Nice : Sale ambiance à la Gare du Sud après la fermeture administrative ordonnée par la mairie

COMMERCE La ville de Nice a fait fermer la halle gourmande du quartier Libération pour « raison d’hygiène », mais les quelques restaurateurs encore présents estiment n’y être « pour rien » et être « clean »

Elise Martin
Le parcours compliqué de la Gare du Sud, la halle gourmande de Nice — 20 Minutes
  • Inaugurée en 2019, la halle gourmande à la Gare du Sud de Nice fait face à de nombreuses difficultés.
  • D’abord, une grève des exploitants après le premier confinement, puis la liquidation judiciaire de l’opérateur engagé pour l’animation du lieu après l’été 2021.
  • Dernier épisode en date : la fermeture administrative du lieu pour « raison d’hygiène ». Les cinq derniers restaurateurs présents rappellent qu’ils « n’y sont pour rien » et qu’ils sont « clean » en attendant leur procès pour ne pas avoir payé le loyer.

En arrivant par l’allée Charles Pasqua, rien ne semble avoir changé. Au soleil, quelques clients sont attablés sur la terrasse du restaurant IT à la Gare du Sud de Nice. La fermeture de la halle gourmande, inaugurée en 2019, ne concerne pas cet établissement « indépendant », qui a son propre accès côté cinéma. L’ambiance est bien différente de l’autre côté du bâtiment.

Depuis presque trois ans, cet endroit censé redynamiser le quartier n’a jamais rempli sa mission. Loyers trop élevés, confinements, grève puis liquidation judiciaire et endettement… Et pour finir cette série dramatique, la mairie a annoncé vendredi la fermeture administrative du lieu pour « raison d’hygiène ».

Des « bactéries dangereuses » retrouvées dans les espaces de restauration

C’est Jo Plent qui a tiré la sonnette d’alarme en envoyant des vidéos de l’état des parties communes. Le patron du Kosmopolite, un des cinq derniers restaurants encore ouverts, s’inquiétait de la propreté. « On ne paie pas seulement un loyer de 9.000 euros pour un local de 18 m2. Dans le contrat, l’exploitant [Urban Renaissance] doit assurer le nettoyage, explique-t-il. Ces prestations n’étaient pas réalisées. Au-delà de ma responsabilité s’il arrive quelque chose à un client, j’avais surtout peur pour leur santé. »

Dans les rapports d’analyse du contrôle sanitaire effectué mi-mars, des coliformes, « des bactéries très dangereuses », d’origine fécale, résume le gérant, ont été retrouvés dans les espaces de restauration mais aussi sur les tables à langer du premier étage.

« L’ambiance est très bizarre »

Il est désormais impossible pour le public d’entrer dans la Gare du Sud avant « la réalisation d’un nettoyage et d’une désinfection intégrale », précise la ville. Et l’agent de sécurité y veille. Tous les accès sont verrouillés, seuls les employés peuvent entrer.

De la fenêtre de box qui donne sur l’extérieur, Manu, le manager des Burgers de papa désespère. « L’ambiance est très bizarre. C’est horrible. On n’a même pas une livraison. C’est désert. On ne sait pas où on va. Ils sont censés nettoyer mais je n’ai encore vu personne. C’est vraiment dommage parce que c’est dû à leur mauvaise gestion. Pour les restaurants, ça fonctionnait super bien ! »

Une stratégie « pour faire partir les derniers restaurateurs »

Avec Kosmopolite, Ramen ta faim, Madanice et Pitaya, ils rappellent qu’ils sont « ouverts pour la vente à emporter et les livraisons » et surtout, qu’ils « n’ont rien à voir avec tout ça ». « Nous, on est clean. Mais quand on entend que c’est fermé pour l’hygiène, ça ne donne pas envie, ajoute le responsable. Ce projet, c’est du gâchis. On y a cru, on s’est donné les moyens. Résultats, on risque notre peau maintenant si on se retrouve sans lieu d’exploitation et avec nos crédits sur le dos ».

Selon Jo Plent, Urban Renaissance a « fait exprès » pour « faire partir » les derniers « restaurateurs résistants ». Il ajoute : « Ils essaient sans cesse de retourner la situation, d’acte de mauvaise foi en acte de mauvaise foi. »

Si le responsable de Kosmopolite réagit de cette façon, c’est parce que plusieurs des restaurants encore présents sont en contentieux avec Urban Renaissance. L’exploitant leur reproche de ne pas payer le loyer alors que les restaurateurs dénoncent le non-respect des engagements contractuels. Un procès, qui devait avoir lieu lundi, a été reporté au 30 mai. La mairie espère toujours qu’Urban Renaissance, qui n’a pas répondu aux dernières sollicitations de 20 Minutes, cède sa place.

Le bras de fer avec la mairie

Depuis plusieurs semaines, face à l’incapacité de l’exploitant Urban Renaissance à relancer la Gare du Sud, selon la mairie, et sans réponse de leur part, Christian Estrosi a menacé « d’engager une résiliation pour faute ». Il accuse le titulaire du bail emphytéotique consenti pour une durée de 45 ans d’adopter une « stratégie du délitement » et le presse de passer la main. Le lieu tourne au ralenti depuis la liquidation judiciaire de l’entreprise mandatée cet été pour l’animation des lieux.