Lyon : La Ville presse les autorités d’augmenter les quotas de formation à la petite enfance

CRECHES Plus de 70 postes sont à pourvoir dans les crèches lyonnaises, qui peinent pourtant à recruter. Le quota de formation insuffisant explique ce sous-effectif chronique, un problème national

Jennifer Lesieur
La crèche Tissot, dans le 9e arrondissement de Lyon.
La crèche Tissot, dans le 9e arrondissement de Lyon. — J.L. / 20 MINUTES
  • La Ville de Lyon peine à recruter du personnel formé à la petite enfance, en raison de quotas de formation insuffisants.
  • Un problème commun à toutes les crèches de France, alors que les vocations demeurent dans ces métiers occupés à 99 % par des femmes.
  • Les Régions sont encouragées à augmenter leurs quotas pour encourager des emplois stables et prévenir l’épuisement du personnel.

Avec les réveils nocturnes, trouver une place en crèche pour leur enfant est le cauchemar de tous les parents. Trop de demandes, pas assez d’offres… Le personnel des crèches, lui, souffre aussi d’un sous-effectif chronique, à cause d’un quota de formation insuffisant. Avec ses 52 berceaux, ses grands espaces colorés et ses bambins joyeux, la crèche Tissot ( Lyon 9) est un bel exemple du grand gâchis des crèches françaises : un personnel motivé, compétent, mais à flux tendu, devant faire appel à des intérimaires, bousculant son organisation interne, et celle des familles avec.

Grégory Doucet et Steven Vasselin, son adjoint délégué à la petite enfance, sont venus ce jeudi saluer ce personnel « qui se démène pour adapter, de protocole en protocole, ses façons de travailler ». Le maire de Lyon a rappelé l’importance donnée à la petite enfance dans sa mandature : « Nous avons prévu 71 millions d’euros pour rénover, créer de nouveaux établissements pour la petite enfance, avec à terme la création de 320 nouveaux berceaux. » Il a surtout rappelé que « 71 postes sont actuellement à pourvoir sur l’ensemble de la Ville », mais que le recrutement restait « extrêmement difficile, parce qu’on n’a pas assez de gens qui sortent des écoles de formation ». Là aussi, par manque de place…

Une place de formation créée, c’est un emploi assuré

« La formation professionnelle relève de la compétence de la Région, qui ne s’en empare pas assez » remarque Steven Vasselin. « Pour la rentrée prochaine, la Région parle d’une cinquantaine de futurs auxiliaires de puériculture, ce qui est très insuffisant puisque nos besoins sont d’environ 130 recrutements d’auxiliaires et d’éducateurs de jeunes enfants. » Des besoins qui concernent la cinquantaine de crèches municipales de la ville de Lyon, mais aussi sa centaine de crèches associatives. Les crèches privées ont autant de mal à recruter.

Grégory Doucet a voulu améliorer l’attractivité de ces emplois en revalorisant les salaires depuis le début de l’année : « 90 euros bruts par mois de plus pour les auxiliaires de puériculture, et 150 euros bruts de plus pour les éducatrices de jeunes enfants ». Mais c’est surtout « en augmentant les quotas de formation qu’on arrivera à quelque chose », ajoute Steven Vasselin, d’autant plus que les vocations sont toujours réelles et nombreuses. « Et on sait qu’une place de formation créée, c’est un emploi assuré pour un jeune diplômé », précise l’adjoint. Pour rappel, la formation d’auxiliaire de puériculture dure un an, trois ans pour les éducateurs de jeunes enfants. Ces métiers, occupés à 99 % par des femmes, sont évidemment ouverts aux hommes.

La sécurité du personnel et des enfants en cause

Le problème est d’autant plus urgent qu’il concerne aussi la santé du personnel et des enfants. En plus des contraintes sanitaires, Marie-Anne Nouguier, directrice de la crèche Tissot, doit gérer « beaucoup d’absences, longues, par usure. Nous faisons appel à des intérimaires mais ça bouscule les équipes, l’organisation, les enfants qui perdent leurs repères. Notre quotidien, c’est d’assurer la sécurité physique et affective des enfants. On aurait besoin d’équipes stables, avec des professionnels intégrés à la crèche. »

Cette alerte sur les crèches se veut nationale : « Ce n’est pas un besoin de la Ville de Lyon, mais un besoin global des familles, et c’est ça qui est complètement ignoré par les autorités », regrette Grégory Doucet. « On a alerté le gouvernement sur ce déficit chronique, massif, de formation professionnelle de la petite enfance. Ce sont des réservoirs d’emplois considérables : il n’y a qu’à investir dans la formation. La Ville de Lyon a fait sa part, il faut maintenant que les autres pouvoirs publics fassent la leur. »