Bordeaux : Un nouveau protocole lancé pour les enfants témoins de féminicides

SANTE « Plus de 80 enfants en 2020 sont devenus orphelins d’un ou de leurs deux parents et ont été témoins de faits traumatisants », selon le secrétariat d’Etat à l’Enfance

Elsa Provenzano
Adrien Taquet, secrétaire d'État à l'Enfance, à l'Elysée le 30 septembre 2020 (illustration).
Adrien Taquet, secrétaire d'État à l'Enfance, à l'Elysée le 30 septembre 2020 (illustration). — Jacques Witt/SIPA
  • Le secrétaire d’Etat a l’enfance Adrien Taquet a annoncé ce jeudi, depuis Bordeaux, le lancement d’un protocole pour l’accompagnement rapproché des enfants qui sont témoins de féminicides.
  • Un protocole de prise en charge par les services de pédiatrie, expérimenté en Seine Saint-Denis depuis 2016, sera généralisé dans les semaines qui viennent.
  • Il prévoit huit jours maximum de suivi à l’hôpital, en lien avec le centre régional de psychotrauma.

Tués sous leurs yeux… Le gouvernement a lancé jeudi à Bordeaux un nouveau protocole pour la prise en charge des enfants présents lors d’un féminicide ou de l’homicide de l’un de leurs parents, un « double traumatisme ». Alors que chaque année en France plus d’ une centaine de femmes meurent sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint, « plus de 80 enfants en 2020 sont devenus orphelins d’un ou de leurs deux parents et ont été témoins de faits traumatisants », selon le secrétariat d’Etat à l’Enfance.

Prise en charge pédiatrique à l’hôpital

Ce nouveau parcours de soin, présenté à Bordeaux par le secrétaire d’Etat Adrien Taquet, permet ainsi la prise en charge immédiate de l’enfant à l’hôpital pendant une durée maximale de huit jours. Le procureur de la République prendra une ordonnance de placement provisoire et l’enfant sera orienté vers un service de pédiatrie de l’hôpital, a indiqué le cabinet. Les forces de l’ordre seront chargées de constituer pour lui un trousseau, une liste d’affaires à prendre pour son séjour à l’hôpital.

Le Samu ou les pompiers l’amèneront immédiatement à l’hôpital où il sera pris en charge en priorité par les services de pédiatrie. Un bilan somatique et pédopsychiatrique sera établi dans les 72 heures, avec le soutien du centre régional de psycho trauma pour évaluer son besoin de soins. Ce protocole prévoit un accompagnant pour s’occuper de lui, en renfort du service de pédiatrie.

Pendant son séjour, les pouvoirs publics se réuniront pour évaluer son environnement et faire des propositions à la justice pour son hébergement et sa prise en charge. « Ces enfants souffrent d’un double traumatisme : ils voient une figure d’attachement, leur mère, tuée par leur père, autre figure d’attachement. Ils perdent les deux », explique-t-on au cabinet d’Adrien Taquet. Jusqu’à présent, leur prise en charge n’était pas formalisée ou unifiée sur tout le territoire, chaque juridiction décidait au cas par cas.

Un protocole étendu à toute la France

Le gouvernement va envoyer d’ici un mois ce nouveau protocole aux Agences régionales de santé (ARS). Ce dispositif était expérimenté depuis 2016 en Seine-Saint-Denis, et a donné des « résultats probants », selon le cabinet d’AdrienTaquet.

Il a été présenté par Adrien Taquet lors d’une visite au CHU de Bordeaux, où il inaugurait une Unité pédiatrique Enfant en danger (Uaped), un dispositif qui permet de recueillir la parole d’enfants victimes de violences sexuelles ou intrafamiliales par des professionnels de santé et des forces de l’ordre formés, dans le cadre de l’hôpital. Le gouvernement a prévu de déployer une centaine d’Uaped sur tout le territoire.