Lyon : Un Institut Culturel du Judaïsme ultra-connecté lutte contre l’antisémitisme par la connaissance

VISITE GUIDEE Un parcours pédagogique interactif à Lyon 7 initie le grand public à l’histoire et aux traditions du judaïsme. Une façon de lutter contre l’antisémitisme par la connaissance

Jennifer Lesieur
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L'Institut culturel se veut un lieu d'échange et de dialogue, en particulier vers les jeunes générations.
L'Institut culturel se veut un lieu d'échange et de dialogue, en particulier vers les jeunes générations. — ICJ LYON
  • L'Institut Culturel du Judaïsme, au cœur de la rue Duguesclin (Lyon 7), a été conçu pour les visiteurs qui ne connaissent rien du judaïsme.
  • Un parcours pédagogique ludique et interactif permet de s'initier à l'histoire et aux traditions juives.
  • En déconstruisant les idées reçues liées au judaïsme, l'Institut espère faire reculer un antisémitisme dû à l'ignorance.

Le lieu est discret, presque secret, au cœur de la rue Duguesclin (Lyon 7). Niché derrière la synagogue Neve Chalom, l’Institut culturel du judaïsme ouvre pourtant grand ses portes au public. Il faut dire que son ouverture, en mars 2020, a un peu retardé l’arrivée de ses premiers visiteurs… Aujourd’hui, c’est un lieu ultramoderne, baigné de lumière douce, qui accueille avant tout ceux qui ne connaissent rien du judaïsme.

« On n’est ni dans un lieu de culte, ni dans un musée », précise Henri Fitouchi, son directeur. « On l’a appelé institut parce qu’on veut que ce soit un lieu de dialogue et d’échange. L’objectif est de faire découvrir le judaïsme sous tous ses aspects : la religion, l’histoire et la culture juive, les fêtes, les traditions, les coutumes… des origines à nos jours. »

Des films d'animation pour expliquer les objets et les symboles juifs

L’idée de ce lieu « où aucune question n’est taboue » vient d’Alain Sebban, président du consistoire en Rhône-Alpes. « Le consistoire est l’organe qui représente les juifs auprès des autorités », explique Henri Fitouchi, « Les juifs vivent en France depuis 2000 ans, mais ils n’ont eu accès à la nationalité française que depuis Napoléon, qui leur a demandé de s’organiser via ces consistoires. » Au sein de ces locaux, Alain Sebban a voulu consacrer un grand espace vide à un parcours interactif conçu par Frédéric Cilia, scénographe de Quorum Productions (Caluire). « M. Cilia n’est pas juif, et c’est volontaire ! » précise Henri Fitouchi. « On a voulu qu’un non-juif présente le judaïsme à des non-juifs, avec du recul, sans être partie prenante ».

Equipé d’un casque et d’une tablette, le visiteur se promène dans un espace où dix vitrines présentent dix objets emblématiques du judaïsme. Grâce à la tablette, il peut projeter sur les murs un petit film d’animation pour lui expliquer ce qu’est la Torah, la Bar-Mitsvah ou le chandelier à sept branches, de façon très ludique et pédagogique. On apprend notamment qu’une prière pour la France est donnée depuis 200 ans dans les synagogues, que l’étoile de David ne s’est généralisée qu’au XIXe siècle, et que l’écrivain-reporter Joseph Kessel avait obtenu le tout premier visa pour entrer en Israël…

Assister à un shabbat en réalité virtuelle

En point d’orgue, des casques de réalité virtuelle permettent de suivre un shabbat et un office dans une synagogue, comme si on y était. L’immersion est impressionnante, et la récurrence de jeunes personnages apportent de la chaleur au contenu. « Notre objectif est de recevoir tout le monde, mais surtout les jeunes générations », reconnaît Henri Fitouchi. « On essaie de désacraliser la religion, de faire tomber des tabous, des barrières. On n’apprend pas ça à l’école, mais les enseignants sont friands de savoir que cet institut existe, et nous recevons volontiers des groupes scolaires. Nous avons récemment reçu des classes de Saint-Marc, qui est une institution privée catholique et qui nous a fait de très beaux retours. » Une animation est dédiée à l’antisémitisme pour démonter des préjugés tenaces : « Si on peut faire reculer l’antisémitisme grâce à la connaissance, ce sera déjà immense », conclut le directeur.