Pouvoir d’achat : « Dans le rouge au bout de quinze jours », nos lecteurs peinent à s’adapter à la hausse des prix

VOTRE VIE VOTRE AVIS La hausse des prix de l'énergie et de l'alimentation pèse sur nos lecteurs, forcés à changer leurs habitudes et à se priver

Louis Pillot
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L'augmentation des prix du carburant est au centre des préoccupations de nos lecteurs
L'augmentation des prix du carburant est au centre des préoccupations de nos lecteurs — SYSPEO/SIPA
  • Le portefeuille des Français est durement frappé, ces dernières semaines et ces derniers mois, par une hausse générale des prix.
  • Celle-ci touche de nombreux secteurs, en particulier l’énergie (carburants, gaz) et l’alimentation.
  • Les temps sont durs pour nos lecteurs, qui se disent inquiets et qui s’adaptent en coupant certaines dépenses, et en se privant parfois de choses essentielles.

Carburants, gaz, électricité, alimentation… Aucun secteur, ou presque, n’échappe à la hausse généralisée des prix ces dernières semaines. Le portefeuille des Français en a pris un coup, comme l’ont montré les nombreux témoignages de nos lecteurs, en réponse à notre appel. « Les enquêtes dont on dispose font état d’une augmentation de la part des dépenses dites pré-engagées, c’est-à-dire des dépenses engagées par contrat, comme l’énergie, le crédit, et différents types d’abonnements (communications, assurances…). Cela représente plus du tiers du budget des personnes modestes », explique Pierre Blavier, chargé de recherche CNRS à l’université de Lille et auteur de Gilets jaunes, la révolte des budgets contraints (PUF, 2021).

Outre les loisirs, que la majorité de nos lecteurs avouent limiter, ce sont ainsi les dépenses essentielles même qui deviennent de plus en plus difficiles à gérer. Le prix des carburants, qui a récemment dépassé 2 euros le litre, est au centre des préoccupations. Certains de nos lecteurs disent avoir la chance (et la possibilité) d’anticiper cette hausse des prix, et parfois depuis très longtemps, comme Didier, qui a « abandonné la voiture individuelle il y a quinze ans ».

Dépendance à la voiture

Mais, le plus souvent, se passer de la voiture est un choix impossible. « Cela reste obligatoire quand on a un enfant en bas âge », témoigne Aude. Nombre de nos lecteurs sont dans ce cas de figure, comme Laetitia, qui parcourt « 75 kilomètres en moyenne par jour » et a adopté le covoiturage avec ses voisins : « Pas de transports en commun, nous sommes en campagne. » Angélique estime, elle, ses trajets quotidiens à 60 kilomètres.

« Beaucoup de ménages ne disposent pas d’autres moyens de transport que l’automobile, et cela introduit une dépendance avec ce type de transport, détaille Pierre Blavier. Cela renvoie à des questions liées à l’immobilier et l’aménagement du territoire. Par ailleurs, le prix du carburant est important, mais l’automobile renvoie plus largement à un ensemble de coûts et réformes qui ont eu lieu ces dernières décennies, qui ont rendu plus difficile le fait de posséder une voiture : le passage aux 80 km/h, le durcissement des sanctions et des contrôles routiers, le durcissement du contrôle technique… »

« Les pâtes agrémentent tous les repas »

Hélas, les transports ne sont pas le seul domaine touché par la hausse des prix. L’éclatement récent du conflit ukrainien, et avant lui la pandémie de Covid-19, sont des facteurs qui ont pu participer à empirer la hausse du prix de l’énergie et des denrées alimentaires. Là aussi, nos lecteurs ont dû s’adapter. « Pour les courses, on ne va acheter que l’essentiel avec les denrées les moins chères, détaille Aude. On privilégie les circuits courts, l’achat en vrac et en grande quantité. Et, bien sûr, on attend les promos pour pouvoir acheter moins cher. »

Certains n’ont même pas eu d’autre choix que de se priver. De loisirs, d’abord, comme Thierry, qui a « supprimé des abonnements à des hebdomadaires » et « achète ses livres d’occasion » : « Tout ce que je dépense en plus en énergie, c’est en moins sur le reste. » Mais aussi et surtout de choses nécessaires, comme le chauffage ou les repas. « Les pâtes agrémentent tous les repas, mais je mange », explique Jean-Paul, « retraité locataire ». « Depuis un an, j’ai décidé de me priver de repas le midi », ajoute Jean-Marc. Marie-Odile, elle, a « baissé [son] chauffage », résignée : « Je m’habille plus chaud dedans. »

De manière générale, nos lecteurs font état d’une baisse importante de leur pouvoir d’achat. Ce que confirment les évaluations auxquelles Pierre Blavier a pu avoir accès : « Ce qu’on sait, c’est qu’au cours de la présidence Macron, le pouvoir d’achat a baissé pour le bas de la distribution (c’est-à-dire les ménages les plus pauvres), a un peu augmenté sur le milieu de la distribution, et a beaucoup augmenté sur le haut de la distribution. La question, c’est de savoir dans quelle mesure l’Etat va réussir à résoudre les problèmes de conditions de vie, et surtout les problèmes d’inégalités, qui ont beaucoup augmenté. »

Des stratégies pour économiser

Alors, quelles solutions pour vivre mieux ? Certains de nos lecteurs élaborent des stratégies élaborées pour consommer moins. Frédéric a poussé l’optimisation à son paroxysme : « J’essaye d’avoir une conduite fluide, de ne pas dépasser les 2.000 tours minutes, quitte à être à 90 au lieu de 110 sur la 2x2 voies… J’ai aussi surgonflé mes pneus : ils vont s’user un peu plus vite, mais je vais m’y retrouver sur la consommation. J’essaye de sortir du travail en dehors de l’heure de pointe. Ce sont des petites choses mais je consomme beaucoup moins. » Avec cela, il estime ses économies à 30 euros par mois.

Sophie, elle, regrette l’arrêt progressif du télétravail, qui aurait pu permettre de réaliser des économies : « Aujourd’hui je mets de l’essence dans ma voiture pour aller travailler, plutôt que de faire exactement les mêmes tâches de chez moi, pour pouvoir gagner de l’argent qui me permettra d’aller remplir ma voiture avec du carburant qui me servira à me rendre au travail… On marche sur la tête ! » Finalement, l’inquiétude domine chez nos lecteurs. « Depuis que tout a augmenté, je suis dans le rouge au bout de seulement quinze jours avec toujours la même façon de gérer mon argent. Il est compliqué de tenir son budget et de profiter à côté », regrette Julien. Reste à savoir s’il faudra se serrer la ceinture encore longtemps.