L'OMS préconiserait-elle « l'avortement sans condition jusqu’à neuf mois », comme l'affirme France Soir ?

FAKE OFF Cette affirmation du blog France Soir est relayé sur les réseaux sociaux. L'OMS recommande bien de lever les limites à l'avortement, mais elle s'appuye pour cela sur plusieurs études, et souligne que « la grossesse peut être interrompue en toute sécurité quel que soit l'âge gestationnel »

20 Minutes Fake off
Chaque année, plus de 25 millions d'avortements non sécurisés sont pratiqués, mettant en danger la vie et le bien-être des filles et des femmes dans le monde entier, rappelle l'OMS.
Chaque année, plus de 25 millions d'avortements non sécurisés sont pratiqués, mettant en danger la vie et le bien-être des filles et des femmes dans le monde entier, rappelle l'OMS. — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Le 29 mars, le blog France Soir titrait que « l’avortement sans condition jusqu’à neuf mois [est] préconisé par l’OMS ».
  • Si l’OMS recommande bien de lever les limites à l’avortement, elle s’appuie pour cela sur des études, et souligne que « la grossesse peut être interrompue en toute sécurité quel que soit l’âge gestationnel ».
  • L’OMS souligne auprès de 20 Minutes que « lorsque les services sont disponibles et accessibles, la majorité des avortements ont lieu à un stade précoce », ce qui représente « plus de 90 % des avortements » dans « les pays à revenus élevés ».

« Presque tous les décès et toutes les blessures qui résultent d'un avortement à risque sont entièrement évitables », notait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 9 mars, en présentant une nouvelle série de recommandations, basées sur plusieurs études, visant à favoriser l’accès à l’avortement dans le monde entier. Un document qui a notamment été repris par le blog France Soir, qui titrait le 29 mars, « l’avortement sans condition jusqu’à neuf mois préconisé par l’OMS ».

Cet article du blog en ligne, qui milite notamment pour la prise de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19, a été partagé plus de 2.500 fois sur Facebook, selon l’outil Crowdtangle. Cet article a également été partagé par Jérôme Rivière, député européen et porte-parole d’Eric Zemmour, comme l'a repéré LCI.

L'OMS recommanderait également une limitation des droits des professionnels de santé à refuser de pratiquer des avortements pour des raisons de conscience ou encore « de cesser d’exiger que les femmes aient besoin de l’approbation d’un médecin ou d’une infirmière pour avoir une interruption de grossesse. ». Ces affirmations avaient déjà été formulées quelques jours auparavant dans le journal britannique The Mail on Sunday, appartenant au même groupe que le Daily Mail.

FAKE OFF

En s’appuyant sur des études, l’OMS recommande de lever les limites de temps pour mettre fin à une grossesse, car celles-ci retardent l’accès à l’avortement ou ont des conséquences sur la santé des femmes. L’organisation internationale note que « la grossesse peut être interrompue en toute sécurité quel que soit l’âge gestationnel [qui correspond au nombre de semaines après les dernières règles] ». Elle ajoute que « les limites d’âge gestationnel ne sont pas fondées sur des preuves ».

Pour formuler cette recommandation, que l’organisation faisait déjà dans un précédent rapport publié en 2012, l’OMS a passé en revue 21 études publiées entre 2010 et 2020 et menées dans sept pays (Autriche, Belgique, Mexique, Népal, Afrique du Sud, Royaume-Uni et Etats-Unis). Mettre une limite d’âge gestationnel retarde l’accès à l’avortement, « en particulier parmi les femmes cherchant à avorter à un âge gestationnel plus avancé, les femmes proches de la limite d’âge gestationnel et celles vivant dans des zones où l’accès aux cliniques est limité ». Ces limites sont aussi associées « à une augmentation des taux de mortalité maternelle et des résultats médiocres en matière de santé ».

« La restriction de l’accès à l’avortement ne réduit pas le nombre d’avortements »

Certaines femmes souhaitant une interruption de grossesse sont particulièrement affectées par ces limites : celles « souffrant de troubles cognitifs, les adolescentes, les femmes plus jeunes, [celles] vivant plus loin des cliniques, [celles] qui doivent se déplacer pour l’avortement, [celles] ayant un niveau d’éducation plus faible », et enfin « [celles] confrontées à des difficultés financières et [celles] sans emploi ».

