Guerre en Ukraine : « Si on peut aider… » Un boulanger d’Alsace ferme et va cuire du pain en Pologne pour les réfugiés

SOLIDARITE Jean-François Nowak va tomber le rideau de sa boulangerie de Monswiller, dans le Bas-Rhin. Lundi, il sera à Medyka, à la frontière ukraino-polonaise pour exercer son métier, mais cette fois à destination des réfugiés de la guerre

Thibaut Gagnepain
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Jean-François Novak va fermer sa boulangerie pour aller aider les réfugiés ukrainiens.
Jean-François Novak va fermer sa boulangerie pour aller aider les réfugiés ukrainiens. — Le fournil de Jean-François
  • Un boulanger installé à Monswiller, dans le Bas-Rhin, va fermer sa boutique deux semaines pour aller faire du pain en Pologne. A la frontière avec l’Ukraine, là où des réfugiés de la guerre avec la Russie arrivent par milliers.
  • « Moi, mon métier, c’est de faire du pain et ils en ont besoin. Alors si on peut aider… », détaille le quinquagénaire (54 ans), qui n’a pas pris cette décision sur un coup de tête.
  • Elle découle, d’une certaine manière, de son histoire familiale, lui le petit-fils de réfugiés.

« Le fournil de Jean-François » sera fermé, à partir de lundi à Monswiller, dans le Bas-Rhin. Pour une quinzaine de jours. Le boulanger sera en « congés annuels ». Pas n’importe où et pas vraiment pour du tourisme… Il a décidé de partir… à la frontière ukraino-polonaise. Précisément à Medyka, où des milliers de réfugiés sont arrivés depuis le début de la guerre avec la Russie.

Là-bas, Jean-François Novak compte bien remettre son tablier. « Moi, mon métier, c’est de faire du pain et ils en ont besoin. Alors si on peut aider… », détaille le quinquagénaire (54 ans), qui n’a pas pris cette décision sur un coup de tête. Elle découle, d’une certaine manière, de son histoire familiale.

« Toutes ces images à la télé m’ont marqué et m’ont rappelé ce qu’ont vécu mes grands-parents. Côté paternel, ils étaient arrivés en Moselle en 1920 pour fuir la famine en Russie et n’avaient pas du tout été bien accueillis, détaille-t-il. Mon père m’a raconté qu’ils avaient été rackettés par des membres de l’administration française. Pour le moindre document, il fallait par exemple donner une poule. Et mes grands-parents maternels, eux, ont été expulsés de la Moselle vers le Lot pendant la Seconde Guerre mondiale car mon grand-père était Italien. Quand ils sont revenus chez eux, ils n’avaient plus rien. J’ai un peu revu tout ça en voyant les réfugiés ukrainiens. »

« J’aurais pu faire un chèque à une association mais… »

Alors le boulanger a décidé de se bouger. A sa façon. « J’aurais pu faire un chèque à une association pour me donner bonne conscience mais j’ai besoin de concret », appuie Jean-François Novak. Lui s’est donc d’abord rapproché de clients « qui ont de la famille en Pologne » et la destination finale s’est précisée. Puis il a aussi fallu affiner son projet.

« Je pensais d’abord amener de la farine et du matériel mais c’est très compliqué et long. Finalement, je pars en avion, lundi pour Cracovie, puis louerai un véhicule sur place pour faire les trois heures de route jusqu’à Medyka » Sur place, le Lorrain de naissance, arrivé en Alsace en 1989, a déjà prévu d’acheter les matières premières nécessaires. « Je pars avec un certain budget mais je ne préfère pas le dire ».

« Je ne maîtrise pas mais je m’adapterai »

Mais où travaillera-t-il ? L’artisan l’avoue, la question n’est pas encore tranchée. « J’ai appelé des boulangeries traditionnelles mais c’est compliqué. Je sais en revanche qu’il y en a pas mal de mobiles, dans des camions ou semi-remorques, où je devrais pouvoir aider. » Avec un matériel pas forcément connu mais peu importe. « Je ne maîtrise pas mais je m’adapterai avec mes trente-cinq ans d’expérience ! »

Jean-François Novak a prévu de rester jusqu’au 22 avril. Avant un retour à Monswiller où… d’autres réfugiés l’attendent. Depuis l’arrivée de certains à l’auberge de jeunesse de Saverne, la ville voisine, il leur a livré pain et viennoiseries. Sa manière à lui de voir la solidarité, grâce aussi à des « fournisseurs qui m’ont offert la matière première ». « Si on peut aider… »