Journée des droits des femmes : Comment « rester debout » quand on est une femme en prison

DERRIERE LES MURS Mercredi soir, Véronique Sousset, la directrice du seul établissement pénitentiaire français uniquement dédié aux femmes, animera une rencontre publique à Rennes

Camille Allain
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Véronique Sousset est la directrice de la prison des femmes de Rennes depuis avril 2020. Elle animera ce mercredi une rencontre autour de l'incarcération des femmes.
Véronique Sousset est la directrice de la prison des femmes de Rennes depuis avril 2020. Elle animera ce mercredi une rencontre autour de l'incarcération des femmes. — J. F. Monier / AFP
  • La prison des femmes de Rennes accueille environ 220 détenues dont la plupart ont été condamnées à des longues peines.
  • Au lendemain de la journée internationale des droits des femmes, sa directrice Véronique Sousset animera une rencontre pour tenter de « faire connaître la prison autrement ».
  • Souvent plus isolées que les détenus hommes, les femmes incarcérées ont aussi plus de possibilités de se former et de travailler.

La différence se fait sentir dès l’entrée de l’établissement. A deux pas de la gare, la prison des femmes de Rennes n’est pas un bunker aux immenses murs de béton. L’hexagone de briques et de pierres est bien sûr sécurisé, mais il n’est en rien comparable à la récente maison d’arrêt pour hommes de Rennes-Vezin. « Ce n’est pas la même époque. Ici, on est à l’ancienne, on se connaît », glisse un surveillant en me guidant à l’intérieur de l’enceinte. Ils sont 180 personnels tous corps confondus à travailler dans ces murs érigés à la fin du XVIIIe siècle pour encadrer les quelque 220 détenues.

Souvent présentée comme un modèle de réinsertion, cet établissement ne ressemble à aucun autre en France. Mais comme toutes les prisons, elle demeure secrète, elle intrigue, elle questionne, elle fait peur parfois. Ce mercredi, au lendemain de la journée internationale des droits des femmes, la directrice de la prison Véronique Sousset entend « la faire connaître autrement » au détour d’un café-justice organisé par l’association Champs de Justice (lire encadré).

Elle a pris ses fonctions au tout début du mois d’avril 2020 dans une France figée. Après avoir dirigé le centre pénitentiaire de Nantes puis la maison centrale de Saint-Maur (Indre), celle qui a également été avocate pénaliste pendant quatre ans a pris les rênes de la prison des femmes de la capitale bretonne. « On ne peut pas parler de spécificité féminine mais il y a des préoccupations féminines qui ne sont pas celles des hommes. Au-delà des stéréotypes, on observe que les questions du corps, du vêtement, de l’estime de soi mais aussi de la maternité et du lien avec les enfants sont plus prégnantes ici », explique Véronique Sousset. C’est pour aider le grand public à « mieux comprendre » ce que cache le milieu carcéral que la directrice publiera l’ouvrage Fragments de prison ce jeudi aux éditions du Cherche-Midi.

« Il n’y a pas de crimes spécifiques aux femmes »

En France, Rennes est le seul centre pénitentiaire uniquement réservé aux femmes. Il accueille une majorité de longues peines dont la moyenne flirte avec les 15 ans d’incarcération. Ici, la plus jeune détenue a 17 ans, la plus âgée a fêté ses 78 printemps. « Il n’y a pas de crimes spécifiques aux femmes. Les raisons qui les ont amenées ici sont multiples même s’il y a une dominante de violences intrafamiliales », témoigne la directrice. Pour toutes, l’objectif est le même : « il faut rester debout. Les personnes doivent s’emparer de leur peine. La prison, ce n’est pas juste laisser les années s’égrener. Il est essentiel d’y être soigné, de pouvoir y exercer ses droits de citoyen, de s’y former, d’y travailler et de contribuer à indemniser les victimes. Ici, la porte d’entrée est la même que la porte de sortie », rappelle la directrice de l’établissement.

Illustration de la prison des femmes de Rennes.
Illustration de la prison des femmes de Rennes. - C. Allain / 20 Minutes

L’une des grandes différences avec les détenus hommes réside dans le nombre de visites reçues par les femmes incarcérées. Ici, elles sont plusieurs à n’avoir aucun contact avec leur famille ou leurs amis. « Elles sont souvent plus isolées, c’est vrai. On ne voit pas ici de familles venir avec des baluchons de vêtements comme à Fresnes ou Fleury-Mérogis. Il y a moins de constance, moins de suivi dans les visites », reconnaît Véronique Sousset. Pour maintenir ou rétablir le lien, l’administration pénitentiaire a fait installer un téléphone dans chaque cellule et trois points de visiophonie, dont le prix des conversations reste à la charge des détenues. Pour celles qui sont les plus isolées, des visiteurs de prison bénévoles viennent régulièrement pour maintenir le lien avec l’extérieur.

Après deux ans passés à la direction de l’établissement, Véronique Sousset sait qu’il reste « encore beaucoup à faire » pour remettre ces femmes sur le chemin de la citoyenneté et peut-être un jour de la liberté. Quatre places sont notamment proposées dans un quartier de semi-liberté où les femmes peuvent sortir en journée pour travailler, ou au moins en chercher un, et se former. Elles sont contraintes de regagner leur cellule le soir. « L’important, c’est de compenser cet effet de coupure avec l’extérieur, de ne pas désocialiser. » Dans certains cas de longues ou très longues peines, la liberté peut cependant avoir perdu son goût, faisant peur à des femmes angoissées à l’idée de quitter les frontières de l’hexagone.

Un café pour parler de la détention des femmes

L’association Champs de Justice organise ce mercredi une rencontre autour du thème « être une femme en détention : particularisme et respect des lois » en présence de la directrice de la prison des femmes de Rennes Véronique Sousset. Le café-justice se déroule à 20 heures au Jeu de Paume. Inscription obligatoire sur le site de Champs de Justice.