Université Paris Nanterre : « L’occupation depuis 5 mois des sans-facs est non seulement inutile mais nuisible »

INTERVIEW Philippe Gervais-Lambony, président de l’université Paris Nanterre, revient sur la situation des étudiants sans fac qui occupent le bâtiment de la présidence depuis cinq mois

Mathilde Desgranges
Les étudiants sans affectation occupent les locaux de la présidence de Paris Nanterre
Les étudiants sans affectation occupent les locaux de la présidence de Paris Nanterre — © Mathilde Desgranges / 20 Minutes
  • Ce dimanche, l’occupation des locaux de l’administration de l’université de Nanterre fêtera ses cinq mois. Depuis le 27 octobre, des étudiants sans affectation se confinent pour faire pression sur la présidence de l’université.
  • Protestant contre la sélection à l’université, ils cherchent à obtenir une garantie de pouvoir continuer leurs études.
  • « Il faut que les acteurs principaux prennent leurs responsabilités sur ce sujet absolument essentiel », affirme Philippe Gervais-Lambony, président de l'université.

Peu d’étudiants ont passé autant de temps dans leur fac. Ce dimanche, cela fera cinq mois que les étudiants sans affectation de l’université Paris Nanterre occupent, nuit et jour, les locaux de l’administration. Confinés pour faire pression sur la présidence de la fac, ils cherchent à obtenir une place et protestent contre la sélection à l’université. Ils refusent de quitter les lieux sans avoir obtenu de garantie de pouvoir continuer leurs études. Philippe Gervais-Lambony, président de l’université, explique la situation à 20 Minutes.

Pourquoi la situation est-elle toujours bloquée ?

Le point de départ du problème, ce sont les capacités et les moyens de l’établissement. On ne peut pas accueillir tout le monde. On a réexaminé les dossiers des étudiants sans fac et certains ont été de nouveau refusés pour des raisons pédagogiques. On a essayé de travailler avec d’autres établissements pour essayer de trouver quelques places ailleurs. Certaines personnes ont été acceptées. Les membres de l’occupation nous demandent encore, avec brutalité, d’inscrire des étudiants. Je pense qu’on est dans un complet dysfonctionnement d’un mouvement politique.

Comment envisagez-vous la sortie de crise ?

La sortie de crise, c’est la sortie du bâtiment. La fin de l’occupation. Je ne vois pas d’autres solutions que de permettre au service public de travailler correctement. Le personnel de l’établissement n’en peut plus de cette situation qui, dans des formats différents, se répète année après année. D’autant que, cette année, des organisations extérieures sont intervenues sur le campus de manière permanente, pour soutenir cette action. Je suis vraiment dans la défense de la démocratie et du service public.

Avez-vous espoir de régler le problème par le dialogue ?

Quand on est confronté à des interlocuteurs qui ne négocient pas, on ne peut pas négocier. Il faut absolument que les responsabilités soient prises et que ces personnes quittent l’occupation. J’espère que les évènements de cette année vont amener les organisations étudiantes à travailler et agir différemment à l’avenir. L’occupation est non seulement inutile mais nuisible à notre établissement. J’ai également une grande inquiétude pour les étudiants sans affectation, qui sont en train de perdre un temps considérable.

Comprenez-vous les revendications des sans-facs ?

Il y a un véritable sujet de réflexion à mener à l’échelle nationale autour de la question de la sélection à l’université. Il faut que les acteurs principaux prennent leurs responsabilités sur ce sujet absolument essentiel. On répète constamment, depuis juillet, qu’il y a un manque de moyens dans les universités françaises. Mais, il ne faut pas victimiser notre université. Ce qui nous est totalement contre-productif. Je suis fier qu’on ait réussi à accueillir 300 étudiants sans fac entre juillet et octobre, c’est considérable.