A Paris, la Maison de Marion accompagne les victimes de harcèlement scolaire

DISCRIMINATION Créée par l’association Marion la main tendue, la Maison de Marion offre un accompagnement psychologique aux jeunes victimes de harcèlement scolaire

Mathilde Desgranges
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L'entrée de la Maison de Marion située dans le 13e arrondissement.
L'entrée de la Maison de Marion située dans le 13e arrondissement. — © Claire Mathurin / Maison de Marion
  • Une seconde Maison de Marion a ouvert ses portes dans le 13e arrondissement en novembre dernier, pour la journée nationale de mobilisation contre le harcèlement scolaire.
  • Créée par Nora Fraisse après le suicide de sa fille, la Maison de Marion offre un accompagnement psychologique aux victimes de harcèlement scolaire et de cyberharcèlement.
  • La Maison de Marion fait également des missions de sensibilisation dans les écoles et auprès des agresseurs, à la demande des établissements scolaires.

Au dernier étage d’un centre maternel du 13e arrondissement de Paris, l’association Marion la Main tendue s’est installée dans un grand appartement pour accueillir les jeunes victimes de harcèlement et de cyberharcèlement. Cette seconde « Maison de Marion » a ouvert ses portes à Paris le 18 novembre dernier, pour la journée nationale de mobilisation contre le harcèlement scolaire. Elle accompagne des jeunes de 4 à 23 ans – 43 % de collégiens, 33 % d’enfants en élémentaire – victimes de cette problématique qui touche un enfant sur dix en France.

« Pourquoi les agresseurs agressent-ils ? » Voilà une question qu’on ne pose pas à la Maison de Marion pour ne pas être tenté de trouver des excuses aux agresseurs. Pourtant, l’association prend aussi en charge des harceleurs sur demande de leurs établissements scolaires. « Souvent les exclure ne suffit pas à régler le problème et les établissements voient en nous une démarche positive et proactive pour casser la dynamique de violence », explique l’une des psychologues cliniciennes de l’association, créée par Nora Fraisse après le suicide de sa fille Marion, 13 ans, victime de harcèlement. Parmi les agresseurs, « beaucoup sont des anciennes victimes de harcèlement qui ont choisi de passer dans l’autre camp pour s’assurer de ne plus jamais être harcelés », assure-t-elle.

« Les gens viennent nous voir en dernier recours »

De nombreux établissements, en moyenne 22 établissements par mois, font également des demandes de sensibilisation auprès de l’association. « A chaque intervention dans les écoles, il y a des élèves qui réalisent que ce qu’ils vivent n’est pas normal », affirme Nora Fraisse. Ces enfants vivent du harcèlement scolaire mais également des violences intra-familiales ou de l’ inceste. Pour elle, « la sensibilisation, c’est de la protection de l’enfance ». Les victimes prises en charge ont accès à un soutien psychologique et peuvent participer à des ateliers de mise en relation des victimes.

En 2021, l’association a reçu plus de 5.000 sollicitations par mail de la part des familles victimes. Les demandes sont triées en fonction de l’urgence de la situation. « Les gens viennent nous voir en dernier recours, affirme Manon, psychologue clinicienne à la Maison de Marion. Ils ont déjà tout fait, appeler le 3020, contacter l’académie… » Une mère d’élève raconte s’être tournée vers l’association alors qu’elle était « à bout et ne savait plus quoi faire. » Son fils de 12 ans a commencé à faire des crises d’angoisse et à développer des problèmes psychomoteurs à cause du harcèlement. « Il ne pouvait plus se lever ni marcher pendant plusieurs heures. » Malgré les rendez-vous avec la direction de l’école, le dépôt d’une main courante ni même le recours auprès du référent harcèlement du département, la situation de son fils ne s’est pas améliorée. « Je me suis alors tournée vers la Maison de Marion parce que je connaissais l’histoire de Nora Fraisse. Elle m’a inspiré confiance. »

Cette mère dénonce le manque de moyens alloués à la lutte contre le harcèlement, qui laisse les victimes démunies. Le Parlement vient de créer un délit de harcèlement scolaire, destiné à criminaliser cette pratique. Pourtant, cette loi « est un aveu d’échec puisque s’il y a du harcèlement, c’est trop tard, le mal est fait », estime Nora Fraisse. La fondatrice de l’association propose une solution alternative pour ceux que les voies institutionnelles n’ont pas su aider. Un soutien nécessaire puisque, selon elle, « le principal danger dans le harcèlement, c’est de se sentir seul, de n’avoir personne à qui parler. »