L’OMS souligne auprès de 20 Minutes que « lorsque les services sont disponibles et accessibles, la majorité des avortements ont lieu à un stade précoce », ce qui représente « plus de 90 % des avortements » dans « les pays à revenus élevés ». L’organisation rappelle également « que la restriction de l’accès à l’avortement ne réduit pas le nombre d’avortements mais augmente la probabilité que les femmes et les jeunes filles aient recours à des moyens dangereux ». Elle souligne que « chaque année, plus de 25 millions d’avortements à risque sont pratiqués, mettant en danger la vie et le bien-être des femmes et des jeunes filles dans le monde entier. »

Lever les autorisations d’autorisation par un tiers pour favoriser l’accès à l’avortement

L’article de France Soir contient d’autres affirmations sur ces recommandations de l’OMS. On y lit ainsi que l’organisation préconiserait « de cesser d’exiger que les femmes aient besoin de l’approbation d’un médecin ou d’une infirmière pour avoir une interruption de grossesse. » Dans sa recommandation numéro 7, l’OMS recommande de lever toutes les autorisations d’avortement par un tiers, que ce tiers soit « un parent », un « époux » ou bien encore un « professionnel de santé ». Là encore, l’OMS s’est appuyée sur des études, un total de 32, qui montrent que ce type d’autorisation retarde l’accès à l’avortement.

L’OMS recommanderait également « d’établir des systèmes de "pilules par la poste" afin que les femmes puissent recevoir des médicaments abortifs après un appel téléphonique », selon France Soir et le Mail on Sunday. Cette méthode ne figure pas explicitement dans le document de l’OMS. L’organisation internationale rappelle auprès de 20 Minutes que « lorsque l’avortement est pratiqué selon une méthode recommandée par l’OMS, adaptée à la durée de la grossesse et assisté par une personne disposant des informations ou des compétences nécessaires, il s’agit d’une procédure simple et extrêmement sûre ». Pour les 12 premières semaines de grossesse, l’OMS recommande deux méthodes, dont l’avortement médicamenteux. Celui-ci « peut être autogéré en toute sécurité par la personne enceinte en dehors d’un établissement de santé (par exemple, à domicile), en tout ou en partie », précise l’OMS.

Cet avortement doit se faire avec un accompagnement : « Cela suppose que la femme ait accès à des informations précises, à des médicaments de qualité et au soutien d’un agent de santé qualifié (si elle en a besoin ou si elle le souhaite pendant le processus). »

Dernier point soulevé par France Soir et le Mail on Sunday, l’OMS recommanderait « de limiter le droit des professionnels de santé à refuser de participer à des avortements pour des raisons de conscience ». Ce n’est pas exactement ce que recommande l’OMS : celle-ci conseille d’organiser les systèmes de santé de telle manière que les objections pour raison de conscience « ne compromettent pas ou n’entravent pas » l’accès à l’avortement. Elle prévient toutefois que « s’il s’avère impossible
de réglementer l’objection de conscience d’une manière qui respecte, protège et réalise les droits des demandeurs d’avortement, l’objection de conscience en matière d’avortement pourrait devenir indéfendable ».

En France, l’avortement est pratiqué jusqu’à la quatorzième semaine après le premier jour des dernières règles, soit douze semaines de grossesse. Deux consultations médicales sont obligatoires avant d’avorter, auquel vient s’ajouter un entretien psychosocial pour les mineures. Une femme désirant mettre fin à une grossesse n’a rien à débourser, les frais étant pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. Enfin, une visite de contrôle a lieu après l’IVG.

Une interruption médicale de grossesse (IMG) peut également être pratiquée à tout moment de la grossesse, précise le site Servicepublic.fr. Celle-ci est possible dans deux cas de figure : lorsque « la poursuite de la grossesse met gravement en péril la santé de la femme », ou qu'« il existe une forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable ».