minutes

Alors que la tomate hors-sol représente 80 % de la production française, c’est toute une profession qui tremble. Le légume préféré des Français va-t-il voir son prix augmenter pour couvrir la flambée du gaz ? C’est possible, mais pas certain. « Normalement, on nous paye en moyenne un euro du kilo. Si on voulait s’en sortir, il faudrait que l’on passe à 2 euros prix producteur. Mais on sait que ça ne sera pas possible car le pouvoir d’achat des consommateurs est sous tension ».

Le risque d’une surproduction cet été ?

Ce qu’espère sa coopérative, c’est que les distributeurs, et notamment les grandes surfaces, absorbent une partie de l’inflation en rognant leurs marges. Pas vraiment le style de la maison. D’autant qu’une forte hausse des tomates françaises pousserait inévitablement certains consommateurs vers les concurrents moins chers, comme l’Espagne ou le Maroc. Une tomate sur deux consommée dans l’Hexagone n’est pas française, ce que déplorent les producteurs.

Avec cette année anormale, les maraîchers hors-sol craignent surtout un effondrement des prix cet été lorsque la production inondera les rayons de la grande distribution et les étals des marchés. « Comme beaucoup de producteurs ont décidé de décaler la plantation, on risque d’avoir un embouteillage », s’inquiète Christophe Rousse. Un déséquilibre de l’offre et de la demande qui pourrait coûter très cher aux producteurs.

Des serres chauffées souvent critiquées

La tomate sous serre chauffée est souvent critiquée pour son bilan carbone, car elle émet en moyenne trois fois plus de CO2 qu’un légume de saison. La profession se défend en expliquant qu’elle consomme beaucoup moins d’eau et de pesticides pour faire pousser les fruits. Elle est aussi moins exposée aux aléas climatiques que les tomates en plein champ. Les exploitations les plus modernes parviennent à traiter leurs émissions et à les réinjecter en circuit fermé pour limiter l’impact carbone. Et même à produire de l’électricité en cogénération grâce à la chaleur des moteurs.