Réforme des retraites : A 65 ans, est-on « souvent en pleine forme », comme l’affirme Eric Woerth ?

FAKE OFF Le député, qui a rallié Emmanuel Macron, a voulu défendre le recul de l'âge légal de départ à la retraite promis par le président-candidat

Mathilde Cousin
Eric Woerth, président de la commission des finances de l'Assemblée, a rejoint Emmanuel Macron en février.
Eric Woerth, président de la commission des finances de l'Assemblée, a rejoint Emmanuel Macron en février. — IBO/SIPA
  • Emmanuel Macron entend repousser l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans s’il est réélu.
  • Soutien du président de la République, Eric Woerth a avancé que « souvent, pas pour tout le monde », « à 65 ans, on est en pleine forme ».
  • Selon les données de la Drees, les hommes âgés de 65 ans avaient en 2020 une espérance de vie sans incapacité – en bonne santé – de dix ans et de douze ans pour les femmes.
  • Toutefois, ces chiffres ne permettent pas de savoir s’il existe des différences selon le métier exercé.

C’est une des premières mesures qu’a annoncées le candidat Emmanuel Macron s’il est réélu pour un second mandat : repousser l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans. Un âge où les Français ne seraient plus en assez bonne santé pour travailler ?  Invité de Public Sénat mardi, Eric Woerth, président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et soutien du chef de l’Etat, est venu défendre ce projet. Arguant que ce projet « n’est pas uniquement une question d’âge, c’est le regard qu’on a sur l’âge au travail », il a avancé que « souvent, pas pour tout le monde », « à 65 ans, on est en pleine forme ».

Âgé de 66 ans, le député de l’Oise a ensuite proposé l’instauration d'« un système de retraites qui soit automatiquement indexé sur l’espérance de vie ». « Ça éviterait le débat politique et ça permettrait d’avoir un consensus national là-dessus. »

FAKE OFF

L’espérance de vie en bonne santé à la naissance est calculée par l'Insee : elle était proche de 65 ans en 2020 et, dans le détail, de 64,4 ans pour les hommes et 65,9 ans pour les femmes.

Cette espérance de vie en bonne santé « évalue, à la naissance, le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne, compte tenu des conditions sanitaires du moment », explique l’Insee, qui s’appuie sur des données de l’organisme européen Eurostat.

L’espérance de vie sans incapacité sévère est un peu plus élevée : elle était de 73,8 ans pour les hommes à la naissance en 2020, et de 77,9 ans pour les femmes, selon les calculs de la Drees, organisme ministériel chargé des statistiques.

Quid de l’espérance de vie sans incapacité des sexagénaires actuels ? La Drees la calcule à 10,6 ans pour les hommes âgés de 65 ans et à 12,1 ans pour les femmes. Cette espérance de vie sans incapacité apprécie, comme l’espérance de vie en bonne santé, « le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne », détaille la Drees.

Des chiffres muets sur le niveau socioprofessionnel

Toutefois, ces indicateurs ne reflètent pas les conditions de vie et d’exercice de la profession. Autrement dit, un ouvrier ou un employé ont-ils la même espérance de vie en bonne santé qu’un cadre supérieur ? Il existe un écart entre les plus aisés et les plus pauvres pour l’espérance de vie à la naissance (13 ans en 2018 entre les hommes les plus aisés et les plus pauvres et huit ans pour les femmes les plus aisées et les plus pauvres). Cet écart se reflète-t-il également sur l’espérance de vie en bonne santé ? Aucun de trois services de statistiques ne dispose de données en la matière selon les catégories socioprofessionnelles.

Les dernières données disponibles remontent à une enquête menée en 2003. Celle-ci montrait que les hommes ouvriers ont, à 35 ans, une espérance de vie sans incapacité de dix ans moins élevée que celle des cadres supérieurs. Pour les femmes, il y avait huit ans d’écart entre ces deux catégories socioprofessionnelles.