Mort d’Yvan Colonna : « Il faut franchir le Rubicon », juge le président des groupements Corses de Marseille

REACTIONS Jean Dal Colletto, président du groupement des Corses de Marseille et des Bouches-du-Rhône et ancien commissaire de police, estime que le moment est venu pour la Corse d’entrer pleinement sur le chemin de l’autonomie

Alexandre Vella
Des manifestations consécutives à l'agression d'Yvan Colonna ont éclaté, remettant sur la table les discussions autour de l'autonomie de la Corse
Des manifestations consécutives à l'agression d'Yvan Colonna ont éclaté, remettant sur la table les discussions autour de l'autonomie de la Corse — HAMARD FANNY/SIPA
  • La fédération des groupements Corses de Marseille réunit une vingtaine d’associations corses du continent.
  • Ils réfléchissent aux actions à mener après la mort d’Yvan Colonna.
  • Son président, Jean Dal Colletto estime que le moment est venu pour la Corse d’entrer pleinement sur le chemin de l’autonomie.

Derrière les portes du troisième étage d’un bel immeuble haussmannien du centre-ville, il est à Marseille un petit bout de Corse, siège de la fédération des groupements Corses de Marseille et des Bouches-du-Rhône, qui réunit une vingtaine d’associations. Les personnes y allant et venant échangent volontiers dans leur langue natale tandis que l’on sert, en ce début d’après-midi, des biscuits à la clémentine et du café torréfié sur l’île.

L’annonce la veille au soir du décès d’Yvan Colonna, qui a succombé à l’agression d’un codétenu radicalisé, n’a pas encore fait le tour des adhérents et laisse quelque peu muet. « Les positions au sujet d’Yvan Colonna sont diverses dans la diaspora », résume une dame tandis qu’un homme, derrière l’ordinateur et le téléphone du siège de l’association, préfère ne pas s’exprimer. Ils seraient 150.000 Corses et descendants de Corse d’après les travaux de l’historien Edmond Simeoni, décédé en 2018.

« Un moment important dans l’histoire de la Corse »

Jean Dal Colletto, un ancien commissaire de police et l’actuel président de la fédération fondée en 1959, parle pour l’heure en son nom et exprime d’abord sa « tristesse et son soutien à la famille Colonna ». « Nous allons réunir les différentes associations pour voir. Nous ferons certainement quelque chose », évoque-t-il. Après l’annonce de l’agression d’Yvan Colonna à la prison d’Arles par un codétenu, la fédération avait publié un communiqué rédigé « à la majorité des membres du bureau » dans lequel elle appelait, entre autres, « à l’apaisement » à la suite des violences de ces dernières semaines. Dans le même communiqué, il « constatait et regrettait profondément qu’elle ait été le seul moyen d’obtenir l’application du droit », à savoir la levée de son statut de détenu particulièrement signalé, ouvrant à un rapprochement familial.

« Fichtrement favorable à l’autonomie » de son île natale, l’ancien directeur départemental de la sécurité publique de Haute-Corse estime que le moment est venu de « discuter de l’avenir de la Corse ». « L’assassinat d’Yvan Colonna marque un moment important dans l’histoire de la Corse. Il y a un avant et un après. Il faut maintenant franchir le Rubicon, mais pas les armes à la main ». Le Rubicon, pour lui, est évidemment le statut d’autonomie. Un statut « qu’ont les autres îles de la Méditerranée, comme la Sardaigne et la Sicile », rappelle Jean Dal Colletto, qui a une formation de juriste. Mais lui croit fermement en la voie de la non-violence, alors qu’il semble que l’État français ait concédé d'avancer sur ce sujet à la suite de celles-ci. Reste désormais à voir ce qu’il va se passer dans les jours qui viennent en Corse.