Bretagne : « Ne pas vendre du rêve »… Au plus bas, le fret ferroviaire tente de se relever

TRANSPORT Considérée comme le grenier de la France, la Bretagne souffre de sa péninsularité et fait rouler beaucoup de camions pour exporter

Camille Allain
Près de Vitré, la ligne de fret ferroviaire a été rénovée pour permettre de livrer des céréales à la Cooperl. Et ainsi éviter 8.000 camions sur les routes.
Près de Vitré, la ligne de fret ferroviaire a été rénovée pour permettre de livrer des céréales à la Cooperl. Et ainsi éviter 8.000 camions sur les routes. — C. Allain / 20 Minutes
  • En Bretagne, seuls quinze trains de fret circulent chaque jour dans une région pourtant largement exportatrice de ses denrées.
  • Une étude est en cours pour tenter d'améliorer le transport par le rail, laissé à l'abandon pendant des décennies.
  • Près de Vitré, la Cooperl vient de boucler la rénovation d'une ligne qui lui est entièrement dédiée, permettant d'éviter 8.000 camions par an sur les routes.

Le patient souffre depuis longtemps mais il est toujours vivant. Longtemps utilisé comme moyen de transport pour faire circuler les biens alimentaires sur le territoire français, le fret ferroviaire est « au plus bas » selon plusieurs observateurs. Sans entretien et souffrant de la concurrence du transport routier, le train de marchandises a vu nombre de ses lignes fermer ces dernières décennies, poussant plusieurs secteurs à faire appel à des camions plutôt qu’aux locomotives. L’urgence à agir contre le réchauffement climatique combiné à l’envolée des prix du carburant pourraient pourtant contribuer à relever le malade. En Bretagne, des initiatives fleurissent ici et là pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être.

« Un train, c’est l’équivalent de 50 camions »

Sur la vieille locomotive, on ne trouve pas le logo de la SNCF mais celui de la Cooperl. Nous sommes ici à deux pas de Vitré, dans la petite commune de Montreuil-sous-Pérouse (Ille-et-Vilaine). Au pied des silos qui servent à stocker les aliments destinés à la nutrition animale des agriculteurs adhérents de la Cooperl, l’une des plus petites gares de France. Il n’y a pas de banc, ni de guichet, pas même de quai, juste un petit abri qui symbolise le terminus. « Nous avions dû réduire nos volumes ces dernières années notamment à cause de l’état des voies. Nous avions très peur que la ligne ferme », reconnaît Denis Ollivry, directeur du site de Cooperl Nutrition. La plus grosse usine de fabrication d’aliments pour le bétail voit arriver 170 trains chargés de céréales par an, qui repartent à vide en direction du centre de la France. Ici, le train n’empêche pas le va-et-vient de camions mais il le réduit. « Un train, c’est l’équivalent de 50 camions. On en fait venir 12.500 par an mais on en évite 8.000 avec le rail », poursuit le directeur.


Actuellement, seuls 15 trains de fret circulent chaque jour en Bretagne. Un chiffre famélique qui est dû à l’absence totale d’investissements pendant des décennies. Car si le train est propre, il coûte aussi très cher. Pour rénover 1,5 kilomètre de rails entre Vitré et le site de la Cooperl, un million d’euros ont été nécessaires. D’autres investissements lourds sont déjà à prévoir pour traiter les 5 autres kilomètres menant à la gare de Vitré. Financée en grande partie par l’État et la région, la rénovation ne profitera qu’à un acteur privé, qui en tirera en plus une économie conséquente sur le prix du transport. L’entretien incombe pourtant à SNCF Réseau (anciennement RFF) qui ne paiera que 10 % de la note. « On ne doit pas perdre notre énergie à chercher le coupable de cet abandon. Le fret français est au plus bas mais nous devons regarder devant, définir une vraie stratégie ferroviaire pour la région. On ne peut pas vendre du rêve et mettre du train partout, ça n’a aucun sens et ce n’est pas possible. Il faut le mettre aux bons endroits », explique Loïc Hénaff.

Se désintoxiquer du camion

Le conseiller régional délégué au fret attend de connaître les conclusions d’une grande étude lancée par la région l’an dernier pour voir où investir. Les résultats devraient être connus après l’été. « On doit prioriser les chantiers pour nous désintoxiquer du camion. Ce n’est pas toujours possible car le train a ses contraintes. Il faut des volumes, éviter les ruptures de charge. On peut le faire pour beaucoup de marchandises comme le sable, les gravillons, les denrées alimentaires qui ne sont pas dans l’ultra-frais », poursuit-il. En Bretagne, il y a de quoi faire, mais il va falloir se dépêcher.

En 2025, l’État a envisagé d’augmenter de 50 % le trafic du fret ferroviaire en France. Quelle sera la progression en Bretagne ? « C’est impossible à dire avec précision. Mais il nous faut construire des autoroutes ferroviaires. Un train, c’est 50 camions ! Quand on a dit ça, on a tout résumé », poursuit Didier Doré, sous préfet de Fougères-Vitré. Le chantier est grand, le défi immense.