Marseille : « Mais vous avez jamais cabré, Monsieur ? », la délicate opération de lutte contre les rodéos urbains dans les quartiers Nord

REPORTAGE Des séances de prévention contre les rodéos urbains sont organisées dans des lycées marseillais

Mathilde Ceilles
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Hakim en pleine opération de sensibilisation contre les rodéos urbains au lycée de l'Estaque dans les quartiers Nord
Hakim en pleine opération de sensibilisation contre les rodéos urbains au lycée de l'Estaque dans les quartiers Nord — Mathide Ceilles / 20 Minutes
  • A Marseille, les autorités tentent de sensibiliser les jeunes aux risques des rodéos urbains.
  • Des séances de sensibilisation sont organisées dans les lycées de la cité phocéenne

« Qui a déjà fait des roues arrière ? » La majorité de la quinzaine d’élèves en Terminale Métiers de la sécurité au lycée de l’Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille, lève la main. « A plus de deux ? », interroge Hakim Benhamel, expert en sécurité routière​. Même scène. « Moi, je l’ai fait derrière quelqu’un, ça compte ? », lance une jeune fille. « C’est les filles aussi qui incitent à lever, rouspète son camarade. Moi, elle veut que je la lève, je la lève ! » « Et vous allez travailler dans la sécurité, ironise Hakim Benhamel. Et bah, on n’est pas venu pour rien… »

Toute la journée, des dizaines d’élèves de cet établissement ont suivi un stage de sensibilisation aux risques des rodéos urbains, organisée par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, face à la prégnance de ce phénomène dans le département. « Une année, récemment, sur quinze jours, on avait eu cinq morts en roue arrière », rappelle Hakim Benhamel.

S’entraîner à Plan-de-Campagne

Et de demander : « Est-ce qu’il y en a qui vont à Plan-de-Campagne s’entraîner ? » Au fond de la classe, un élève lève le doigt. « Moi, j’ai déjà vu des flics qui m’ont contrôlé et qui après, sont repartis en roue arrière », fanfaronne un autre. « Ouais, moi, je vais sur le parking du cinéma, mais pour voir ! », lance un troisième.

« Mais n’importe qui peut traverser au milieu de la route, rappelle l’expert en Sécurité routière. Vous pouvez tomber sur votre sœur avec son bébé dans la poussette. » « Mais Monsieur, vous avez déjà cabré, même quand vous étiez jeune, disons il y a quinze ou vingt ans ? », s’étonne un élève, taquin, dans son polo rouge. « Jamais, car je sais les conséquences que cela peut avoir », répond Hakim Benhamel.

« Les amener à les faire réfléchir »

« L’idée, c’est de les amener à les faire réfléchir, confie l’expert en Sécurité routière. On est là pour faire une amorce au changement ; en utilisant leur vocabulaire, leurs expériences, et en essayant de les toucher avec les émotions. »

Et pour cela, les formateurs du jour n’hésitent pas à user d’arguments chocs… et qui s’avèrent plutôt convaincants. A la demande d’Hakim Benhamel, un élève en CAP Agent de sécurité s’assoit sur une chaise, et simule un Y. « Qu’est-ce qui se passe en cas de chute ? Quelles parties peuvent être touchées ? » Quelques minutes de réflexion plus tard, le jeune homme en survêtement noir lâche : « Ça tape dans les parties intimes. On peut se faire un ligament ! » « Tu demanderas donc à ton meilleur pote de se dévouer auprès de ta future femme tous les soirs. On te mettra deux boules en plastique pour l’esthétique et un tuyau pour faire pipi. »

Dans l’atelier de la classe d’à côté, consacré à la répression, le ton est nettement moins badin. « Les rodéos urbains sont un délit, passibles d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende, rappelle à la classe un policier. Si c’est en réunion, à deux ou trois, c’est deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende. »