Guerre en Ukraine : A Paris, les scouts ukrainiens participent « à l’effort de guerre » avec des collectes

REPORTAGE L’association Plast - scouts ukrainiens de France organise plusieurs collectes de médicaments, sacs de couchage et nourritures à Paris pour soutenir ceux qui se battent en Ukraine après l’invasion russe

Romarik Le Dourneuf
Les membres de l'association trient les colis dans leur local de la rue Palestine. Paris, le 3 mars 2022
Les membres de l'association trient les colis dans leur local de la rue Palestine. Paris, le 3 mars 2022 — R. Le Dourneuf / 20 Minutes
  • Pour soutenir leur pays dans la guerre imposée par la Russie, les jeunes de l’association Plast – scouts ukrainiens de France organisent des collectes de tous types de produits.
  • Les colis sont acheminés par des camions, deux partent chaque jour, jusqu’à la frontière polonaise. Là d’autres membres de l’association les font passer en Ukraine et les acheminent sur les zones de combat.
  • Ces collectes sont aussi une manière pour ces jeunes Ukrainiens de se soutenir, ne pouvant être avec leurs familles et leurs amis qui vivent la guerre.

Ils ne pouvaient pas rester sans rien faire. Ce jeudi, une semaine après le début de la guerre en Ukraine, ils sont une vingtaine à s’affairer dans ce local de la rue de Palestine dans le 19e arrondissement de Paris. A l’initiative de l’association Plast - scouts ukrainiens de France, ces jeunes Ukrainiens portent les sacs, trient, répertorient, scotchent les cartons et chargent des camions, tous destinés à leur pays d’origine.

« Nous nous devions de participer à l’effort de guerre, explique Olena Bondar, trésorière et porte-parole de l’association, alors vendredi dernier, nous avons lancé un appel sur notre page Facebook pour récolter un maximum de choses à envoyer en Ukraine. »

L’initiative trouve son public. Dès l’ouverture des portes jaunes et bleues du local, samedi matin, les colis ont commencé à affluer. « Nous ne pensions pas que cela prendrait une telle ampleur », s’émeut Olena Bondar en regardant les dons déjà reçus. Pour preuve, son téléphone est au bord de l’implosion. Elle montre en souriant les 219 messages non lus dans sa messagerie et revendique près de 500 appels par jour. Nourriture, vêtements thermiques, piles, talkies-walkies, chaussures d’hiver, produits d’hygiène… Les cartons et sacs s’accumulent à l’intérieur.

Olena Bondar, porte-parole est submergée d'appels. Paris, le 3 mars 2022
Olena Bondar, porte-parole est submergée d'appels. Paris, le 3 mars 2022 - R. Le Dourneuf / 20 Minutes

« Les sacs de couchage, c’est à droite sur le meuble. Ces médicaments, c’est dans les cartons devant. Ceux-là sont périmés, on ne les prend pas… » Sur le trottoir qui jouxte l’église, une bénévole organise un premier tri dans les dons qui arrivent. Elle porte un brassard de fortune fait d’un morceau de papier et de scotch, comme ses collègues du jour. Dessus est écrit Iryna. « C’est mon prénom. Beaucoup sont membres de l’association, mais il y a aussi des bénévoles, on ne se connaît pas tous. »

Se retrouver pour supporter la situation

Elle-même n’avait jamais entendu parler des scouts ukrainiens une semaine auparavant. « Je suis venue le deuxième jour de l’invasion pour apporter quelques dons et je suis restée », sourit-elle. Un sourire qui masque une profonde angoisse chez la jeune femme : « Je cherchais aussi de l’aide psychologique. Je me sentais terriblement mal, seule ici, sachant ce que vivent mes amis et ma famille en Ukraine. Je n’arrivais plus à dormir. » L’esprit occupé, elle a préféré prendre quelques jours de congé au travail pour se consacrer à l’association.

