Gaz hilarant : Trafic organisé et consommation en forte hausse du protoxyde d'azote

PROTO Le protoxyde d’azote est désormais vendu sur des points de deal au détail dans des ballons de baudruche

Marie De Fournas
— 
Bombonne de 1 litre de protoxyde d'azote sur la voie publique et utilisée comme gaz hilarant.
Bombonne de 1 litre de protoxyde d'azote sur la voie publique et utilisée comme gaz hilarant. — SYSPEO/SIPA

Un inquiétant succès. Depuis deux ans, le « gaz hilarant » connaît un véritable essor, notamment dans certaines soirées où il est inhalé par les consommateurs à la recherchent de ses effets euphorisant. Alors que l’usage du protoxyde d’azote était très marginal dans les années 1990, ce gaz est désormais l’objet d’un « trafic organisé », assure le porte-parole adjoint de la police judiciaire, William Hippert.

La raison est en partie économique. La petite cartouche métallique de « proto » comme on l’appelle, ne coûte que cinquante centimes d’euros. Comptez « 25 euros la bouteille d’un litre », rapporte William Hippert. En soirée, le gaz est vendu par les trafiquants dans des ballons de baudruche « entre 5 et 10 euros », rapporte l’agent, précisant que « 400 ballons peuvent être fabriqués avec un litre ». Pas besoin d’être un grand mathématicien pour voir ce que la vente au détail de ce gaz peut rapporter. Selon le porte-parole adjoint, le proto est vendu « sur les points de deals avec des stupéfiants et des cigarettes de contrebande ».

Quinze tonnes de gaz saisies

Pour les malfaiteurs, la manne financière est trop attractive. William Hippert cite les vols et braquages de camions contenant plusieurs tonnes de produits, comme à Sarcelles fin janvier où six malfaiteurs avaient fait main basse sur 2.000 bonbonnes d’une valeur marchande de 28.000 euros.

Il y a désormais des filières comme en atteste l’opération menée en novembre dernier à Toulouse où les policiers ont saisi plus de deux tonnes de produit importé des Pays Bas. Une enquête, menée l’année dernière de septembre à décembre, a abouti au démantèlement d’un réseau entre la France et les Pays Bas. Onze tonnes de « proto » avaient été saisies en régions lyonnaise et parisienne. Sur les neuf derniers mois, quinze tonnes ont été saisies par la police.

Un nouveau délit autour de ce gaz

Jusqu’à juin dernier, le protoxyde d’azote était vendu tout public. Mais devant l’expansion de sa consommation et sa dangerosité, le gouvernement en a interdit la vente aux mineurs et restreint les quantités à la vente. « Un délit pour provocation à un usage détourné » de ce produit a été instauré, mais il y a « assez peu de poursuites pour trafic », souligne William Hippert.

Le protoxyde d’azote est classifié parmi les « substances vénéneuses ». Il est utilisé en cuisine pour les siphons de chantilly et en médecine comme analgésique. C’est son usage détourné qui l’a rendu populaire auprès des jeunes. Il a « un effet instantané : le rire, un rire que l’on ne peut pas réfréner ». Mais, souligne William Hippert, « il est addictif. Il a une action sur le cerveau, peut entraîner des asphyxies, des troubles neurologiques et cardiologiques ».