Marseille : « On craint que les dispositifs pour les réfugiés ukrainiens se fassent au détriment des autres »

GUERRE EN UKRAINE Depuis des années, les associations mobilisées à Marseille pour l’accueil de réfugiés font face à un manque de places d’hébergement d’urgence

Mathilde Ceilles
— 
Une manifestation pour les droits des réfugiés à Marseille en 2019, devant le conseil départemental
Une manifestation pour les droits des réfugiés à Marseille en 2019, devant le conseil départemental — Bertrand Langlois / AFP
  • Dans un communiqué de presse, la préfecture des Bouches-du-Rhône a annoncé avoir trouvé un hébergement à 63 réfugiés ukrainiens.
  • La filière d’hébergement d’urgence dans le département, en particulier à Marseille, est pourtant très tendue, et les associations spécialisées craignent une hiérarchisation entre réfugiés en fonction de leur provenance.

« La mobilisation se poursuit ». Dès le titre, le ton est donné. Dans un communiqué de presse envoyé ce jeudi dans la matinée, la préfecture des Bouches-du-Rhône affirme tout mettre en œuvre pour « accueillir et accompagner les déplacés ukrainiens ». « D’ores et déjà, une soixantaine d’autorisations provisoires de séjour ont été délivrées, écrit le préfet. En matière d'hébergement​, 63 Ukrainiens ont pu être orientés vers une place d’hébergement depuis le 3 mars dernier. »

Un accueil qui se fait dans un contexte particulier dans la deuxième ville de France, tristement connue pour être une bien mauvaise élève en matière d’hébergement d’urgence. « Le système d’hébergement des demandeurs d’asile est complètement saturé, se désole Florent Houdmon, directeur de l’agence régionale de la Fondation Abbé-Pierre en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il y a un énorme effort de la part du 115, mais malgré ça, on a plein de gens à la rue à Marseille, qui est une des zones les plus tendues de France. On manque cruellement de places en centres d’accueil pour demandeurs d’asiles, ce qui fait que les trois quarts des gens dans la rue sont des migrants qui relèvent de l’hébergement d’urgence, que ce soit des sans-papiers ou encore des demandeurs d’asile déboutés. »

« On se dit que, en fait, il y avait des moyens »

Pour rappel, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a été condamné en 2020 par le tribunal administratif de Marseille pour ne pas prendre suffisamment en charge les mineurs non accompagnés. L’année dernière, la défenseure des droits avait à son tour affirmé dans une décision que la collectivité ne respectait pas ses obligations légales de recueil provisoire d’urgence.

Dans ce contexte, la récente mobilisation pour trouver des places d’hébergement d’urgence aux réfugiés ukrainiens interroge certains acteurs locaux. « C’est très bien, on ne peut pas critiquer ce qui se passe, lance Margot Bonis, chargée de mission droits et accès aux droits au sein du Réseau hospitalité. En restant positif, on peut dire que ça montre la capacité de mobilisation de l’Etat et des collectivités territoriales qui n’avait pas été mise en œuvre jusqu’à présent. Là où on est un peu amer, c’est qu’on se dit, qu’en fait, il y a des moyens. Pourquoi on a laissé dormir des gens à la rue depuis tout ce temps si on avait les moyens de faire autrement ? »

Misère contre misère

Margot Bonis reprend : « On nous parle beaucoup en ce moment de femmes et d’enfants ukrainiens, mais il y a aussi, à Marseille, des femmes et des enfants qui dorment dans la rue. On est contre l’opposition d’une misère face à une autre misère. Mettre en concurrence des personnes en fonction de leur nationalité nous paraît être un biais très dangereux. On a la crainte qu’à un moment donné, les dispositifs de droit commun pour les gens venus d’Ukraine soient organisés au détriment d’autres. Mais ce n’est peut-être pas fondé. »

Selon nos informations, une réunion était organisée par la préfecture des Bouches-du-Rhône ce jeudi à 17 heures pour coordonner ces dispositifs. « Nous avons ouvert un centre fermé depuis deux ans, aux Pennes-Mirabeau, qui accueille une quarantaine de personnes, détaille Denis Rossi, conseiller départemental délégué à l’action humanitaire. Et on peut monter jusqu’à une centaine de personnes. »

L’élu concède : « En termes de capacité d’accueil, on est très faible. On a l’impression de vider l’océan à la petite cuillère. Mais, non, on ne fait pas de tri entre la détresse humaine. La majorité des gens que l’on héberge pour le moment sont ensuite relogés par des proches. » A Marseille, une trentaine de réfugiés ukrainiens était attendue ce jeudi.