Les dons sont soigneusement répartis par catégories. Paris, le 3 mars 2022
Les dons sont soigneusement répartis par catégories. Paris, le 3 mars 2022 - R. Le Dourneuf / 20 Minutes

Dans cet environnement où les gens parlent ukrainien, Iryna retrouve des forces, comme ses camarades à l’intérieur. Organisés, ils répartissent les dons avec une efficacité redoutable. A la manière d’une ruche, chacun sait ce qu’il doit faire, et tout le monde fait montre d’une grande énergie. Si l’atmosphère est laborieuse, certains n’oublient toutefois pas de lancer un bon mot pour faire rire l’assemblée de temps en temps. Mais le retour au sérieux se fait rapidement, un nouveau camion doit partir.

Un à deux camions partent chaque jour

« Nous avons un ou deux camions qui partent tous les jours », raconte Olena Bondar. Ces camionnettes prennent la direction de la frontière polonaise où d’autres membres des scouts ukrainiens (Plast est une association internationale) reçoivent les cargaisons et organisent le passage en Ukraine, où elles sont alors distribuées. « Nous aidons les civils, mais nous donnons la priorité à ceux qui ont pris les armes pour qu’ils aient le nécessaire », explique la porte-parole. Les médicaments, notamment, sont réceptionnés par des médecins à l’ouest de l’Ukraine, qui peuvent ensuite les redistribuer à leurs confrères sur les différentes zones de combat.

Les donateurs sont accueillis par Iryna, devant la porte du local, aux couleurs de l'Ukraine. Paris, le 3 mars 2022
Les donateurs sont accueillis par Iryna, devant la porte du local, aux couleurs de l'Ukraine. Paris, le 3 mars 2022 - R. Le Dourneuf / 20 Minutes

Quelques minutes après le départ du camion, Pascale, une voisine du quartier Jourdain se présente avec un sac de médicament. « J’habite juste à côté mais j’ignorais que c’était une association ukrainienne. Je me suis fait opérer récemment et j’avais beaucoup d’analgésiques chez moi. Donc je me suis dit que ça pourrait aider. » Admirative de ces jeunes qui se démènent, elle confie parler d’eux à son entourage pour trouver toujours plus d’aide. « Nous devons toujours faire preuve de solidarité pour les gens en détresse. Ici, tout ce que nous pouvons faire, c’est quelques dons », lâche-t-elle en essayant de retenir une vive émotion.

« Ca doit être dur ce qu’ils vivent ces gamins »

Le bouche-à-oreille a fonctionné aussi pour Jean-Claude qui a eu vent de la récolte par un voisin. « Ca doit être dur ce qu’ils vivent ces gamins. Mais ils ont la bonne réaction et je suis sûr que c’est très utile. De notre côté, c’est terrible à dire, mais on se sent aussi concernés parce que ça se passe pas loin. » Venu déposer des sacs de couchage et des attelles, il lit attentivement les recommandations affichées sur la porte du local.

Les besoins sont affichés à l'entrée du local de l'association. Paris, le 3 mars 2022
Les besoins sont affichés à l'entrée du local de l'association. Paris, le 3 mars 2022 - R. Le Dourneuf / 20 Minutes

Par soucis d’efficacité, l’association informe les donateurs des produits dont elle a besoin, et ceux qui sont en nombre suffisant pour le moment. « Nous ne prenons plus les masques, les vêtements pour femmes et enfants, les oreillers, les couvertures, détaille Iryna, en revanche, nous avons toujours besoin des produits médicaux et chirurgicaux et de vêtements et accessoires techniques pour l’extérieur comme des genouillères, des gants ou des jumelles. » L’association a également ouvert un compte sur la plateforme Helloasso pour ceux qui souhaiteraient faire des dons d’argent. « Le mieux, c’est de se rendre directement aux points de collecte pour demander de quoi nous avons besoin car cela évolue très vite », ajoute Olena Bondar.