Agression d’Yvan Colonna : Le sort des deux autres membres du commando « Erignac » toujours en suspens

PRISON Libérables depuis 2017, Alain Ferrandi et Pierre Alessandri demandent depuis des années à purger la fin de leur peine en Corse

Caroline Politi
— 
Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, condamnés à perpétuité, demandent depuis des années leur transfert en Corse.
Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, condamnés à perpétuité, demandent depuis des années leur transfert en Corse. — AFP

Pour l’un comme l’autre, l’annonce de la tentative d’assassinat d’Yvan Colonna au sein même de la prison d’Arles fut un « choc ». Mais les avocats d’Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri, condamnés comme lui à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Erignac, n’en diront pas plus sur le ressenti de leurs clients. Tous deux craignent qu’on puisse les soupçonner d’une quelconque récupération pour faire avancer leurs cas personnels. « Ce drame met en lumière pour le grand public le combat qu’on mène depuis des années, précise néanmoins Me Françoise Davideau, l’avocate du premier. Peut-être que l’agression permettra un examen plus objectif de la situation… »

Interpellés en 1999 et condamnés en 2003, Alain Ferrandi, considéré comme la tête pensante du commando, et Pierre Alessandri, un de ses principaux maîtres d’œuvre, sont libérables depuis 2017. Comme Yvan Colonna, les deux indépendantistes, aujourd’hui âgés de 62 et 63 ans, demandent depuis plus de dix ans à purger la fin de leur peine sur leur île natale afin de se rapprocher de leurs familles. Des requêtes systématiquement rejetées en raison de leur statut de « détenu particulièrement surveillé » (DPS) qu’a toujours refusé de lever l’exécutif. Ce statut regroupe aujourd’hui 240 détenus, principalement issus du grand banditisme ou du terrorisme, en raison de leur particulière dangerosité ou d’un risque jugé accru d’évasion. Or, si la prison de Borgo, non loin de Bastia, est habilitée à accueillir des longues peines, elle n’est pas équipée pour surveiller ce type de détention.

« On attend toujours la décision du Premier ministre »

Mardi soir, dans un court communiqué, le Premier ministreJean Castex, a annoncé la levée du statut de « détenu particulièrement surveillé » d’Yvan Colonna, en raison de la « particulière gravité » de sa situation de santé. Un geste avant tout symbolique qui n’a toutefois pas permis d’ apaiser les tensions sur l’île de Beauté, en témoigne l’incendie qui a ravagé cette nuit une partie du palais de justice d’Ajaccio. Le chef de l’exécutif n’a, en revanche, rien dit de la situation des deux autres membres toujours détenus du commando Erignac. « Je n’ai reçu aucune information nouvelle concernant Pierre Alessandri, confie son avocat Me Eric Borbolosi. La situation est toujours la même depuis 23 ans. » Même son de cloche du côté de sa consœur, Françoise Davideau. « On attend toujours la décision du Premier ministre sur le maintien ou non de l’inscription d’Alain Ferrandi au fichier des détenus particulièrement surveillé. »

En 2019 et en 2020 pour Alain Ferrandi, en 2018, 2019 et 2020 pour Pierre Alessandri, la commission locale du centre de détention de Poissy, où tous deux purgent leurs peines, se prononçait en faveur d’une levée de cette mesure. Un avis consultatif, certes, mais très souvent suivi. Sauf dans ce cas. L’ancienne garde des Sceaux, Nicole Belloubet, puis le Premier ministre, Jean Castex, qui a repris le dossier lorsque Eric Dupond-Moretti, un des avocats d’Yvan Colonna, est devenu ministre de la Justice (cela pouvait donc engendrer un conflit d’intérêts), s’y sont à chaque fois opposés. Un choix que beaucoup estiment désormais politique, y voyant notamment l’influence du corps préfectoral. « En 2021, il n’y a même pas eu de commission renouvelant ce statut pour l’année 2022, il a été reconduit tacitement alors que théoriquement les avis doivent être motivés », s’étrangle Françoise Davideau.

Semi-liberté accordée, appel du parquet

Fin février, une nouvelle commission s’est tenue. Contrairement aux dernières années, elle s’est prononcée, pour Alain Ferrandi comme pour Pierre Alessandri, contre la levée de leur statut de DPS. « Cette décision est incompréhensible, rien n’a changé dans sa situation ni dans son comportement », déplore l’avocat de ce dernier, Eric Borbolosi. D’autant plus qu’entre-temps, le tribunal d’application des peines lui a accordé à deux reprises, en 2019 puis en 2021, un régime de semi-liberté au sein de la prison de Borgo, à chaque fois invalidé après un appel du parquet.

« Il y a quand même un problème, on accorde un régime de semi-liberté mais pas la levée du statut de DPS, ça n’a pas de sens », poursuit le conseil. En février, Alain Ferrandi a connu la même situation après que le Parquet national antiterroriste a fait appel de l’obtention de son régime de semi-liberté, toujours à Borgo. L’appel sera examiné le 21 avril. Quant à la levée du statut de DPS, la décision est désormais entre les mains de Jean Castex, mais aucune date n’est fixée.