Guerre en Ukraine : Avec l'invasion de la Russie, « choc », « inquiétude » et « crises de panique » parmi la communauté ukrainienne de Nice

TEMOIGNAGES A 2.000 km de l’Ukraine, où des membres de leur famille résident, ils suivent avec angoisse l’escalade du conflit avec la Russie de Poutine. Au moins 1.000 Ukrainiens vivraient dans le département des Alpes-Maritimes, selon la présidente d’une association locale.

Fabien Binacchi
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Une nouvelle manifestation est programmée dimanche, toujours sur la promenade des Anglais
Une nouvelle manifestation est programmée dimanche, toujours sur la promenade des Anglais — Afuca
  • Après une première manifestation dimanche, des Ukrainiens vivant sur la Côte d’Azur ont prévu de se réunir à nouveau ce jeudi sur la promenade des Anglais.
  • « On s’inquiète, bien sûr. Le pays va payer un prix très très lourd. Mais, on a eu le temps de s’habituer à l’idée. Ça fait huit ans que cette guerre a commencé. On aurait pu peut-être l’éviter », soupire la présidente de l’Association franco-ukrainienne Côte d’Azur.

Dimanche matin sur la promenade des Anglais, ils étaient une petite trentaine, drapés en jaune et bleu et rassemblés pour opposer un « non à la guerre en Ukraine » et dire « stop » à Vladimir Poutine. Des leitmotivs qui prendront encore plus leur sens ce jeudi à 10 heures, lors d’une deuxième manifestation prévue dans la hâte toujours face à la mer, à Nice, alors que le chef du Kremlin vient de lancer l'offensive, dans la nuit de mercredi à jeudi.

« On a besoin d’être ensemble, de se réunir, souffle Olena Babiy, la secrétaire de l’Association franco-ukrainienne Côte d’Azur (Afuca). J’ai été réveillé par un coup de fil de mon neveu. Il y a eu aussi un bombardement à Lviv », à l’ouest du pays, dit-elle. « On s’attendait évidemment au pire, mais tout ça reste incompréhensible », poursuit cette femme de 49 ans, installée dans la capitale azuréenne depuis 2019.

« C’est difficile à quantifier, mais je pense qu’il y a au moins 1.000 Ukrainiens qui vivent dans le département des Alpes-Maritimes », avance Irina Bourdelles, la présidente de l’Afuca. « Et tout le monde est évidemment très inquiet, dit-elle encore. En lançant notre association, le but était surtout d’accompagner les enfants dans leur scolarité, on ne pensait pas faire de réunions politiques. » L’opération militaire déclenchée à 2.000 km de là a tout bousculé.

« On aurait pu peut-être l’éviter, avant »

L’angoisse était déjà à son plus haut depuis que la Russie avait reconnu, lundi, l’indépendance des entités sécessionnistes de Lougansk et de Donetsk, à l’est de l’Ukraine. Là-bas, depuis huit ans, le conflit a déjà fait 14.000 morts dont de nombreux civils qui se répartissent des deux côtés, ukrainien et séparatiste. Mais après les dernières déclarations de Vladimir Poutine, des chefs d’Etat craignaient une nouvelle escalade et jugeaient qu’une invasion était imminente. Depuis, c’est donc la guerre.

Et Kateryna Andrieieva n’arrive plus du tout à gérer son stress. « Je fais des crises de panique », confie cette habitante de Cagnes-sur-Mer depuis presque 10 ans. Les parents de cette trentenaire « sont à 15 km de la ligne de front, dans la région de Lougansk » et elle n’a pas encore réussi à les joindre ce jeudi matin. « J’ai juste eu un texto de mon cousin qui habite à Kiev. Je suis vraiment sous le choc. Je ne m’attendais pas à ce qu’on en arrive à cette guerre totale. »

« On s’inquiète tous, bien sûr, répète de son côté Irina Bourdelles, dont la famille vit dans la région de Kiev, la capitale. Le pays va payer un prix très, très lourd. Mais, on a eu le temps de s’habituer à l’idée. Ça fait huit ans que cette guerre a commencé. On aurait pu peut-être éviter d’en arriver jusque-là. Avant. »

« Des mentalités très différentes »

Maintenant que l’opération militaire russe est lancée, certains veulent déjà s’organiser. Des Ukrainiens installés à Nice depuis quelques années se disent d’ailleurs prêts à accueillir chez eux « des réfugiés ».

En attendant, ils vont tous s’accrocher à leur téléphone pour tenter de prendre des nouvelles de leurs proches et suivre l’actualité, minute par minute. « C’est vraiment triste qu’on en soit arrivé à cette extrémité », soupire encore Kateryna Andrieieva. Sur le fond, elle constate que les Ukrainiens et les Russes ont « des mentalités très différentes ». « A Paris, où j’étais à l’université, j’en ai fréquenté mais je n’ai jamais pu m’entendre avec eux », dit-elle encore.

Les esprits pourraient-ils donc s’échauffer aussi sur la Côte d’Azur, à 2.000 km de l’Ukraine, où les ressortissants russes sont également très présents ? « Nous, on ne cherche pas la confrontation. Si ça chauffe, ça ne viendra pas de nous », tranche Irina Bourdelles.

Sollicités par 20 Minutes, plusieurs membres d’associations russes locales ont préféré ne pas s’exprimer.