Réforme du lycée : Comment les maths pourraient faire leur grand retour dans le tronc commun en 1re et en terminale

EDUCATION Un rapport du comité de consultation sur l’enseignement des maths au lycée préconise le retour de cette matière dans le tronc commun dès la classe de 1re, ce que souhaite également le candidat Macron

Delphine Bancaud
Une élève lors de son cours de maths.
Une élève lors de son cours de maths. — Pixabay
  • Ces derniers mois, la baisse du nombre de lycéens étudiant les maths depuis la réforme du lycée fait polémique.
  • Un rapport préconise de remettre cette matière dans le tronc commun dès la classe de première. Une volonté partagée par Emmanuel Macron.
  • Mais pour les enseignants, le compte n’y est pas, et il faudrait revoir entièrement la réforme pour redonner plus de place aux maths.

Dès le début de la mise en œuvre de la réforme du lycée en 2019, c’est le point qui a été le plus critiqué : la disparition des maths dans le tronc commun en 1re et en terminale. Car la discipline est seulement enseignée sous forme de spécialité. Les élèves de 1re et de terminale qui ne l’ont pas choisie ont donc juste droit à 2 heures d’enseignement scientifique*. Ce qui n’est pas sans poser problème, rappelle Sébastien Planchenault, président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public : « Les élèves de seconde qui savent qu’ils ne prendront pas la spécialité maths en 1re ne s’accrochent pas pour suivre. Ils n’acquièrent pas la culture nécessaire dans ce domaine pour tout citoyen ».

D’autre part, selon lui, le fait que la spécialité maths soit très exigeante renforce les stéréotypes : « Les filles et les élèves issus des milieux peu favorisés se disent que les maths, ce n’est pas pour eux ». Et le nombre d’élèves qui abandonnent la spécialité maths en terminale a augmenté : selon une note de l’Education nationale parue le 8 décembre, à la rentrée 2021, 37 % des élèves de terminale ont choisi cette spécialité, contre 41 % en 2020. Et ceux qui ne la prennent pas craignent d’être pénalisés lorsqu’ils émettront leurs vœux d’études supérieures sur Parcoursup : « Avant, dans la filière SES, il y avait des maths, ce qui permettait par exemple aux élèves d’envisager d’intégrer une école de commerce », explique Sébastien Planchenault.

« Un caillou dans la chaussure du candidat Macron »

« Les maths sont devenues un caillou dans la chaussure du candidat Macron et un sujet politique », souligne Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. Face aux critiques, Jean-Michel Blanquer avait reconnu début février qu’il faudrait « probablement » ajouter des mathématiques dans le tronc commun de première et terminale. Et lors de la présentation de son  programme électoral jeudi dernier, Emmanuel Macron a enfoncé le clou en déclarant : « Je souhaite qu’on continue de consolider les fondamentaux en renforçant les mathématiques, y compris en les remettant dans le socle pour le baccalauréat ». Le ministre de l’Education a aussi mandaté un comité d’expert pour lui faire des propositions sur le sujet. Ce dernier a remis son rapport ce lundi et préconise de remettre, à la rentrée prochaine, les mathématiques dans le tronc commun dès la classe de 1re, à raison de 1h30 à 2 heures en plus par semaine pour tous les élèves. La matière serait incluse dans l’enseignement scientifique, qui passerait ainsi de 2 heures à 3h30 ou 4 heures par semaine en 1re. Un enseignement qui, selon le rapport, devrait « permettre à tous les élèves de maîtriser en fin de 1re aussi bien les techniques mathématiques de base que les outils indispensables à la compréhension et la modélisation élémentaire des phénomènes quantitatifs, qu’ils relèvent des statistiques, des probabilités ou de l’analyse ».

La condition sine qua non pour que cette mesure s’applique dès la rentrée 2022 serait bien sûr qu’Emmanuel Macron soit réélu. Le ministère de l’Education a d’ores et déjà fait part de son enthousiasme dans un communiqué paru ce lundi : « Cet enseignement scientifique et mathématique renforcé garantirait à tous les élèves de la voie générale la maîtrise des notions mathématiques fondamentales dont ils auront besoin, quel que soit le parcours de formation qu’ils choisiront par la suite. »

« Ça va être compliqué à mettre en place »

A condition, aussi, qu’il y ait suffisamment de profs de maths pour assurer les cours. Une hypothèse à laquelle croit Sébastien Planchenault. « Pour la rentrée prochaine, cela représenterait 550 équivalents temps plein. La solution pour y parvenir est d’augmenter le nombre d’heures supplémentaires effectuées par les profs de maths », suggère-t-il. Sophie Vénétitay est moins optimiste : « Ça va être compliqué à mettre en place. Certes, on peut imposer 2 heures supplémentaires par prof et par semaine, mais certains en font déjà beaucoup, d’autres sont à temps partiel… Et il manque déjà des profs de maths actuellement, faute de viviers suffisants. En outre, il est difficile de trouver des contractuels. » Le risque serait, selon elle, que certains élèves bénéficient de ce renfort en maths alors que d’autres en sont privés, faute de moyens humains.

Autre question qui se pose : serait-il possible de créer un programme de maths pour cet enseignement si peu de temps avant la rentrée ? « Oui, car le ministère pourrait s’appuyer sur les anciens programmes de maths des filières L et ES », estime Sébastien Planchenault. « Mais encore faut-il qu’ils soient officialisés assez tôt pour permettre aux enseignants de préparer leurs cours sereinement », tempère Sophie Vénétitay.

« Ce n’est pas une mesurette qu’il faudrait »

Des interrogations se posent aussi sur l’impact de ces cours de maths pour les lycéens. Leur permettront-ils d’être moins bridés dans leur choix dans leurs études supérieures ? « Je ne le pense pas, car 1h30 ou 2 heures par semaine, c’est insuffisant pour ouvrir le champ des possibles », estime Sophie Vénétitay. Même son de cloche chez Sébastien Planchenault : « Dans l’ancienne filière ES, les élèves avaient 3 heures de maths en 1re et 4 en terminale. Là, on parle d’1h30 à 2 heures en 1re. Cela pourra suffire à ceux qui veulent devenir prof des écoles ou faire psycho. Mais pas à ceux qui veulent aller vers des filières leur demandant un vrai bagage scientifique… A moins qu’ils puissent opter pour l’option maths complémentaires en terminale », suggère-t-il. Le rapport propose d’ailleurs de faciliter cet accès.

Selon certains enseignants, c’est plutôt la réforme du lycée dans son intégralité qu’il faudrait retoucher. « Il faut réinstaurer un vrai enseignement de maths pour tous, retravailler aussi le programme de cette discipline en seconde pour qu’il dégoûte moins les élèves », recommande Sophie Vénétitay. « Ce n’est pas une mesurette qu’il faudrait. Mais, par exemple, envisager la création d’une deuxième spécialité maths orientée vers les sciences économiques et les humanités, qui répondrait à la demande des élèves qui auraient préparé un bac L ou SES dans l’ancien système », indique Sébastien Planchenault. Ce sera au prochain ministre de l’Education de trancher !

* L’enseignement scientifique aborde en 1re l’histoire de la matière, le Soleil, la Terre, le son et la musique, et en terminale la Science et le climat, le futur des énergies et l’Histoire du vivant.