Métier méconnu et hybride, les conciergeries de locations de vacances explosent

TENDANCE Depuis quelques années, ces professionnels sont devenus indispensables pour faire le lien entre les vacanciers et les propriétaires

Julie Urbach
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Un trousseau de clés d'un logement.
Un trousseau de clés d'un logement. — Maria Ziegler via Unsplash
  • Gestion locative, remise de clés, ménage... De plus en plus d'entreprises proposent ce type de prestation, avec l'explosion des plateformes de location entre particuliers.
  • Elles seraient 5.000 aujourd'hui, estime le réseau des conciergeries locatives de France, qui tient son premier congrès ces lundi et mardi à Nantes.

Ils valident votre demande de réservation sur Airbnb, vous accueillent pour la remise de clés, viennent parfois changer une ampoule, et font le ménage après votre départ… Depuis quelques années, des concierges d’un nouveau genre se sont imposés dans le marché de la location saisonnière. Avec l’explosion des plateformes entre particuliers et le regain d’intérêt pour la destination France, ces petites mains sont devenues indispensables pour faire le lien entre les vacanciers et les propriétaires, de moins en moins enclins à s’improviser agent immobilier. « En général, ils n’habitent pas sur place, certains mêmes sont à l’étranger, rapporte Sophie Bonnouvrier, qui a lancé il y a sept ans la Conciergerie du bassin, au Cap-Ferret. Ils ont besoin d’un service complet, pour gérer l’aspect locatif mais aussi s’occuper de leur bien. »

Méconnu et hybride, ce métier à la frontière entre l’hôtellerie, l’entretien ou le service à la personne connaît donc un impressionnant essor ces dernières années. A tel point que le réseau des conciergeries locatives de France (CLF), qui organise son premier congrès ces lundi et mardi à Nantes, estime à au moins 5.000 le nombre de structures, de toutes tailles, qui proposeraient actuellement ce type de prestations. Et ce n’est que le début, disent ses membres, quand on sait qu’il existe plus de 3,5 millions de maisons secondaires, dont l’occupation est en moyenne de… 30 nuitées par an.

« En ce moment, nous recevons entre 40 et 50 appels par semaine de propriétaires qui veulent nous confier leur bien, indique Thierry Violleau, directeur général de Hoomy, qui gère 500 logements sur toute la façade atlantique et emploie une cinquantaine de salariés à l’année, et bien plus l’été. Il y a une véritable accélération depuis fin 2021. Demander à son voisin d’ouvrir la porte contre une bouteille de vin, c’est terminé. Les locataires deviennent de plus en plus exigeants. »

Chaudière qui tombe en panne, piscine qui tourne au vert…

Mise en ligne des annonces, gestion des plannings, état des lieux d’entrée et de sortie, nettoyage et remplacement du linge de maison, ces concierges, bien plus humains qu’une boîte à clés, doivent également être disponibles pour tous les petits aléas qui peuvent rapidement gâcher les vacances. Du coup, « pas le droit à l’erreur », estime Dorothé Jonte, d’Intendancevillas à Arcachon, en charge d’une vingtaine de biens. « Un samedi 14 août, vous pouvez avoir une chaudière qui tombe en panne, une piscine qui tourne au vert, plusieurs groupes de vacanciers qui arrivent à la même heure… Cela nécessite une organisation draconienne, on ne peut pas dire aux gens "on verra demain". » Pour ces missions, une commission allant de 15 % à 30 % du prix du loyer est demandée, à laquelle peuvent s’ajouter des services à la carte, tels que la location de vélos ou du plus haut-de-gamme, comme des prestations traiteur ou massages.

Mais comme dans beaucoup de secteurs pourtant porteurs, la main d’oeuvre tend à manquer. Il faut dire que les contrats proposés sont souvent précaires (CDD à temps partiel, auto-entrepreunariat) et que cette nouvelle profession souffre d’un vide juridique. « Nous n’avons pas de code APE, pas de convention collective claire, pas de formation ni d’agrément pour pouvoir travailler en toute transparence, déplorent ces professionnels. On aimerait avoir des règles, afin d’être mieux structurés et reconnus. Pour l’instant, on se débrouille comme on peut, toujours "sous les radars". »