Marseille : « Je n’ai jamais eu la volonté de mutiler », le difficile exercice de contrition du dentiste Lionel Guedj

PROCES Pour son dernier jour d’audition, le dentiste millionnaire de Marseille a tenté d’exprimer sa compassion envers les victimes, tout en niant toute volonté de mutiler ses patients

Mathilde Ceilles
Lionel Guedj à son arrivée au tribunal
Lionel Guedj à son arrivée au tribunal — Nicolas TUCAT / AFP
  • Un mois après l’ouverture de son procès-fleuve, l’ancien dentiste marseillais Lionel Guedj a présenté ses excuses à ses anciens patients, constitués en partie civile.
  • En remettant en cause les témoignages des victimes, il a toutefois suscité l’agacement et la déception du tribunal.

C’était pour Lionel Guedj la dernière ligne droite, la dernière occasion de s’exprimer, de faire preuve d’un peu de compassion envers les 300 victimes constituées en partie civile, tous anciens patients du dentiste marseillais accusé de mutilations dentaires. Un mois après l’ouverture de ce procès-fleuve, après plusieurs semaines d’auditions des différentes victimes qui ont exposé à la barre leur calvaire, la parole était donnée au prévenu qui, jusqu’ici, s’est montré particulièrement agressif, ne se remettant que peu de fois en cause.

En ce jeudi matin, à la barre, Lionel Guedj montre d’abord un autre visage. L’ancien dentiste fond en larmes en lisant une feuille, affirmant avoir pris une « claque » face aux témoignages des parties civiles. « Je suis sincèrement désolé d’être apparu aux yeux de certains arrogant, hautain, lance Lionel Guedj. Je suis terriblement stressé. Je suis mort de honte, de trouille. Je présente mes sincères excuses aux patients. Je suis profondément touché par la souffrance morale et physique que j’ai pu imposer. Je l’ai toujours fait dans le but de soulager mes patients. Je n’ai jamais voulu faire de mal à personne. Je n’ai jamais eu la volonté de mutiler. J’ai perdu totalement pied du fait de mon inexpérience, et du fait de vouloir gérer tous mes patients à moi tout seul. »

Un « engrenage »

« Oui, j’ai merdé », lance le dentiste, se disant pris dans un « engrenage ». « Je me suis laissé emporter par la demande des patients, et je répondais favorablement à leur demande. Plus le cabinet allait bien, plus on avait des gens qui venaient et disaient : "Je veux le même sourire que celui que tu as fait à ma cousine." »

L’enquête a pu démontrer que Lionel Guedj recevait jusqu’à 70 patients par jour, à un rythme effréné, bâclant le travail et provoquant ainsi de graves complications chez ses patients. Et ce, sans que jamais le dentiste ne remette en cause ses pratiques. « Par rapport au volume du chiffre d’affaires du cabinet, je voyais [les personnes présentant des complications] comme une goutte d’eau », reconnaît Lionel Guedj.

« Le patient n’est-il pas devenu un client ? »

« Mais est-ce que, à un moment donné, le patient n’est-il pas devenu un client ? » s’interroge la présidente du tribunal Céline Ballérini. Le chiffre d’affaires annuel du dentiste, au train de vie faramineux, a été estimé à 2,6 millions d’euros, pour une moyenne départementale de 180.000 euros. « J’ai jamais vu mes patients comme un portefeuille », s’agace Lionel Guedj.

Et d’affirmer : « Pour moi, j’étais vraiment dans l’intérêt du patient et non pas dans l’intérêt de faire mal ou de blesser quelqu’un. » Mais la journée passant, le mea culpa de Lionel Guedj se fait plus nuancé… et le dentiste plus agressif. L’ancien praticien en vient même à remettre en cause la véracité des conclusions des experts et des déclarations des victimes. « Les sanglots à cette barre des victimes sont-ils formatés ? », s’indigne le procureur de la République Michel Sastre. « Je pense que certains dires des patients ont été dictés, lance Lionel Guedj. Je ne dis pas qu’ils ont fait du cinéma. La douleur est là, c’est certain. Je pense que des choses ont été rajoutées et des éléments ont été dictés par d’autres personnes. »

« Vous avez commencé ce matin avec une déclaration qui, je l’avoue, m’a touché, souffle Me Gilles Martha, avocat des parties civiles. Je me suis dit a un moment donné qu’on avait réussi à vous rendre raison, profiter de cette dernière journée de débats contradictoires pour vous libérer. Je suis déçu. Je pensais que vous pouviez avoir de l’empathie pour les patients. Et je suis persuadé d’une chose. C’est que vous en avez aucune. »